GUIZOT
FeAN^IS-PIEBRE-GUILLAUME GUIZOT naquit àNîmes, en 1787, d'une famille protestante. Son père, avocat distingué, périt sur réchafaud, en 1794. Sa mère alla chercher un refuge à Genève, où le jeune Guizot se livra à l'étude des langues et des littératures avec autant de passion que de succès. Il vint faire son droit à Paris, en 1805, et fut quelque temps précepteur dans une famille suisse qui j résidait. En 1806, Guizot publia un Dictionnaire des synonymes français, intelligente compilation des travaux antérieurs sur cette matière. H mena une vie fort laborieuse, fit des traductions de l'allemand et de l'anglais, et publia d'autres travaux littéraires. En 1812, il se maria avec mademoiselle Pauline de Meulan, connue par divers ouvrages d'éducation très estimés, et fut, la même année, nommé professeur suppléant d'histoire à la Sorbonne.
Sous la restauration, Guizot eut part au pouvoir à plusieurs reprises, en qualité de secrétaire général au ministère de l'intérieur et à celui de la justice; puis il redevint professeur et écrivain et soutint une vive polémique contre le ministère Villèle. Cette opposition lui attira la persécution du gouvernement; en 1825, il fut destitué de sa chaire, que le ministère Martignac lui rendit en 1828. Ce fut l'époque la plus laborieuse et la plus féconde de la vie littéraire de Guizot, qui fit en même temps des cours brillants suivis par un nombreux auditoire. H publia entre autres ouvrages, pendant cette période, V Histoire de la révolution d? Angleterre, depuis V avènement de Charles Ier jusqu'à F avènement de Otaries II, son Cours d'histoire moderne et F Histoire générale de la civilisation en Europe, puis Vie, Correspondance et Écrits de Washington.
En 1827 Guizot perdit sa première femme, dont il épousa un an après la nièce, connue aussi par des écrits de littérature et de morale. Député de l'opposition depuis 1828, Guizot devint, après la révolution de Juillet, en 1830, ministre de l'intérieur, mais pour peu de temps seulement, puis il fit partie, avec Thiers, du cabinet du duc de Brogjie, qui ne dura pas moins de quatre ans (1832—1886). Ministre de l'instruction publique, il eut la gloire de faire passer et de faire appliquer une loi sur renseignement primaire qui fut un immense bienfait pour la France.
Le ministère dont il faisait partie s' étant dissous en 1836, Guizot, après quelques mois passés dans la retraite, accepta encore une fois le portefeuille de l'instruction publique; mais il sortit bientôt de ce nouveau ministère, et entra, pour quelque temps, dans les rangs de l'opposition. En 1840, il fut envoyé comme ambassadeur à Londres, où sa réputation littéraire et ses travaux sur l'histoire et la littérature anglaises lui valurent de grands succès personnels. Oes succès compensèrent un peu son complet échec diplomatique; car, au mois de juillet, les représentants des quatre autres grandes puissances signèrent * l'insu de Guizot, sur la question d'Orient, un traité qui isolait la France du concert européen.
1 D'après Vapereau, Dictionnaire des Contemporains.
488 GFIZOT 0787-18719.
Au mois d'octobre 1840, Guûot devint ministre des affairée étrangères. Le cabinet dont 11 fat l'âme fat le plus durable, mais aussi le dernier des cabinets de la monarchie de Juillet; car il amena par sa résistance opiniâtre à toute réforme électorale la révolution de Février (1848). Ouizot dut se réfugier en Angleterre, où il publia sa brochure De la Démocratie en France (1849). De retour à Paris, il ne s'occupa plus guère que de travaux littéraires, entre autres il réédita ses anciens livres et écrivit ses Mémoires pour servir à Vhù- Urire de mon tempe. En 1870, à l'âge de 83 ans, Girizot reprit sa plume de publiciste pour demander au gouvernement provisoire la convocation d'une assemblée nationale.
Guizot a appartenu à l'Institut de France à trois titres: il a été membre de l'Académie des sciences morales et politiques, de celle des inscriptions et belles-lettres, et de l'Académie française. H est mort en 1875.
Comme orateur et comme écrivain, Guizot s'est distingué par l'élévation du langage et le ton d'autorité. Son style est simple, d'une précision et d'une clarté extrêmes, maisilmanquedegrâceetdesouplesse.