‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 386 sur 514 · I. NAPOLÉON EN EGYPTE · texte numérisé non relu

I. NAPOLÉON EN EGYPTE

(1W8.) 1. FRAGMENT DU PRBWKB CHAUT: ALEZABDBB.

Comme un camp voyageur peuplé de bataillons, Qui dans l'immense plaine étend ses pavillons, A la brise du Nord une flotte docile Sillonnait lentement les eaux de la Sicile; Sur les canons de bronze et sur les poupes d'or. Brille un premier soleil du brûlant messidor: Où vont-ils? on l'ignore; en ces mers étonnées Un bras mystérieux pousse leurs destinées, Et le pilote môme, au gouvernail assis, Promène à l'horizon des regards indécis.1 Qu'importe aux passagers le secret du voyage? Celui qui vers le Tibre entraîna leur courage,

* C'est la vérité historique; l'armée ignorait entièrement le but de l'expédition. (Note des auteurs.)

NAPOLÉON KN ÉOTFTB (l#r CHANT ), 543

Sous les mêmes drapeaux les rallie aujourd'hui, Et leur noble avenir repose tout en lui. Parfois, des sons guerriers la magique harmonie Appelait sur les ponts l'immense colonie: Aux accords des clairons, des timbales d'airain, Dix mille voix chantaient le sublime refrain * Qu'aux moments des assauts, ivres d'idolâtrie, Répétaient nos soldats, enfants de la patrie; C'était l'hymne du soir .... et sur les vastes flots Les héroïques chants expiraient sans échos.1

La flotte cependant, dans la mer agrandie, Laissant Halte vaincue9 et la blanche Candie, Pour la dernière fois a vu tomber la nuit. A la cime des mâts dès que l'aube reluit On voit surgir des flots la pierre colossale Qu'éleva l'Orient au vaincu de Pharsale, Et les hauts minarets dont le riche Croissant Reflète dans son or les feux du jour naissant; Sur le pont des vaisseaux un peuple armé s'élance. Immobile et pensif, il admire en silence Ces déserts sans abris, dont le sol abaissé Semble un pale ruban à l'horizon tracé, Les palmiers qui, debout sur ces tièdee rivages, Apparaissent de loin comme des pins sauvages, Et l'étrange cité qui meurt dans le repos, Entre un double océan de sables et de flots.1

Dans ce moment, l'escadre, en ceinture formée, Entoure le vaisseau qui commande l'armée. De ehefs et de soldats de toutes parts pressé, 8ur la haute dunette un homme s'est placé: Ses traits, où la rudesse à la grandeur s'allie, Portent les noirs reflets du soleil d'Italie; Sur son front soucieux ses cheveux partagés, Tombent négligemment sur la tempe allongés; Son regard, comme un feu qui jaillit dans la nue, Sillonne au fond des cœurs la pensée inconnue; De l'instinct de sa force il semble se grandir, Et sa tète puissante est pleine d'avenir I .... Debout, les bras croisés, l'œil fixé sur la rive, Le héros va parler, et l'année attentive

1 Ce soir, quand le temps était beau et la mer calme, la musique fa régiments exécutait les airs guerriers de l'éçoque, auxquels ae jtigMfat les chants de l'armée républicaine. (Note des auteurs.)

* Le 10 juin (1798) les chevaliers de l'ordre de Malte avaient capitulé «pèi un simulacre de résistance. Le général Caffarelli, admirant les faîlextions de la place, dit ce mot: „H est heureux qu'il se soit trouvé quelqu'un dans Malte pour nous en ouvrir les portes; car sans cela nous n7 tenons jamais entrés.*

' Alexandrie, vue de la pleine mer, offre un aspect des plus désolés.

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