MOST DE JEANNE D'ARC
Silence au camp! la vierge est prisonnière; Par un injuste arrêt Bedford3 croit la flétrir: Jeune encore, elle touche à son heure dernière .... Silence au camp! la vierge va périr.
A qui réserve-t-on ces apprêts meurtriers?
Pour qui ces torches qu'on excite?
L'airain sacré tremble et s'agite ....
D'où vient ce bruit lugubre? où courent ces guerriers Dont la foule à longs flots roule et se précipite?
La joie éclate sur leurs traits,
Sans doute l'honneur les enflamme; Us vont pour un assaut former, leurs rangs épais?
Non, ces guerriers sont des Anglais
Qui vont voir mourir une femme.
Qu'ils sont nobles dans leur courroux!
Qu'il est beau d'insulter un bras chargé d'entraves! La voyant sans défense, ils s'écriaient, ces braves:
„ Qu'elle meure! elle a contre nous Des esprits infernaux suscité la magie."
Lâches! que lui reprochez-vous?
D'un courage inspiré la brûlante énergie, L'amour du nom français, le mépris du danger,
Voilà sa magie et ses charmes;
En faut-il d'autres que des armes, Pour combattre, pour vaincre et punir l'étranger?
1 Comparez aussi la lettre de Paul -Louis Courier à M. Chlewaski, p. 469 de ce Manuel.
1 Jeanne d'Arc (quelques historiens écrivent Darc), surnommée U PuceUe d'Orléans, naquit en 1410 à Domremy, près de Vaucouleurs. En 1429 elle réussit en huit jours à délivrer la ville d'Orléans assiégée par les Anglais, les battit à la bataille de Patay, conduisit Charles VII à Reims, et l'y fit couronner. En 1430 elle fut faite prisonnière dans une sortie qu'elle faisait de Compiègne. Les Anglais la firent condamner comme sorcière par un tribunal inique que présidait Cauchon, évoque de Beauvais, créature du roi d'Angleterre Henri V (1413—1422). Jeanne fut brûlée vive à Rouen, le 30 mai 1431.
s Le duc de Bedford, frère du roi d Angleterre Henri V, nommé régent après la mort de son frère, proclama son jeune neveu Henri VI, roi d Angleterre et de France, et soutint la guerre contre le parti de Charles VÏÏ.
MORT DE JEANNE d'aïC. 523
Du Christ avec ardeur Jeanne baisait l'image;
Ses longs cheveux épars flottaient au gré des vents:
Au pied de l'échafaud, sans changer de visage,
Elle avançait à pas lents.
Tranquille, elle y monta; quand, debout sur le faîte, Elle vit ce bûcher qui l'allait dévorer, Les bourreaux en suspens, la flamme déjà prête, Sentant son cœur faillir, elle baissa la tête,
Et se prit à pleurer.
Ah! pleure, fille infortunée!
Ta jeunesse va se flétrir,
Dans sa fleur trop tôt moissonnée!
Adieu, beau ciel, il faut mourir.
Tu ne reverras plus tes riantes montagnes,
Le temple, le hameau, les champs de Vaucouleurs,
Et ta chaumière et tes compagnes Et ton père expirant sous le poids des douleurs.
Chevaliers, parmi vous qui combattra pour elle? N'osez-vous entreprendre une cause si belle? Quoi! vous restez muets! aucun ne sort des rangs! Aucun pour la sauver ne descend dans la lice! Puisqu'un forfait si noir les trouve indifférents,
Tonnez, confondez l'injustice, Cieux, obscurcissez-vous de nuages épais; Éteignez sous leurs flots les feux du sacrifice,
Ou guidez au lieu du supplice, A défaut de tonnerre, un chevalier français.
Après quelques instants d'un horrible silence, Tout à coup le feu brille, il s'irrite, il s'élance. Le cœur de la guerrière alors s'est ranimé: A travers les vapeurs d'une fumée ardente,
Jeanne, encor menaçante, Montre aux Anglais son bras à demi consumé. ,
Pourquoi reculer d'épouvante,
Anglais? son bras est désarmé.
La flamme l'environne, et sa voix expirante Murmure encore: „0 France! 6 mon roi bien-aimé!tt
Qu'un monument s'élève aux lieux de ta naissance,
0 toi, qui des vainqueurs renversas les projets! '
La France y portera son deuil et ses regrets, j
Sa tardive reconnaissance; i
Elle y viendra gémir sous de jeunes cyprès: \
Puissent croître avec eux ta gloire et sa puissance! * |
524 CASIMIR DKLàVIGNB (1798-184S).
Que sur r airain funèbre on grave des combats, Des étendards anglais fuyant devant tes pas, Dieu vengeant par tes mains la plus juste des causes. Venez, jeunes beautés; venez, braves soldats; Semez sur son tombeau les lauriers et les roses 1 Qu'un jour le voyageur, en parcourant ces bois, Cueille un rameau sacré, Yj dépose et s'écrie: „A celle qui sauva le trône et la patrie, Et n'obtint qu'un tombeau pour prix de ses exploits!