VICTOR COUSIN
NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRàlBE.
VlCTOR COUSIN, philosophe, écrivain et homme d'État, naquit en 1791, à Paris, où son père était horloger. Il fit de brillantes études an lycée Charlemagne, entra à l'École normale1 et se voua ensuite an professorat. Il fit deux voyages (1817 et 1824—1825) en Allemagne pour étudier la philosophie allemande, et partagea, comme professeur à. la faculté des lettres, avec Guizot et Villemain, un succès sans exemple dans les annales de la Sorbonne. En 1840, Victor Cousin, pair de France depuis plusieurs années, fit, pendant huit mois, partie du cabinet Thiera comme ministre de l'instruction publique. Sous le long ministère Guizot, il eut encore un beau rôle dans la chambre des pairs, comme défenseur de la philosophie et de Y Université. Sous le second Empire il rentra entièrement dans la vie privée et ne s'occupa plus que de travaux littéraires, Il mourut à Cannes en 1867. Victor Cousin est l'auteur d'un grand nombre d'écrits philosophiques et d'une série d'Études littéraires» Ce plus connu de ses travaux c'est la Traduction des dialogues de Platon. Nous reproduisons un passage de l'étude de Victor Cousin sur la marquise de Sablt^ publiée en 1854 dans la Revue des Deux Mondes.
LE SALON DE LA MARQUISE DE SABLÉ, LA ROCHE- FOUCAULD ET LE CARDINAL DE RETZ.
M<" de Sablé s'était fait bâtir à Port-Royal9 on corps de logis à la fois séparé du monastère et renfermé dans son enceinte. Sou appartement était tout voisin du chœur de l'église, et elle avait à deux pas le parloir des religieuses. Elle pouvait recevoir une assez nombreuse compagnie, sans que Tordre du couvent en fut le moins du monde troublé.
La Rochefoucauld3 a trouvé la matière de la plupart de ses maximes dans les conversations qui avaient lieu chez M™ de Sablé, dans leur commun retour sur le passé, dans les aventures dont s'entretenait la compagnie et qui faisaient alors du bruit, dans l'histoire de monsieur tel et de madame telle, surtout dans sa propre histoire. Cela est si vrai qu'avec les Maximes on éclaire la vie de La Rochefoucauld et l'histoire même de son temps, comme on peut suivre la marche opposée et répandre un grand jour sur certaines maximes, en les rapportant aux circonstances, aux choses et aux personnes qui vraisemblablement leur ont donné naissance. Il y avait chez M™ de Sablé, comme dans toutes les petites sociétés, une sorte de fond commun; on s'occupait à peu près des mêmes sujets, mais chacun y apportait une tournure d'esprit particulière et mettait son cachet à ce qu'il faisait. Quand La Rochefoucauld avait composé quelques sentences, il les mettait sur le tapis avant ou après dîner, ou il les envoyait au bout d'une lettre.
On en causait, on les examinait; on lui faisait des observations dont il profitait; on a pu lui ôter des fautes, mais on ne lui a prêté aucune beauté: il n'y a pas un tour délicat et rare, un trait fin et acéré, qui ne vienne de lui, ou ces messieurs et ces dames ont donné généreusement tout leur talent à La Rochefoucauld, et n'en ont pas gardé pour eux-mêmes.
1 V.page 602, note 2. 2 Fbrt-Boyal, célèbre couvent de Paris, situé an haut du faubourg Saint- Jacques, à présent un hospice. * Voyez page 123.