‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 475 sur 514 · LA CIGUË. LE GENDRE DE X. POIRIER · texte numérisé non relu

LA CIGUË. LE GENDRE DE X. POIRIER

Je le répète donc, nous ne nous aimons guères; Et de fait, qu'avons-nous de commun, hors nos Terres? Quelle fidélité nous sommes-nous fait voir? Quel service rendu? Confié quel espoir?. Vous tous croyez unis, ô débauchés candides, Par des chansons à boire et des bouteilles vides! Beaux liens, par Pollux! Apprenez, en deux mots, Que l'amitié se fonde ailleurs qu'autour des pots. Qui pense, après souper, à son voisin de table?

Gléon. Si notre compagnie est si désagréable, Cherche d'autres amis, au lieu de te tuer.

Cldoas. Que des honnêtes gens je me fasse huer? Vous savez comme moi quelle loi nous rassemble, Car nous aurions mis fin à l'ennui d'être ensemble, Si nous n'avions senti, chacun de son côté, Que nous sommes réduits à notre intimité, Que du doigt par la ville aux enfants on nous montre, Et que, comme une peste, on fuit notre rencontre.

Paris. Ne vas-tu pas mourir parce que des pédants, Quand tu les saluais, t'auront fait voir les dents?

CuNUfl. Non pas; mais ennuyé de moi comme des autres, Sachant, hélas! par cœur mes bons mots et les vôtres, Me trouvant si stupide au fond que, sur ma foi, •Te ne connais que vous plus stupides que moi,1 Ayant goûté de tout, et n'ayant plus au monde Nul objet désirable où mon espoir se fonde, Las du vice, et pourtant à ce point corrompu Que je doute s'il est pire que la vertu, Je m'en vais de la terre où plus rien ne m'amuse; Et Hinos voudra bien accepter pour excuse Que j'étais dégoûté de l'homme, et curieux D'aller voir de combien en diffèrent les dieux.

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