‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 37 sur 514 · AMYOT · texte numérisé non relu

AMYOT

Jacques Amyot (1513 — 1593), né à Melun d'une famille pauvre, fit ses études à Paris et, après avoir reçu les ordres, fut nommé professeur de grec à Bourges, puis devint précepteur des enfants de Henri IL Lorsque Charles IX(1560-1574) et HenrillI (1574—1589), qui avaient été ses élèves, furent montés sur le trône, ils le comblèrent de faveurs. Il devint grand aumônier du roi et évoque d'Auxerre, et fut pourvu de riches bénéfices. Amyot s'est fait connaître par plusieurs traductions du grec; son principal titrera la gloire littéraire est sa Traduction des œuvres de Plutarque et surtout celle des Vies parai- Mes. Cette traduction fut un véritable événement littéraire. Amyot avait une connaissance si profonde, une pratique si journalière des analogies des langues anciennes avec le français, qu'il a pu, en traduisant, créer un grand nombre d'expressions et de tours nouveaux, mais parfaitement conformes à l'esprit de sa nation. Amyot a été étudié comme un modèle par plusieurs écrivains du 17e siècle.

Nous reproduisons comme échantillon de la prose d' Amyot un passage de sa traduction de la Vie de Coriolan. C'est le discours que Corioian tient à son ennemi Tullus, chef des Volsques, dans la maison duquel il vient chercher un refuge, discours que Shakespeare a reproduit presque mot à mot dans sa tragédie de Coriolanus, acte IV7, scène V.

„Si tu ne me cognois point encore, Tullus, et ne crois point à me veoir, que je sois celuy que je suis, il est force que je me décolle, et me descouvre moy mesme. Je suis G-aius Martius, qui ay fait et à toy en particulier, et à tous les Volsques en gênerai, beaucoup de maulx, lesquelz je ne puis nier pour le surnom Coriolanus que j'en porte: car je n'ay recueilly autre fruict, ni autre recompense de tant de travaux que j'ay endurez, ny de tant de dangers ausquelz je me suis exposé, que ce surnom, lequel tesmoigne la malveillance que vous devez avoir encontre moy: il ne m'est demouré que cela seulement; tout le reste m'a esté osté par l'envie et l'oultrage du peuple romain, et par la lascheté de la noblesse et des magistrats, qui m'ont abandonné, et m'ont souffert de chasser en exil, de manière que j'ay esté contraint do recourir comme humble suppliant à ton fouyer, non ja pour sauver et asseurer ma vie, mais pour le désir que j'ay de me venger de cculx qui m'ont ainsi chassé, ce que je commence desja à faire, en mettant ma personne entre tes mains. Parquoy si tu as cueur de te ressentir jamais des dommages que t'ont fait tes ennemis, sers toi maintenant, je te prie, de mes calamité z et fais en sorte que mon adversité soit la commune prospérité de tous les Volsques, en t'asseurant que je feray la guerre encore mieulx pour vous, que je ne l'ay jusques icy faicte contre vous, d'aultant que mieulx la peuvent faire ceulx qui cognoissent les affaires des ennemis que ceulx qui n'y cognoissent rien. Mais si d'aventure tu te rends et es las de plus tenter la fortune, aussi suis-je quant à moy las de plus vivre, et ne seroit point sagement fait à toy, de sauver la vie à un qui jadis t'es toit mortel ennemy, et qui maintenant ne te sauroit plus de rien profiter ne servir."

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