‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 340 sur 514 · L FRAGMENT DE LA PÉTITION AUX DEUX CHAMBRES · texte numérisé non relu

L FRAGMENT DE LA PÉTITION AUX DEUX CHAMBRES

Messieurs,

Je suis Tourangeau; j'habite Luynes, sur la rive droite de la Loire, lieu autrefois considérable, que la révocation de redit de Nantes1 a réduit à mille habitante, et que l'on va réduire à rien par de nouvelles persécutions, si votre prudence n'y met ordre.

J'imagine bien que la plupart d'entre vous, Messieurs, ne savent guère ce qui s'est passé à Luynes depuis quelques mois. Les nouvelles de ce pays font peu de bruit en France, et à Paris surtout. Ainsi je dois, pour la clarté du récit que j'ai à faire, prendre les choses d'un peu haut.

Il y a eu un an environ à la Saint-Martin, qu'on commença chez nous à parler de bons sujets et de mauvais sujets. Oe qu'on entendaît par là, je ne le sais pas bien; et si je le savais, peut-être ne le dirais-je pas, de peur de me brouiller avec trop de gens. En ce temps, François Fouquet, allant au grand moulin, rencontra le curé qui conduisait un mort au cimetière de Luynes. Le passage était étroit; le curé, voyant venir Fouquet sur son cheval, lui crie de s'arrêter; il ne s'arrête point; d'ôter son chapeau, il le garde; il passe, il trotte, il éclabousse le curé en surplis. Ce ne fût pas tout, aucuns1 disent, et je n'ai pas peine à le croire, qu'en passant il jura et dit qu'il se moquait (vous m'entendez assez) du curé et de son mort. Voilà le fait, Messieurs; je n'y ajoute ni n'en ôte. Je ne prends point, Dieu m'en garde! le parti de Fouquet, ni ne cherche i diminuer ses torts. H fit mal; je le blâme, et le blâmai dès lors. Or, écoutez ce qui en advint.

1 L'édit de Nantes fut rendu en 1598 et révoqué en 1686. * Quelques-uns.

462 , FAUXrLOUIS OOUBUB (177S-18Î6).

Trois jours après, quatre gendarmes entrent chea Fouquet, le saisissent, remmènent aux prisons de Langeais, Hé, garrotté, pieds nus, les menottes aux mains, et, pour surcroît d'ignominie, entre deux voleurs de grand chemin. Tous trois, on les jeta dans le même cachot Fouquet y fut deux mois; pendant ce temps, sa famille n'eut, pour subsister, d'autre ressource que la compassion des bonnes gens, qui, dans notre pays heureusement, ne sont pas rares. D y a chez nous plus <ie charité que de dévotion. Fouquet donc étant en prison, ses enfents ne moururent pas de faim; en cela, il fût plus heureux que d'autres.

On arrêta vers le même temps et pour une cause aussi grave, Georges Mauclair, qui fût détenu cinq à six semaines. Celui-là avait mal parlé, disait-on, du gouvernement. Dans le fait, la chose est possible; peu de gens chez nous savent ce que c'est que le gouvernement; nos connaissances sur ce point sont assez bornées; oe n'est pas le stget ordinaire de nos méditations; et si Georges Mauclair en a voulu parler, je ne m'étonne pas qu'il en ait mal parlé; mais je m'étonne qu'on Tait mis en prison pour cela. C'est être un peu sévère, oe me semble. J'approuve bien plus l'indulgence qu'on a eae pour un autre, connu de tout le monde à Luynes, qui dit en plein marché, au sortir de la messe, hautement, publiquement, qu'il gardait son vin pour le vendre au retour de Bonaparte, ajoutant qu'il n'attendrait guère, et d'autres sottises pareilles. Vous jugeras làrdessos, Messieurs, qu'il ne vendait ni ne gardait son vin, mais qu'il le buvait Ce fut mon opinion dans le temps. On ne pouvait plus mal parier. Mauclairn'en avaitpastantditpourétre emprisonné; celui-là cependant, on l'a laissé en repos, pourquoi? c'est qu'il est bon sujet: et l'autre? il est mauvais siyet: il a déplu à ceux qui font marcher les gendarmes.

Ce fut le jour de la mi-carême,1 le 25 mars, à une heure

du matin; tout dormait; quarante gendarmes entrent dans la ville; 1A, de l'auberge où ils étaient descendus d'abord, ayant fait leurs dispositions, pris toutes leurs mesures et les indications dont ils avaient besoin, dès la première aube du jour ils se répandent dans les maisons. Luynes, Messieurs, est, en grandeur, la moitié du Palais-Royal. L'épouvante fat bientôt partout. Chacun fait ou se cache; quelquesuns surpris au lit, sont arrachés des bras de leurs femmes ou de leurs enfante; mais la plupart, nus, dans les rues, ou fuyant dans la campagne, tombent aux mains de ceux qui les attendaient dehors. Après une longue scène de tumulte et de cris, dix personnes demeurent arrêtées: c'était tout ce qu'on avait pu prendre. On les emmène; leurs parents, leurs enfants les auraient suivis, si l'autorité l'eût permis*

Tous ces pauvres gens, arrêtés comme je viens de vous

raconter, forent conduits à Tours, et là mis en prison. Au bout de quelques jours, on leur apprit qu'ils étaient bonapartistes; mais on ne voulut pas les condamner sur cela, ni même leur faire leur procès. On les renvoya ailleurs, avec grande raison; car il est bon de vous dire, Messieurs, qu'entre ceux qui les accusaient et ceux qui devaient les juger comme bonapartistes, ils se trouvaient les seuls peut-être qui n'eussent point juré fidélité à Bonaparte, point recherché sa faveur, ni protesté de leur dévouement à sa personne sacrée. Le m**

i La mi-carême est un jour gras, le jeudi de la troisième semai* du carême, qui partage ce temps en deux moitiés.

LETTRE ADRESSÉE A l'aCADÉHK. 463

gistrat qui les poursuit avec tant de rigueur aujourd'hui, sous prétexte de bonapartisme, traitait de même leurs enfants il y a peu d'années, mais pour un tout autre motif, pour avoir refusé de servir Bonaparte. Il faisait, par les mômes suppôts, saisir le conscrit réfractaire et conduire aux galères l'enfant qui préférait son père à Bonaparte. Que dis-je! au défout de l'enfant il saisissait le père même, faisait vendre le champ, les bœufs et la charrue du malheureux dont le fils avait manqué deux fois à l'appel de Bonaparte. Voilà les geins qui nous accusent de bonapartisme. Pour moi, je n'accuse ni ne dénonce, car je ne veux nul emploi et n'ai de haine pour qui que ce soit; mais je soutiens qu'en aucun cas on ne peut avoir de raison d'arrêter à Luynes dix personnes, ou à Paris cent mille; car c'est la même chose. Il n'y saurait avoir à Luynes dix voleurs reconnus parmi les habitants, dix assassins domiciliés; cela est si clair qu'il me semble aussitôt prouvé que dit. Oe sont donc dix ennemis du roi qu'on prive de leur liberté, dix hommes dangereux à l'État. Oui, Messieurs, à cent lieues de Paris, dans un bourg écarté, ignoré, qui n'est pas même lieu de passage, où l'on n'arrive que par des chemins impraticables, il y a là dix conspirateurs, dix ennemis de l'Etat et du roi, dix hommes dont il faut s'assurer, avec précaution toutefois. Le secret est l'âme de toute opération militaire. A minuit on monte à cheval ; on part, on arrive sans bruit aux portes de Luynes. Point de sentinelles à égorger, point de postes à surprendre; on entre, et, au moyen de mesures si bien prises, on parvient à saisir une femme, un barbier, un sabotier, quatre ou cinq laboureurs ou vignerons, et la monarchie est sauvée!

Le dirai-je? les vrais séditieux sont ceux qui en trouvent partout; ceux qui, armés du pouvoir, voient toujours dans leurs ennemis les ennemis du roi, et tâchent de les rendre tels à force de vexations; ceux enfin qui trouvent dans Luynes dix hommes à arrêter, dix familles à désoler, à ruiner de par le roi: voilà les ennemis du roi. Les faits parlent, Messieurs. Les auteurs de ces violences ont assurément des motifs autres que l'intérêt public. Je n'entre point dans cet examen; j'ai voulu seulement vous faire connaître nos maux, et par vous, s'il se peut, en obtenir la fin.

H. FRAGMENT DE LA LETTRE A MESSIEURS DE L'A- CADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.

Messieurs, Cest avec grand chagrin, avec une douleur extrême que je me ▼ois exclu de votre Académie, puisqu'enfin vous ne voulez point de mol Je ne m'en plains pas toutefois. Vous pouvez avoir, pour cela, d'aussi bonnes raisons que pour refuser Goral1 et d'autres qui me ▼aient bien. En me mettant avec eux, vous ne me faites nul tort; mais, d'un autre côté, on se moque de moi. Un auteur de journal, heureusement peu lu, imprime: ^Monsieur Courier s'est présenté, se présente et se présentera aux élections de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui le rejette unanimement. H faut, pour être admie dans cet illustre corps, autre chose que du grec. On vient d'y

1 Corai, garant helléniste, né en 1748 à Bmyrne, mort à Paris en 1888.

464 PAUL-LOUIS COUKIBB (177S— 1825).

recevoir le vicomte Prévost dirai, gentilhomme de la chambre, le sieur Jomard, le chevalier Bureau de la Malle, gens qui, à dire vrai, ne savent point de grec, mais dont les principes sont connus/

Voilà les plaisanteries qu'il me faut essuyer. Je saurais bien que répondre, mais ce qui me ftche le plus, c'est que je vois s'accomplir cette prédiction que me fit autrefois mou père: Tu ne seras jamaù rien. Jusqu'à présent je doutais (comme il y a toujours quelque chose d'obscur dans les oracles), je pensais qu'il pouvait avoir dit: Tu ne feras jamais rien, ce qui m'accommodait assez, et me semblait même d'un Don augure pour mon avancement dans le monde; car en ne faisant rien, je pouvais parvenir à tout, et singulièrement à être de l'Académie; je m'abusais. Le bonhomme sans doute avait dit, et rarement il se trompa: Tu ne seras jamais rien, c'est-à-dire, tu ne seras ni gendarme, ni rat-de-oave,1 m espion, ni duc, ni laquais, ni académicien. Tu seras Paul-Louis pour tout potage, id est, rien. Terrible mot!

C'est folie de lutter contre sa destinée. IL y avait trois places vacantes à l'Académie, quand je me présentai pour en obtenir une. J'avais le mérite requis: on me l'assurait, et je le croyais, je vous l'avoue. Trois places vacantes, Messieurs 1 et notez ceci, je vous prie, personne pour les remplir. Vous aviez rebuté tous ceux qui en eussent été capables. Ooral, Thurot,* Hase,3 repoussés une foi* ne se présentaient plus. Oe pauvre Chardon de la Bochette4 qui. toute sa vie, fut si simple de croire obtenir par la science une place de savant, à peine désabusé, mourut. J'étais donc sans rivaux que je dusse redouter. Les candidats manquant, vous paraissiez en peine et aviez ajourné déjà deux élections faute de sujets redevables. Lee uns vous semblaient trop habiles, les autres trop ignorants; car sans doute vous n'avez pas cru qu'il n'y eût en France personne digne de s'asseoir auprès de Gkril.5 Vous cherchiez cette médiocrité justement vantée par les sages. Que vous dirai-je enfin? Tout me favorisait, tout m'appelait au fauteuil. Visoonti6 me poussait, Hillin* m'encourageait, Letronne8 me tendait la main; chacun semblait me dire: Dignus es intrare? Je n'avais qu'à me présenter; je me présentai donc, et n'eus pas une voix.

1 Bat-de-cave, nom populaire donné aux employés des contributions indirectes qui visitent les boissons dans les caves.

1 Thurot, helléniste français, né en 1768, mort en 1832.

8 Hase, philologue distingué, né en 1780 en Allemagne, établi eo France depuis 1801, conservateur à la bibliothèque nationale, mort en 1864.

* Chardon de la Bochette, philologue (1758—1814).

5 Gail, helléniste, né à Paris en 1756, mort en 1729, fut professeur de Grec au Collège de France, membre de l'Académie des inscription* et conservateur des manuscrits grecs et latins à la bibliothèque nationale. Malgré tous ces titres, son érudition a été mise en doute, nonseulement par P.-L. Courier, mais aussi par plusieurs autres savants.

• VisconH, savant antiquaire, né à Home en 1851, établi en Franc* depuis 1799, mort en 1818.

7 MiUin, naturaliste et archéologue, né à Paris en 1769, mort en 1816.

* Letronne (1787— 1848X archéologue distingué, longtemps professeur au Collège de France.

• Dtanus es intrare, mots tirés, avec un léger changement, de la cérémonie du Malade imaginaire de Molière (voyez page 62). A la fin de la

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Non, messieurs, non, je le sais, ce ne fut point votre faute. Vous me vouliez du bien, j'en suis sûr. H y parut dans les visites que j'eus l'honneur de vous faire alors. Vous m'accueillîtes d'une façon qui ne pouvait être trompeuse; car pourquoi m'auriez-vous flatté? Vous me reconnûtes des droits. La plupart môme d'entre vous se moquèrent un peu avec moi de mes nobles concurrents; car, tout en les nommant de préférence à moi, vous les savez bien apprécier, et n'êtes pas assez peu instruits pour me confondre avec messieurs de VCEil-de-Bœuf.1 Enfin, vous me rendîtes justice, en convenant que j'étais ce qu'il fallait pour une des trois places à remplir dans l'Académie. Mais quoi! mon sort est de n'être rien. Vous eûtes beau vouloir faire de moi quelque chose, mon étoile l'emporte toujours, et vos suffrages, détournés par cet ascendant, tombèrent, Dieu sans doute le voulant, sur le gentilhomme ordinaire.

La noblesse, Messieurs, n'est pas une chimère? mais quelque chose de très réel, très solide, très bon, dont on sait tout le prix. Chacun en veut tâter; et ceux qui autrefois firent les dégoûtés ont bien changé d'avis depuis un certain temps. H n'est vilain qui, pour se faire un peu décrasser,3 n'aille du roi à l'usurpateur et de l'usurpateur au roi, ou qui, faute de mieux, ne mette du moins un de à son nom, avec grande raison vraiment. Car, voyez ce que c'est, et la différence qu'on fait du gentilhomme au roturier, dans le pays même de l'égalité, dans la république des lettres. Chardon de la Rochette (vous l'avez tous connu), paysan comme moi, malgré ce nom pompeux, n'ayant que du savoir, de la probité, des mœurs, enfin un homme de rien, abîmé dans l'étude, dépense son patrimoine en livres, en voyages, visite les monuments de la Grèce et de Rome, les bibliothèques, les savants, et devenu lui-même un des hommes les plus savants de l'Europe, connu pour tel par ses ouvrages, se présente à l'Académie, qui tout d'une voix le refuse. Non, c'est mal dire; on ne fit nulle attention à lui, on ne l' écouta pas. Il en mourut, grande sottise. Le vicomte Prévost passe sa vie dans ses terres; où, foulant le parfum de ses plantes fleuries, il compose un couplet afin d'entretenir ses douces rêveries. L'Académie, qui apprend cela (non pas l'Académie

comédie, M. Argan, le héros de la pièce, est reçu solennellement docteur en médecine, cérémonie écrite en latin de cuisine. Le discours du président commence par les mots: Savantissimi doctores, Medicinae prof essores, Qui hic assemblât* estis, etc. etc.

A chaque question que lui fait son examinateur, Argan répond invariablement: Clysterium donare, postea saignare, ensuita purgare. Et tout le chœur de chanter à pleins poumons: Bene, bene, bene respondere, Dignus est intrare in nostro dodo corpore.

1 Un œil-de-bœuf est une fenêtre ronde ou ovale. On appelait spécialement (Ett-de-Bcsuf l'antichambre du grand appartement du roi, à Versailles, qui était éclairée par une fenêtre ronde, et l'on disait (EUde-Bœuf pour désigner la cour.

1 La noblesse, Danaeau, n'est pas une chimère, est le commencement de la cinquième satire de Boileau, voyez page 221 de ce Manuel.

1 Décrasser, proprement ôter ce qu'il y a de sale, nettoyer se dit, tau ce sens, au figuré, mais très familièrement, d'une personne de basse condition qu'on revêt d'une dignité, d'un titre.

C 71«te, Manuel dt Littérature française. 10« éd. 30

française, où deux vers se comptent pour un ouvrage; mais la vôtre, Messieurs, l'Académie en us, celle des Barthélémy,1 des Dacier,' des Saumaise9), offre timidement à M. le vicomte une place dans son sein; il fait signe qu'il acceptera, et le voilà nommé tout d'une voix. Rien n'est plus simple que cela: un gentilhomme de nom et d'armes, un homme comme M. le vicomte est militaire sans faire la guerre, de l'Académie sans savoir lire. La coutume de France ne veut pas, dit Molière, qu'un gentilhomme sache rien faire, et la même coutume veut que toute place lui soit dévolue, môme celle de l'Académie.

Napoléon, génie, dieu tutélaire des races antiques et nouvelles, restaurateur des titres, sauveur des parchemins, sans toi la France perdait l'étiquette et le blason!4 Sans toi ... . Oui, Messieurs, ce grand homme aimait comme vous la noblesse, prenait des gentilshommes pour en faire ses soldats, ou bien de ses soldats faisait des gentilshommes. Sans lui, les vicomtes que seraient-ils? pas même académiciens.

Vous voyez bien, Messieurs, que je ne vous en veux point. Je cause avec vous; et de fait, si j'avais à me plaindre, ce serait de moi, non pas de vous. Qui diantre me poussait à vouloir être de l'Académie, et qu'avais-je besoin d'une patente d'érudit, moi qui sachant du grec autant qu'homme de France,* étais connu et célébré par tous les doctes de l'Allemagne, sous les noms de Correrius, Courierus, Hemsrodromus, Cursor, avec les épithètes àeviringeniosue, vir acutissintus, tir praestantiesimus, c'est-à-dire homme d érudition, homme de capacité, comme le docteur Pancrace?6 J'avais étudié pour savoir, et j'y étais parvenu, au jugement des experts. Que me fallait-il davantage? Quelle bizarre fantaisie à moi, qui m'étais moqué quarante ans des coteries littéraires et vivais en repos loin de toute cabale, de m'aller jeter au milieu de ces méprisables intrigues?

A vous parler franchement, Messieurs, c'est là le point embarrassant de mon apologie; c'est là l'endroit que je sens faible et que je me voudrais cacher. De raisons, je n'en ai point pour plâtrer cette sottise, ni même d'excuse valable. Alléguer des exemples, ce n'est pas se laver, c'est montrer les taches des autres. Assez de gens, pourrais-je dire, plus sages que moi, plus habiles,

1 L'abbé Barthélémy ; voyez page 390.

2 Le nom de Dacier a été porté par un célèbre couple d'érudit* André Dacier (1651—1722), philologue, membre de l'Académie des Inscriptions, épousa la savante fille de son maître Tanneguy-Lefebvre. Madame Dacier (1654 — 1720) est encore plus connue que son mari comme philologue et comme traducteur; elle a donné des traductions françaises à'Anacréon, d'Homère, de Térence, etc., mais des traductions dans le coût du siècle de Louis XIV, c'est-à-dire des paraphrases. — Le baron Joseph Dacier (1742 — 1833), qui a été aussi membre de l' Académie des Inscriptions, est connu par sa traduction (VÉlien et celle de la Cyropédie.

8 Claude de Saumaise (Salmasius), savant célèbre (1688—1658), professeur à l'université de Leyde, ami du grand philologue Casaubon, est connu par un très grand nombre de Commentaires sur les anciens auteurs et sur différents points de l'antiquité. * Blason, voyez page 357, note 1.

5 Mots tirés des Femmes savantes; voyez page 113.

6 Le pancrace {nay*çàTw, de nay tout et xçaroç force) était, chei les anciens Grecs, l'exercice qui consistait dans la réunion de la lutte et du pugilat. Le docteur Pancrace, proprement une figure de la comédie italienne, est devenu un surnom injurieux, désignant un homme prêt à combattre à tout propos.

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plus philosophes (Messieurs, ne vous effrayez pas) ont fait la même faute et bronché en même chemin aussi lourdement. Que prouve cela? quel avantage en puis-je tirer, sinon de donner à penser que par là seulement je leur ressemble? Mais, pourtant, Coraï, Messieurs .... parmi ceux qui ont pris pour objets de leur étude les monuments écrits de l'antiquité grecque, Coraï tient le premier rang, nul ne s'est rendu plus célèbre; ses ouvrages nombreux, sans être exempts de fautes, font l'admiration de tous ceux qui sont capables d'en juger; Coraï, heureux et tranquille à la tête des hellénistes, patriarche, en un mot, de la Grèce savante, et partout révéré de tout ce qui sait lire alpha et oméga; Coraï une fois a voulu être de l'Académie. Ne me dites point, mon cher maître, ce que je sais comme tout le monde, que vous l'avez bien peu voulu, et que jamais cette pensée ne vous fût venue sans les instances de quelques amis moins zélés pour vous, peut-être, que pour l'Académie, et qui croyaient de son honneur que votre nom parût sur la liste, que vous cédâtes avec peine, et ne fûtes prompt qu'à vous retirer. Tout cela est vrai et vous est commun avec moi, aussi bien que le succès. Vous avez voulu comme moi, votre indigne disciple, être de l'Académie. C'était sans contredit aspirer à descendre. Il vous en a pris comme à moi. C'est-à-dire qu'on se moque de nous deux. Et plus que moi, vous avez, pour faire cette demande, écrit à l'Académie, qui a votre lettre et la garde. Bendezla-lui, Messieurs, de grâce, ou ne la montrez pas du moins.

Oh! l'heureuse pensée qu'eut le grand Napoléon, d'enrégimenter les beaux-arts, d'organiser les sciences, comme les droits réunis:1 pensée vraiment royale, disait M. de Fontanes,2 de changer en appointements ce que promettent les muses: un nom et des lauriers. Par là, tout s'aplanit dans la littérature; par là, cette carrière autrefois si pénible est devenue facile et unie. Un jeune homme, dans les lettres, avance, fait son chemin comme dans les sels ou les tabacs.3 Avec de la conduite, un caractère doux, une mise décente, 0 est sûr de parvenir et d'avoir à son tour des places, des traitements, des pensions, des logements, pourvu qu'il n'aille pas faire autrement que tout le monde, se distinguer, étudier. Les jeunes gens quelquefois se passionnent pour l'étude: c'est la perte assurée de quiconque aspire aux emplois de la littérature; c'est la mort à tout avancement. L'étude rend paresseux: on s'enterre dans ses livres; on devient rêveur, distrait, on oublie ses devoirs, visites, assemblées, repas, cérémonies: mais ce qu'il y a de pis, l'étude rend orgueilleux: celui qui étudie s'imagine bientôt en savoir plus qu'un autre, prétend à des succès, méprise ses égaux, manque à ses supérieurs, néglige ses protecteurs *t ne fera jamais rien dans la parue des lettres.

1 Droit est dit ici dans le sens d'impôt, contribution. Les droits réunis signifie l'administration générale des contributions.

2 MareeUin de Fontanes (1757—1821), professeur de belles-lettres à Paris, depuis 1804 membre, plus tard président du Corps législatif, nommé, en 1806, grand-maître de l'Université (c'est-à-dire ministre de V Instruction publique). Il se fit remarquer par son éloquence, mais surtout par son adulation envers Napoléon Ier. Il a laissé quelques poèmes Ijriques et descriptifs dont on estime le style élégant et pur.

1 C'est-à-dire dans Y administration des sels ou des tabacs, qui, en France, sont des monopoles du gouvernement.

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