‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 417 sur 514 · HBBKANI (ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

HBBKANI (ACTE IV, SCÈNE II

Vient on long monologue, le plus long peut-être qu'on ait jamais osé orter sur 1a scène: il ne compte pas moins de cent soixante yen, et, ans le couper de beaucoup de repos, il faut presque le tiers d'une heure our le réciter en entier. Nous n'en citons que les fragments suivante:

Gharlemagne, pardon! Oes voûtes solitaires Ne devraient répéter que paroles austères. Tu t'indignes sans doute à oe bourdonnement Que nos ambitions font sur ton monument.

— Ghaxlemagne est ici! Gomment, sépulcre sombre, Peux-tu sans éclater contenir si grande ombre? Es-tu bien là, géant d'un monde créateur,

Et t'y peux-tu coucher de toute ta hauteur? —

— Ail! c'est un beau spectacle à ravir la pensée Que l'Europe ainsi faite et comme il l'a laissée! Un édifice, avec deux hommes au sommet, Deux chefs élus auxquels tout roi né se soumet. Presque tous les états, duchés, fiefs militaires, Royaumes, marquisats, tous sont héréditaires; Mais le peuple a parfois son pape ou son Oésar,

Tout marche, et le hasard corrige le hasard.

Le pape et l'empereur sont tout. Rien n'est sur terre Que pour eux et par eux. Un suprême mystère

Vit en eux; et le ciel, dont ils ont tous les droits, Leur fait un grand festin des peuples et des rois, Et les tient sous sa nue, où son tonnerre gronde,

Seuls assis à la table où Dieu leur sert le monde.

Le monde au-dessous d'eux s'échelonne et se groupe. Ils font et défont L'un délie et l'autre coupe. L'un est la vérité, l'autre est la force. Us ont Leur raison en eux-même,1 et sont parce qu'ils sont. Quand ils sortent, tous deux égaux, du sanctuaire, L'un dans sa pourpre, et l'autre avec son blanc suaire, L'univers ébloui contemple avec terreur Oes deux moitiés de Dieu, le pape et l'empereur.

— L'empereur! l'empereur! être empereur! — 6 rage, Ne pas l'être! et sentir son cœur plein de courage!

Mais, moi! qui me fera grand? qui sera ma loi? Qui me conseillera?

(R tombe à deux genoux devant le tombeau.) Gharlemagne! c'est toi!

Oh! puisque Dieu, pour qui tout obstacle s'efface, Prend nos deux majestés et les met face à face, Verse-moi dans le cœur, du fond de oe tombeau, Quelque chose de grand, de sublime, et de beau!

8on monologue fini, le roi entend un bruit qui s'approche. Il se rappelle alors pourquoi il est descendu dans ce caveau.

Ah! i oubliais! ce sont mes assassins. Entrons! B entre en effet dans le tombeau, pour ne pas être vu et pour écouter les conspirateurs. Arrivent les brigands cachés sous leurs manteaux

1 Licence poétique pour: mêmes.

et leurs chapeaux, marchant à pas sourds. Us tiennent un long conciliabule et finissent par élire, au scrutin secret, celui d'entre eux qui doit assassiner le roi. C'est le nom de Hernani qui sort de l'urne. En vain le vieux duc Buy Gomez ofire-t-il au brigand de lui rendre avec son cor la terrible promesse qu'il lui a faite jadis, s'il lui cède sa place, Hernani tient plus à sa vengeance qu'à la vie. Tous les conspirateurs jurent sur l'épéé du duc, de frapper le roi, si Hernani périssait, avant d'avoir pu accomplir sa vengeance. Dans ce moment, on entend un coup de canon, la porte du tombeau s'entr'ouvre, et le roi Charles parait sur le seuil. Second coup de canon, le roi se montre davantage. Troisième coup de canon, le roi ouvre tout à fait la porte du tombeau et salue les conspirateurs par l'allocution suivante:

Messieurs, allez plus loin: V empereur tous entend. En un clin d'œil tous les flambeaux s'éteignent, mais l'empereur frappe de la clef de fer sur la porte de bronze du tombeau. A ce bruit, toutes les profondeurs du souterrain se remplissent de soldats portant des torches. Charles-Quint s'écrie:

Accourez, mes faucons! j'ai le nid, j'ai la proie! Cependant il veut faire grâce aux conspirateurs obscurs, et dit aux gardes:

Ne prenez que ce qui peut être duc ou comte.

Le reste . . * .!

A ces mots, dofia Sol, qui, sur l'ordre de don Carlos avait été conduite au caveau, croit son amant sauvé, mais c'est le moment où Yhontw castillan doit éclater plus que jamais.

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