‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 286 sur 514 · A M. LE COMTE DE LASTIC · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE LASTIC

(Incluse dans la précédente.)

Puis, le 20 décembre 1754.

Sans avoir l'honneur, monsieur, d'être connu de tous, j'espère qu'ayant à vous offrir des excuses et de l'argent, ma lettre na saurait être mai reçue.

J'apprends que mademoiselle de Cléry a envoyé de Blois un panier à une bonne vieille femme nommée madame Le Vasseur, et si pauvre qu'elle demeure chez moi; que ce panier contenait, entre autres choses, un pot de vingt livres de beurre; que le tout est parvenu, je ne sais comment, dans votre cuisine; que la bonne vieille, l'ayant appris, a eu la simplicité de vous envoyer sa fille, avec la lettre d'avis, vous redemander son beurre, ou le prix qu'il a coûté, et qu'après vous être moqués d'elle, selon l'usage, vous et madame votre épouse,1 vous avez, pour toute réponse, ordonné à vos gea3 de la chasser.

J'ai tâché de consoler la bonne femme affligée, en lui expliquant les règles du grand monde et de la grande éducation; je lui ai prouvé que ce ne serait pas la peine d'avoir des gens, s'ils ne servaient à chasser le pauvre quand il vient réclamer son bien; et en lui montrant combien justice et humanité sont des mots roturiers, je lui ai fait comprendre, à la fin, qu'elle est trop honorée qu'un comte ait mangé son beurre. Elle me charge donc, monsieur, de vous témoigner sa reconnaissance de l'honneur que vous lui avez fait, son regret de l'importunité qu'elle vous a causée, et le désir qu'elle aurait que son beurre vous eût paru bon.

Que si par hasard il vous en a coûté quelque chose pour le port du paquet à elle adressé, elle offre de vous le rembourser, comme il est juste. Je n'attends là-dessus que vos ordres pour exécuter ses intentions, et vous supplie d'agréer les sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.

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