‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 62 sur 514 · LES PRÉCÉDENTS, LE SOI D. FERNAND, D. DIÈGUE, D. ARIAS, D. AL0N8E · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENTS, LE SOI D. FERNAND, D. DIÈGUE, D. ARIAS, D. AL0N8E

Ohtmène. Sire, il n'est plus besoin de vous dissimuler Ce que tous mes efforts ne vous ont pu celer. J'aimais, vous l'avez su; mais pour venger mon père, J'ai bien voulu proscrire une tète si chère: Votre Majesté, Sire, elle-même a pu voir Comme j'ai fait céder mon amour au devoir. Enfin Rodrigue est mort, et sa mort m'a changée D'implacable ennemie en amante affligée.

J'ai dû cette vengeance à qui m'a mise au jour,4 Et je dois maintenant ces pleurs à mon amour. Bon Sanche m'a perdue en prenant ma défense, Et du bras qui me perd je suis la récompense!

Sire, si la pitié peut émouvoir un roi, De grâce, révoquez une si dure loi:

Pour prix d'une victoire où je perds ce que j'aime, Je lui laisse mon bien: qu'il me laisse à moi-même; Qu'en un cloître sacré je pleure incessamment, Jusqu'au dernier soupir, mon père et mon amant.

D. Diégue. Enfin elle aime, Sire; et ne croit plus un crime D'avouer par sa bouche un amour légitime.6

D. Fernand. . Ghimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort, Et don Sanche vaincu t'a fait un faux rapport.

1 Glaire se dit souvent dans l'ancienne tragédie pour honneur, réputation.

1 C'est-à-dire: Ecoutez-moi d'une manière plus calme,

' ÀtgourdTiuj on dirait: Je t'écoute te vanter, v. page 27, note 6.

4 Expression inusitée. C'est sa mère qui l'a mue au jour.

* Variante: Une amour légitime. Voyez p. 22, n. 1.

D. Sànghe. Sire, un peu trop d'ardeur malgré moi Ta déçue: Je venais du combat lui raconter l'issue. Ge généreux guerrier, dont son cœur est charmé: „Ne crains rien, m'a-t-il dit, quand il m'a désarmé: Je laisserais plutôt la victoire incertaine, Que de répandre un sang hasardé, pour Ohimène; liais puisque mon devoir m'appelle auprès du Roi, Va de notre combat l'entretenir pour moi, De la part du vainqueur, lui porter ton épée.tt Sire, j'y suis venu: cet objet l'a trompée; Elle m'a cru vainqueur, me voyant de retour, Et soudain sa colère a trahi son amour Avec tant de transport et tant d'impatience, Que je n'ai pu gagner un moment d'audience.

Pour moi, bien que vaincu, je me répute heureux; Et malgré l'intérêt de mon cœur amoureux, Perdant infiniment, j'aime encor ma défaite, Qui fait le beau succès d'une amour si parfaite.1

D. Fernand. Ha fille,* il ne faut point rougir d'un si beau feu. Ni chercher les moyens d'en faire un désaveu. Une louable honte2 en vain t'en sollicite:3 Ta gloire est dégagée,4 et ton devoir est quitte : Ton père est satisfait, et c'était le venger Que mettre tant de fois ton Rodrigue en danger. Tu vois comme le ciel autrement en dispose. Ayant tant fait pour lui, fais pour toi quelque chose, Et ne sois point rebelle à mon commandement, Qui te donne un époux aimé si chèrement.

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