‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 376 sur 514 · I. LES MESSÉKEEKNES · texte numérisé non relu

I. LES MESSÉKEEKNES

Casimir Delavigne a donné le titre de Messéniennes an premier recueil de ses poésies lyriques, en assimilant les malheurs de sa patrie, en 1814 et 1815, à ceux de l'ancienne Messénie. Si Ton se rappelle que ceux des Messéniens que le fer des vainqueurs avait épargnés perdirent non-seulement l'indépendance politique, mais même la liberté individuelle, en devenant tous ilotes, c'est-à-dire esclaves, et que l'on jette ensuite un coup d'œil sur les stipulations des deux traités de Paris de 1814 et de 1815, il est peut-être permis de trouver que le titre choisi par le poète n'est pas entièrement justifié.

La beauté du langage et le sentiment patriotique qui règne dans les Messéniennes sont incontestables. Ce sentiment, qui répondait à celui de la plus grande partie de la nation, explique le succès de ces poèmes. Cependant il est difficile de ne pas être frappé de ce qu'il y a d'exagéré et quelquefois de faux dans quelques-unes de ces plaintes élégiaques. Voici, par exemple, les premières strophes de la deuxième Messénienne, intitulée La Dévastation du Musée et des Monuments:

La sainte Vérité, qui m'échauffe et m'inspire, Écarte et foule aux pieds les voiles imposteurs, Ma muse de nos maux flétrira les auteurs,

Dussé-je voir briser ma lyre Par le glaive insolent de nos libérateurs!

Où vont ces chars pesants conduits par leurs cohortes? Sous les voûtes du Louvre ils marchent à pas lents 1

Us s'arrêtent devant ses portes:

Viennent-ils lui ravir ses sacrés ornements?

Muses, penchez vos têtes abattues:

Do siècle de Léon les chefs-d'œuvre divins Sous un ciel sans clarté suivront les froids Germains; Les vaisseaux d'Albion attendent nos statues.

Des profanateurs inhumains Vont-ils anéantir tant de veilles savantes? Porteront-ils le fer sur les toiles vivantes

Que Raphaël anima de ses mains?

Dieu du jour, dieu des vers, ils brisent ton image. C'en est fait: la victoire et la divinité

Ne couronnent plus son visage

D'une double immortalité.

Cen est fait: loin de toi jette un arc inutile. Non, tu n'inspiras point le vieux chantre d'Achille; Non, ta n'es pas le dieu qui vengea les Neuf Sœurs

Des fureurs d'un monstre sauvage.

Toi qui n'as pas un trait pour venger ton outrage

Et terrasser tes ravisseurs.

La sainte Vérité, qui se plaît à parler en simple prose, nous oblige d'ajouter à ces beaux vers que les froids Germains et autres barbares tyu, en 1815, vinrent s'abattre sur le musée de Paris, ne firent pas autre chose que reprendre ce qui leur appartenait des sacrés ornements du kuvre, de ces œuvres d'art que les Français avaient enlevées quinze ou ringt ans auparavant. On ne porta point le fer sur les toiles vivantes: on kt emballa soigneusement, ainsi que les statues, les vases, etc. pour

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les renvoyer aux musées ou châteaux qui en avaient été dépouillés. Ainsi le dieu du jour, le dieu des vers de la troisième strophe de notre élégie, lequel n'est autre que le célèbre Apollon du Belvédère, ne fat pas brisé. comme le poète parait le craindre, en le voyant tomber entre les mains des ,barbares\ mais simplement replacé au musée du Vatican, à Rome, où Ton peut le voir encore.1

Nous reproduisons en entier la cinquième Messénienne, qui est un des plus beaux poèmes du recueil.

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