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Geobge. D'accord, Hais mon père avait mis en vous 8a confiance.
Le notaire. Oui, monsieur.
Geobge. Il est mort quand j'étais hors de France; Je ne recevais point de lettre, et je n'appris Oe malheur imprévu qu'en rentrant à Paris.
Le notaibe. C'était un galant homme,1 et cette mort m'afflige.
Geobge. Quant aux comptes nombreux qu'un héritage exige, J'étais trop à mon deuil pour y pouvoir songer. Et vous voulûtes bien, monsieur, vous en charger.
— Mais, je le reconnais, ces soins sont nécessaires; Veuillez donc m'exposer l'état de mes affaires.
Le notaibe. Monsieur, c'est à regret que je vous répondrai; Mais sans doute à ceci vous êtes préparé. (George fmctine.) Votre père, chargé de vastes entreprises, S'est vu paralysé par nos dernières crises. En vain il a lutté; les révolutions On fait, entre ses mains, périr ses actions; Les capitaux craintifs ont déserté ses mines; Les débouchés manquaient aux produits des usines;2 Un péril l'entraînait dans des périls plus grands; Bref, il a tout perdu, — plus, six cent mille francs.
Geobge. Ces six cent mille francs sont dus à juste titre?
Le notaibe. Oui; j'ai vérifié moi-môme ce chapitre; Et comme vous savez, j'attends les créanciers, Qui viendront tout à l'heure, armés de leurs dossiers.3
Geobge. Je verrai ces messieurs.
Le notaibe. Les choses sont intactes, Et vous avez encor le choix entre deux actes:
— Vous pouvez accepter, ou renoncer.
Geobge. Fort bien.
— Si je renonce?
Le notaibe. Alors, vous ne devrez plus rien, Et garderez pour vous les biens de votre mère.
Geobge. Et comment patra-t-on les dettes de mon père?
Le notaibe* On ne les paîra pas.
Geobge. Donc, pour s'être fié A l'honneur de mon père, on sera spolié!
Le notaibe. Que voulez-vous? Tant pis pour qui n'y prend pas garde. Avant que de prêter, il faut qu'on y regarde.
Geobge. Et nos lois ont permis que le nom paternel Fût souillé par un fils d'un opprobre éternel!
Le notaibe. C'est un malheur, sans doute.
— . Geobge. Alors, la loi française, Qui souffre un mauvais acte, est une loi mauvaise.
Le notaibe. Vous pouvez acoepter, monsieur; mais l'héritier
* Voyez page 685, note 1.
* On appelle usine tout établissement important où l'on fabrique es grand, tel que forge » («f examiner, fctttientottf), verrerie («laO&tttte) etc.'
T*\*ti~i?Tr np03**™ ^?mb,,a?e. n™ lia»* de papier», de pièce* relatives à la même affaire («ttenftôi, «ton).
l'honheub et l'jjkosnt (acte n, scènï vn). 607
Se charge, en acceptant, du passif tout entier; Et six cent mille francs, payés pour votre père, Absorberont, tout net, la dot de Yotre mère. Vous serez, d'un seul coup, un homme ruiné.
— Gela vaut examen.
Gbobgb. C'est tout examiné.
J'accepte.
Lb rotàjbb. Bien! ce mot vous conquiert mon estime. Dieu garde que j'arrête un élan magnanime! Pourtant je vous engage à peser mûrement Les graves résultats d'un premier mouvement.
— Il ne vous restera plus rien.
Geobge. Si!1 mon, courage.
Le hotaibb. Nous ne sauverons pas un denier du naufrage.
Geobge. En ce cas, je vivrai du travail de ma main, Et mes pinceaux, monsieur, seront mon gagne-pain.
Lb hotaibb. Je ne mets point du tout votre talent en doute; Mais il est malaisé de se frayer sa route: Il faut se signaler entre mille rivaux, Et l'on n'acquiert un nom que par de longs travaux. Encor que de dégoûts et de déconvenues! Les plus forts voient souvent leurs œuvres méconnues;
— Prenez garde, monsieur; au luxe accoutumé, Contre la pauvreté vous êtes désarmé,
Et l'assaut des besoins vous sera bien plus rude Qu'aux hommes aguerris par la vieille habitude.
Geobge. Je comprends tout cela, monsieur; mais j'ai la foi. Les longs travaux n'ont rien de rebutant pour moi. Quant aux privations qu'il faut que je supporte, Je suis, pour tout souffrir, d'une trempe assez forte.
Lb hotaibe. Il suffit. — Pardonnez, si je suis indiscret, Et ne veuillez y voir qu'un profond intérêt.
(Un clerc* annonce V arrivée des créanciers.)
C'est bien.
Faites entrer ici; dites-leur que je vien.8
(A George.) (Le clerc rentre à l'étude.4)
Suivez-moi; nous allons vérifier le compte, Et voir quelle est la somme où5 chaque dette monte.
(B conduit George dans son cabinet.)