PASCAL
BliAISE PASCAL naquit en 1623 à Clermont-Ferraad , en Auvergne, où son père était président à la cour des aides.2 Il mourut en 1662 à l'âge de 39 ans. Dès son enfance, Pascal donna des marques d'un esprit extraordinaire. Il avait douze ans lorsqu'un jour il demanda à son père ce que c'était que la géométrie. Le père lui dit que c'est le moyen de faire des figures justes et de trouver les proportions qu'elles ont entre elles. fi lui promit de la lui apprendre dès qu'il saurait le grec et le latin; mais, en attendant, il lui défendit d'en parler davantage et cacha soigneusement tous les livres de sa bibliothèque relatifs à cette science. Cependant la curiosité de l'enfant étant excitée, il se mit à rêver, dans ses heures de loisir, à ce que son père lui avait dit. Souvent, seul dans une grande salle où il passait ses récréations, il prenait du charbon et traçait des figures sur le carreau, cherchant à faire un cercle parfaitement rond, un triangle dont les côtés et les angles fussent égaux, etc. Sans savoir les noms des figures qu'il dessinait, il se fit des axiomes, trouva la démonstration de théorèmes, et poussa ses recherches si avant, qu'il en vint jusqu'à la trente-deuxième proposition d'Euclide.8
Dès ce moment son père ne mit plus d'obstacle à une vocation si décidée, et lui fit étudier les mathématiques. L'enfant fit des progrès si rapides qu'à V&ge de 16 ans il passait pour savant et put composer un traité sur les sections coniques, admiré par Descartes lui-même. Dès lors Pascal travailla avec un zèle infatigable. Il rendit de grands services aux sciences mathématiques et physiques et fit de nombreuses découvertes.
Vers 1653, les suites d'un excès de travail forcèrent Pascal de s'interdire pendant quelque temps toute étude, toute contention d'esprit. Alors il vit le monde et commença à prendre goût à la société. U songeait même à s'y attacher par les liens du mariage, lorsqu'un accident de voiture où il faillit perdre la vie changea tous ses projets. Élevé dans les principes d'une religion austère, Pascal regarda cet événement comme un avis que le ciel lui donnait de rompre tous les engagements humains et de ne vivre à l'avenir que pour Dieu. Il fut admis dans l'intimité d'hommes éminents en savoir et en piété, tels que les deux Arnauld, Nicole et d'autres, qui, dégoûtés du monde, vivaient dans le recueillement et l'étude à Port-Royal des Champs.
A propos d'une censure que la Sorbonne se proposait de faire d'un livre du docteur Arnauld, Pascal publia, en 1656, sous la forme de lettres et sous un pseudonyme, le célèbre ouvrage qui lui assigne à tout jamais une place marquée dans l'histoire de la littérature française. On appelle cet ouvrage LeUres provinciales ousim^lement Provinciales,
1 Extrait de la Vie de Biaise Pascal, écrite par sa sœur, madame Pelier, et du Discours de l'abbé Bossut: Sur la vie et les ouvrages de Postal.
* La cour des aides était le tribunal qui jugeait en dernier ressort toutes les affaires relatives aux contributions et aux impôts.
* Que la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits.
LETTRES PROVINCIALES (vu). 55
expression fort impropre, mais que l'usage a consacrée. H porte réellement le titre de Lettres écrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis.
Dans ces lettres, Pascal combat surtout la morale relâchée des casuistes,1 tantôt avec une verve comique, tantôt avec une élévation de style dont on n'avait pas encore vu d'exemple. Les Provinciales font époque dans l'histoire de la langue; elles ont, pour ainsi dire, .réé la proee française moderne. Le succès de cet ouvrage fut immense.
Un second ouvrage plus important, que Pascal préparait sur la religion, qu'il voulait défendre contre les incrédules, n'a pas été achevé. Lee fragments détachés qu'il en laissa furent réunis après tA mort et publiés, en 1670, sous le titre de Pensées de Pascal sur la religion et sur d'autres sujets.