POÉSIE DRAMATIQUE
Un membre de la Pléiade, Jodelle (1532 — 1573), entreprit de restaurer le théâtre antique et de substituer la tragédie imitée des anciens aux mystères1 du moyen âge, dont la représentation fut du reste interdite par le parlement de Paris, en 1547. Il est vrai que les deux tragédies de Jodelle, Cléopâtre captive et Didon se sacrifiant, sont de bien faibles essais, et que sa comédie d'Eugène ou la Rencontre ne s'élève pas au-dessus du médiocre; mais il n'en eut pas moins dans son temps beaucoup de succès, et il fit école. Il joua lui-même le rôle principal de Cléopâtre en 1552, à l'hôtel de Reims, puis au collège de Boncour, en présence du roi Henri II (1547 — 1559) qui lui fit payer une gratification de 500 écus. Le style de Jodelle est déclamatoire et plein de ces jeux de mots que les Italiens avaient mis à la mode.
Robert Garnier (1545 — 1601), avocat, lieutenant-général au bailliage du Mans, puis conseiller au grand conseil de Henri IV (1589—1610), fut le continuateur de l'œuvre de Jodelle. Sans apporter au théâtre un talent plus véritablement dramatique, il donna au style plus d'élévation. Dans la dernière et la meilleure de ses tragédies, Bradamante, il s'est inspiré de l'Arioste, dans les autres (Porcie, Hippolyte, Cornélie, Marc-Antoine, la Troade, etc.), il suit et copie la manière des tragédies latines qui sont vulgairement attribuées à Sénèque.
Quelque faible que fût cette apparition du drame antique en France, elle suffit pour tracer leur voie aux poètes dramatiques du siècle suivant. Elle légua à la tragédie française ce caractère de simplicité peut-être excessive et de gravité un peu trop soutenue qui lui est propre, ainsi que ce respect superstitieux pour les trois unités,3 dont elle a porté le joug jusqu'à l'avènement de l'École romantique au 19e siècle. Ainsi, sous le rapport de la forme générale du drame, Jodelle et Garnier peuvent à juste titre être appelés les précurseurs de Corneille et de Racine.
1 Voyez page XXIV. 2 Voyez page 166 et page 597.