CHERBULIEZ
noblesse et beaucoup plus de finesse; c'étaient les mômes trait? mais amincis, affinés, élimés.1
De son côté, Prosper jetait par instants un rapide coup d'œil à Didier. H se disait, non sans quelque satisfaction: „ Comme il m'écoute!44 Depuis longtemps il n'avait eu à sa disposition un? paire d'oreilles si dévotement recueillies. Ignorant le vrai moti: d'une attention si bénévole et si soutenue, il l'attribuait à cette curiosité provinciale qui veut tout savoir pour le plaisir de savoir, dont la candeur happe2 les mots au vol, dont les patiences sont infinies, genre de curiosité qui est inconnu à Paris, parce qu'à Parion n'a pas le temps, parce qu'à Paris les heures sont des minutes, parce qu'à Paris on donne au prochain le court moment qu'or attrape entre deux accès de fièvre, parce qu'à Paris on distingua les hommes en animaux nuisibles et en animaux utiles et que le* inoffensifs n'existent pas, parce qu'à Paris on ne tient à savoir le fond de rien, attendu qu'on sait d'avance le fond de tout.
Après une courte pause, Prosper se remit à caracoler. ,J?ai mal débuté, mon cher, reprit-il. La contagion m'avait gagné. Mo: aussi j'ai sacrifié aux idoles. J'ai gâché3 dans le temps deux méchants vaudevilles qui, après tout, en valaient bien d'autres; mais j'ai joué de malheur. Le premier est tombé à plat; une chute silencieuse, une glissade dans la neige, le second fut sifflé. Von? ne sauriez croire combien ce bruit est désagréable. Le pauvre diable d'auteur a beau se dire que la cabale n'en veut qu'à sa pièce, la joue lui cuit, il sent bien qu'il s'y est passé quelque chose .... J'étais moulu,4 à demi mort. Par charité, un honnête critique saupoudra5 mes blessures d'une poignée de sel, ce n'était pas du sel attique. Ma foi! la douleur me réveilla, je criai comme un aveugle. Il m'en coûta cher: je fus étrillé,6 écorché vif . . La critique, mon cher, est une caverne** ....
Tout en continuant de discourir, le poète s'aperçoit que le paletot de Didier est un peu fripé. Cette découverte le décide à finir la scène:
„ C'est quelque pauvre diable, pensa-t-il. Il n'est pas venu ici pour rien. Je gage que le traître s'apprête à tirer de ses larges poche? un volumineux manuscrit. C'est un éléphant en quôte d'un cornac."
„Mon cher, s'écria-t-il, vous vouliez voir, vous avez vu. A cette heure vous savez ce que c'est qu'un grand homme. Arrêtons les frais, assez de flic-flac;7 le rideau tombe, la représentation est finie, éteignons les quinquets.8 Dieu vous ait en sa sainte garde."
1 C'est-à-dire plus minces, plus fins, plus usés.
2 Happer (mot d'origine germanique) se dit proprement du chien qui saisit avec la gueule ce qu on lui jette.
8 Gâcher veut dire délayer, détremper du mortier ou du plâtre pour maçonner, puis il signifie, au figuré: faire quelque chose grossièrement, négligemment (ftufammenpfufdjen).
4 Être tout moulu veut dire au figuré: avoir été maltraité (ttriegcrû&ertfchij.
5 Saupoudrer signifie, déjà par sa composition avec le latin sol, poudrer de sel. Par extension on dit aussi saupoudrer de farine, etc.
0 Étriller, proprement: nettoyer le poil d'un cheval avec l 'étrille (du latin striffilis), veut dire au figuré: battre, malmener.
7 Flic-flaCy onomatopée par laquelle on exprime le coup du fouet.
8 Quinquets, lampes dont on se sert au théâtre pour éclairer la scène.
Dl L'mSTOIBE DE LA
Ièbe PÉRIODE. MOYEN AGE.
POÉSIE ÉPIQUE ET LYRIQUE
Dans le Midi: Troubadours (langue d'oc): camones, tensons,
plainte, sirventes.
Dans le Nord: Trouvères (langue d'oïl): chaînons de geste,
romans, fabliaux, lais.
Cycle carlovingien:
Théroulde ou Tvbou> [?] (Il6 siècle): Chanson de Roland.
Cycle breton de la Table ronde du roi Artus: Chrbstien di Tboibb (12* siècle): Perceval le Gallois, Lancelot du
Lac, etc.
Cycle d'Alexandre.
Roman d'Alexandre (12* siècle) (donne son nom au vers alexandrin).
Robert Wacb (12* siècle): Romans de Brut et de Rou.
Guillaume de Louais (règne de Louis IX) \ n j » r»
__ , \ Koman de la Kose.
Jean de Meuno (règne de Philippe-le-Bel) )
Rutebeuf (règne de Louis EX), trouvère, auteur de fabliaux.
Mabib de France, auteur de lais.
Pierre de Sawt-Cloud (12* siècle), auteur d'une des meilleures
parties du premier Roman de Renart.
Jacquemart Gelée de Lille (règne de Philippe-le-Bel), auteur de
Renart le Nouvel.
genre lyrique proprement dit.
Quesnes de Béthune (temps de la 4* croisade). Thibaut de Champagne (1201—1253), imitateur des troubadours. Christine de Pisan (1363—1420): ballades, poésies légères. Eu8Tacbe Deschamps (fl422): ballades, rondeaux. Olivier Bassblin (15e siècle): chants bachiques appelés vaux-de-vire. Charles d'Orléans (1891—1464).
Villon (1481—1500): Le grand Testament.
C Plots, Manuel U Littérature française. 10* éd. 49
GENRE DRAMATIQUE
Mystères et Miracles représentés par les Confréries. Privilège accordé en 1402 par Charles VI à la Confrérie de la Poumon et Résurrection de Notre Seigneur.
Moralités, farces et soties jouées par les Basochiems et les Enfants
sans soua.
Pierre Qbinooibi (1475—1547): L'homme obstiné. L'Avocat Pathelin (fin du 15* siècle), farce faussement attribuée à Pierre Blanchet.
prose: chroniqueurs.
ViiXEHAKDOuni (1160—1218): Histoire de la Conquête de Canetontinople ou Chronique des empereurs Baudouin et Henri Joinville (1923—1319): Histoire de saint Louis. Froissabt (1338—1410): Chronique de France, d'Angleterre, etc. Oommne8 (1445—1509): Mémoires.
H* PÉRIODE. RENAISSANCE, XVIe SIÈCLE.
POÉSIE) ÉPIQUE ET LYRIQUE
Clément Marot (1495—1544): élégies, épures, complaintes, ballades,
rondeaux, chansons, éptgrammee.
Pierre de Ronsard (1524—1585): odes, hymnes, sonnets, la Fran-
ciade, épopée.
La Pléiade française : Ronsard, Du Bellay (Défense et Illustration de la langue française), Balf, Daurat, Belleau, Jodelle, Ponthns de Thiard.
Du Bartas (1544 — 1590): Semaine, hymne didactique. Desportes (1546—1606): Sonnets, Imitation des psaumes. Bertaud (1552—1611): poésies diverses.
Agrippa d'Aubignb (1551 — 1630): Les Tragiques, satires.
• GENRE DRAMATIQUE
La représentation des mystères est défendue en 1547. Restauration du théâtre antique.
Jodelle (1532—1578): tragédies: . Cléopâtre captive, Didon se
sacrifiant Comédie: Eugène ou la Rencontre. Garnie* (1545—1601): tragédies: Porcie, Hippolyte, CornêUe, Marc-Antoine, la Troade, Bradamante.
* PROSE
Rabelais (1483—1553): Vie de Gargantua et de Pantagruel, roman
satirique.
Marguerite de Valois, reine de Navarre (1492—1549): L'Heptaméron, Lettres (à son frère François I«).
m« PÉRIODE. PREMIÈRE MOITIÉ DU XY1I* SIÈCLE. 771
Caxvin (1509—1564): Institution chrétienne. Ajitot (1513—1593): Traduction de Plutarque. La Boéhe (1530—1563): De la servitude volontaire. Montaigne (1533—1593): Essais.
La Satire Afénippée (1598), composée par Le Boy, Pithou, Bapin, Durant, Ghrestien, Passerai, GHlot.