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LE TAILLBUB ET LA FÉE

Dans ce Paris plein d'or et de misère,

En Tan du Christ mil sept cent quatre-vingt,

Chez un tailleur, mon pauvre et vieux grand-père,

Moi, nouveau-né, sachez ce qui m'advint.

Rien ne prédit la gloire d'un Orphée

A mon berceau, qui n'était pas de fleurs,

Mais mon grand-père, accourant à mes pleurs,

Me trouve un jour dans les bras d'une fée.

Et cette fée, avec de gais refrains,

Calmait le cri de mes premiers chagrins.

1 Béranger a fait ce mot (vavassal) à l'imitation de vavasseur (du bas-latin vassus vassorum), vassal d'un vassal.

J: • * Vilain (de viUanus, villa) était le contraire de gentil (de gens): te vilains hommes ou simplement les vilains, c'est-à-dire les roturiers, proprement les cultivateurs d'une petite terre (dans le latin du moyen âge ruptura; rumpëre = rompre, briser la terre, &(!et fttttgen), plus tard nonseulement les paysans, mais aussi les bourgeois étaient opposes aux gentib' hommes, à la noblesse.

8 Blason, voyez page 357, note 1.

* Le droit de tabouret, voyez page 140, note 1.

Le bon vieillard lui dit, l'âme inquiète: „A cet enfant quel destin est promis?14 Elle répond: „ Vois-le, sous ma baguette, Garçon d'auberge, imprimeur et commis.1 Un coup de foudre ajoute à mes présages,9 Ton fils atteint va périr consumé; Dieu le regarde, et l'oiseau ranimé Vole en chantant braver d'autres orages. * Et puis la fée, avec de gais refrains, Calmait le cri de mes premiers chagrins.

JTous les plaisirs, sylphes de la jeunesse, Éveilleront sa lyre au sein des nuits, Au toit du pauvre il répand l'allégresse, A l'opulence il sauve des ennuis.

Mais quel spectacle attriste son langage? Tout s'engloutit, et gloire et liberté:

Gomme un pécheur qui rentre épouvanté, Il vient au port raconter leur naufrage.44 Et puis la fée, avec de gais refrains, Calmait le cri de mes premiers chagrins.

Le vieux tailleur s'écrie: „Eh quoi! ma fille Ne m'a donné qu'un faiseur de chansons! Mieux jour et nuit vaudrait tenir l'aiguille, Que, faible écho, mourir en de vains sons. — Va, dit la fée, à tort tu t'en alarmes; De grands talents ont de moins beaux succès. Ses chants légers seront chers aux Français, Et du proscrit adouciront les larmes. u Et puis la fée, avec de gais refrains, Calmait le cri de mes premiers chagrins.

Amis, hier j'étais faible et morose,

L'aimable fée apparaît à mes yeux.

Ses doigts distraits effeuillaient une rose;

Elle me dit: „Tu te vois déjà vieux.

Tel qu'aux déserts parfois brille un mirage,8

Aux cœurs vieillis s'offre un doux souvenir.

Pour te fêter tes amis vont s'unir:

Longtemps près d'eux revis dans un autre âge."

Et puis la fée, avec ses gais refrains,

Comme autrefois dissipa mes chagrins.

1 Béranger a été en effet imprimeur et commis (comparez la Notice <*>9rapkique, page 472). Quant a son métier de garçon d'auberge, c'est plutôt nue plaisanterie. H fait allusion aux services qu'il rendait, enfant, u*8 l'établissement de sa tante, à Péronne.

1 L'auteur fat frappé de la foudre dans sa jeunesse. (Note de Béranger.) '.Les effets fantastiques du mirage trompent les yeux du voyageur !* milieu des sables du désert; il croit voir devant lui des forêts, des *** des ruisseaux, etc. (Note de Béranger.)]

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