‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 457 sur 514 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Le marquis. Bon voyage!

Destournelles. Vous triomphez!

Le marquis. Si elle croit que je suis dupe de son désintéressement! .... Mais comment préparer ma fille? ....

Destournelles (bas). Pas de préparations .... Allez droit au but .... et je vous réponds du succès. — Je vous laisse. (Il sort.)

Après s'être assuré que sa fille Hélène aime réellement Bernard et qu'elle n'a pour son ami d'enfance, le jeune baron Raoul de Vaubert, que les sentiments d'une sœur, le vieux marquis prend définitivement sa résolution. D ne reste plus qu'à la communiquer à Bernard, sans compromettre sa dignité de gentilhomme. Le jeune officier revient justement de Poitiers et accourt tout indigné lorsqu'il a appris qu'on s'est permis d'envoyer en son nom et à son insu un huissier au château de la Seiglière.

SOÈNB VIL

Bernard (entrant agité du fond). Ah! monsieur le marquis, ce qu'on vient de me dire est-il vrai? En mon nom et à mon insu, on s'est permis de vous adresser . . . .?

Le marquis (bas à Bernard). Silence! .... je sais tout.

Bernard. 0 est un indigne abus de confiance ....

Le marquis (bas). Encore une fois, je le sais, taisez-vous. [R passe devant lui.) (Haut.) D'ailleurs, c'est bien de cela qu'il s'agit! J'en apprends de belles1 sur votre compte, monsieur le héros.

Bernard. Sur mon compte?

Le marquis. Accueilli sous ce toit comme un frère, comme un fils ... . oui, monsieur, comme un fils ... . vous vous êtes oublié jusqu'à porter vos vues ....

1 J'en apprends de belles sur votre compte est une locution elliptique et ironique qui signifie: J'apprends que vous avez fait de grande© sottises. (3$ fybzt \a fdjôtte $>inge fifter <§>ie.) On dit de même: Il en a fait de beues. (Çr tyd fdjftte ©tretdje gema$t)

Bebnabd. Ah! monsieur le marquis, épargnez un malheureux. Je m'éloigne, je pars .... je vais expier loin de vous, loin de votre fille, un espoir insensé qui n'a fait que traverser mon cœur.

Le mabquis. A d'autres!1

Bebnabd. Je ne suis revenu que pour me justifier et vous dire un éternel adieu.

Le mabquis. Ah! vous croyez, monsieur, que les choses peuvent se passer de la sorte? Vous croyez que lorsqu'on a jeté le trouble dans un jeune cœur, il ne reste plus qu'à faire sa valise, et que tout est dit? .... Non pas, s'il vous plaît.

Bebnabd. Si je savais une expiation plus rigoureuse .... s'il vous fallait mon sang ....

Le mabquis. Que diable voulez-vous que je fasse de votre sang? Vous ne partirez pas, monsieur.

Bebnabd. Mais, monsieur le marquis ....

Le mabquis. Vous ne partirez pas, vous dis-je. (A Hélène.) Eh bien! et toi, ma fille, tu ne dis rien?

Hélène. Monsieur Bernard .... puisque mon père l'exige .... il vous aime .... vous ne voudriez pas l'affliger ....

Besnabd (passant devant le marquis). Ah! mon Dieu! .... ma raison s'égare .... Ai-je rêvé le désespoir, ou bien rêvé-je maintenant le bonheur? Monsieur le marquis .... Mademoiselle .... que dois-je croire?

Hélène. Que mon père est bon comme le bon Dieu.

Bebnabd. Oh! .... monsieur le marquis ....

Hélène (apercevant Raoul). Monsieur de Vaubert!

Le mabquis. Ah! diable, que vient-il faire en ce moment?

Retirez-vous tous deux, laissez-nous.

(Raoul entre du fond et ee tient un moment sur le pas de la porte.)

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