IV. POLYEUCTE
(1640 on 1648.)*
Corneille a trouvé le sujet de Polyeucte dans le complément de la Vie de* saints de Snrius car Mosander, qui l'avait emprunté à Méthaphraste, bagiocraphe, c'est-à-dire auteur de biographies des saints, du X9 siècle.
Ceux nobles jeunes gens de Hélitène, capitale de l'Arménie, Néarque et Polyeucte, sont unis aune étroite amitié. Néarque, depuis longtemps chrétien, a fini par décider Polyeucte à abjurer l'idolâtrie. Au moment où un édit sévère de l'empereur Décius (249—251) est publié contre les chrétiens, Polyeucte, dans un saint transport, se précipite sur les idoles, les renverse et les brise. Le proconsul Félix, son beau-père, chargé par l'empereur de veiller à l'exécution de l'édit, essaye d'abord de soustraire l'imprudent néophyte aux suites de son attentat; il le supplie, il le menace, sans ébranler sa constance. Les prières de sa fille Pauline, femme de Polyeucte, échouent également. Polyeucte, avide du martyre, devient la victime de son zèle. \oici comment Corneille a modifié et complété ce récit légendaire.
Polyeucte n'attend plus que le baptême où le convie Néarque, son ami; mais les craintes de Pauhne, sa femme, troublée par un songe, le font hésiter. H veut remettre au lendemain la sainte cérémonie ; cependant il cède aux instances de Néarque. Pauline, après s'être vainement opposée à son départ,
1 Emilie. * Allusion à la toge prétexte des consuls, bordée de pourpre. * Construction inadmissible en prose, voyez la grammaire. 4 Selon M. Marty-Laveaux, la date n'est pas certaine.
avoue à sa confidente qu'avant d'épouser Polyeucte, elle aimait un. chevalier romain, Sévère, auquel son père Félix, aujourd'hui gouverneur de l'Arménie, n'a point voulu accorder sa main. Pauline, soumise à la volonté de son père, a épousé Polyeucte, chef de la noblesse de Mélitène; Sévère a disparu après un combat contre les Néoperses. A peine cet aveu est-il échappé à Pauline, que son père Félix vient lui annoncer que Sévère n'est pas mort, et qu'il arrive, chargé par l'empereur de présider à un sacrifice offert aux dieux pour célébrer la victoire des Romains sur leurs ennemis. Ce retour imprévu alarme Félix, qui engage sa fille à désarmer le ressentiment de son ancien amant.
Sévère ignore que Pauline est mariée; il arrive avec l'espoir d'obtenir sa main. 11 est au désespoir lorsqu'il apprend qu'elle ne peut plus être à lui. Cependant il veut la voir, et cette entrevue redouble ses regrets; il sent plus vivement la perte irréparable qu'il a faite.
Le sacrifice annoncé est prêt; déjà l'encens fume dans le temple des dieux. On prévient Polyeucte que son beau-père Félix l'y attend; il promet d'y aller, brûlant du désir de donner un gage éclatant de son zèle chrétien, car il a reçu le saint baptême. Néarque, qui ne sait rien de ses projets audacieux, est d'abord étonné de le voir courir à une fête païenne.