ACTE V, SCÈNE V et VI
félix, Pauline.
Pauline. Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée: De ce bienheureux sang tu me vois baptisée;
1 h1 âme si peu saine est dit pour l'âme si peu généreuse.
FOLTEUCTE (ACTE V, SCÈNE V et Yl). 53
h suis chrétienne enfin; n'est-ce point assez dit?
Conserve en me perdant ton rang et ton crédit;
Bakrote l'empereur, appréhende Sévère:
n tu ne veux périr, ma perte est nécessaire;
?*lyeucte m'appelle à cet heureux trépas;
Je rois Néarque et lui qui me tendent les bras.
Mène, mène-moi voir tes dieux que je déteste;
Ds n'en ont brisé qu'un, je briserai le reste;
Oa m'y verra braver tout ce que vous craignez,
C«s foudres impuissants qu'en leurs mains vous peignez,
£t saintement rebelle aux lois de la naissance,
Use fois envers toi manquer d'obéissance.
Te n'est point ma douleur que par là je fais voir;
C'est la grâce qui parle, et non le désespoir.
Le faut-il dire encor, Félix? je suis chrétienne!
Aflermifl par ma mort ta fortune et la mienne:
L* coup à l'un et l'autre en sera précieux,
Prâqu'il t'assure en terre1 en m'élevant aux cieux.
Sévère, au bruit de la mort de Polyeucte, vient reprocher à Félix de s àjoir pas cru à sa parole, et il le menace de la perte de ces dignités "II a voulu conserver en sacrifiant son gendre. Mais, pendant qu'il parle, a grand changement s'est opéré dans l'aine de Félix. Le courage avec rquel Polyeucte a subi le martyre l'avait déjà ébranlé; la conversion mi- •aslease de sa fille a achevé de l'éclairer. Le vieil homme a disparu: Fix, devenu chrétien, parle ainsi à Sévère (Acte V, Scène VI):
Xe me reprochez plus que par mes cruautés > tkhe à conserver mes tristes dignités: h dépose à vos pieds l'éclat de leur faux lustre. ;«île où j'ose aspirer est d'un rang plus illustre; •>e m'y trouve forcé par un secret appas; h cède à des transports que je ne connais pas; Et par un mouvement que je ne puis entendre, Je ma fureur je passe au zèle de mon gendre. C 'est hn, n'en doutez point, dont le sang innocent Peur son persécuteur prie un Dieu tout-puissant; vm amour épandu sur toute la famille Tire après lui le père aussi bien que la fille. l'en ai fût un martyr, sa mort me fait chrétien: Tii fait tout son bonheur, il veut faire le mien, est ainsi qu'un chrétien se venge et se courrouce. Heveose cruauté dont la suite est si douce! f*cne la main, Pauline. Apportez des liens; ^moles à vos dieux ces deux nouveaux chrétiens: •Je k sois, elle l'est, suivez votre colère.
Bévère, profondément touché de cette nouvelle conversion, ne peut /&r ion admiration pour une religion qui produit tant de miracles. L pardonne à Félix et, au nom de 1 empereur, le conserve dans toutes "dipntéa.
1 Atturtr se disait au 17* siècle pour rassurer, affermir. — En terre 'rt dit ià pour sur la terre.