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IL FAUT QU'UNE PORTE SOIT OUVERTE OU FERMÉE

La marquise. Ah! — Eh bien, si vous m'aviez dit cela en arrivant, nous ne nous serions pas disputés. — Ainsi, vous voulez m'épouser?

Le comte. Mais certainement, j'en meurs d'envie, je n'ai jamais osé vous le dire, mais je ne pense pas à autre chose depuis un an; je donnerais mon sang pour qu'il me fût permis d'avoir la plus légère espérance ....

La marquise. Attendez donc, vous êtes plus riche que moi.

Le comte. Oh! mon Dieu, je ne crois pas, et, qu'est-ce que cela vous fait? Je vous en supplie, ne parlons pas de ces choses-là! Votre sourire, en ce moment, me fait frémir d'espoir et de crainte. Un mot, par grâce! ma vie est dans vos mains.

La marquise. Je vais vous dire deux proverbes: le premier, c'est qu'fZ n'y a rien de tel que de tf entendre. Par conséquent, nous causerons de ceci.

Le oomte. Ce que j'ai osé vous dire ne vous déplaît donc pas?

La marquise. Hais non. Voici mon second proverbe: c'est qu'il faut qu'une porte toit ouverte ou fermée. Or, voilà trois quarts d'heure que celle-ci, grftce à vous, n'est ni l'un ni l'autre, et cette chambre est parfaitement gelée. Par conséquent aussi, vous allez me donner le bras pour aller dîner chez ma mère. Après cela, vous irez chez Fossin.

Le oomte. Ohez Fossin, madame? pour quoi faire?

La marquise. Ma bague.

Le oomte. Ah! c'est vrai, je n'y pensais plus. Eh bien, votre bague, marquise!

La marquise. Marquise, dites-vous? Eh bien, à ma bague, il y ajustement sur le chaton une petite couronne de marquise, et comme

cela peut servir de cachet Dites donc, comte, qu'en pensez-vous?

il faudra peuWtre ôter les fleurons?1 Allons, je vais mettre un chapeau.

Le comte. Vous me comblez de joie! .... comment vous exprimer ... ?

La marquise. Mais fermez donc cette malheureuse porte! cette chambre ne sera plus habitable.

1 Le fleuron est une espèce de représentation de fleur servant d'ornement. La couronne de marquis est de fleurons et de perles alternativement, tandis que la couronne de comte est de pointes surmontées de perles et n'A pas de fleurons.

SANDEATJ.

JULES BANDEAU est né à Aubusson (département de la Creuse, ancienne Marche), en 1811. Il vint à Paris pour y faire son droit, mais ses relations avec la jeune Mm* Dudevant, devenue depuis si célèbre sous le nom de George Sand,* le tournèrent vers la littérature. Ils y débutèrent ensemble par le roman de Rose et Blanche, signé d'abord Jules Sand et classé plus tard dans les œuvres de George Sand, qui prit dès lors à son associé la moitié de son nom. Depuis ce temps la vie de Sandeau resta consacrée aux travaux littéraires. Il a publié, sans collaborateurs, un très grand nombre de romans qui se font remarquer par la finesse de l'observation et la vérité piquante du style. Les plus remarquables de ces romans sont M™ de Sommerville (1834), Valcreuse (1846), M^ de la Seiglière (1848), Sacs et parcheminé (1851), Jean de Thommeray (1871).

En 1851, Sandeau fit de son roman Af** de la Seiglière une excellente comédie qui obtint au Théâtre-Français un grand et légitime succès. Nous en donnerons l'analyse, et nous en reproduirons quelques scènes. Plus tard il a écrit, avec M. Augier, plusieurs autres comédies. Nous mentionnons le Gendre de M. Poirier (1854), la meilleure pièce due à cette collaboration, la Pierre de touche (1854). la Ceinture dorée (1856), Jean de Thommeray (1873).

Depuis 1853, Jules Sandeau était un des conservateurs de la bibliothèque Mazarine; cinq ans plus tard il fut élu membre de l'Académie française. Il est mort à Paris en 1883.

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