‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 84 sur 514 · I. LES PRECIEUSES RIDICULES · texte numérisé non relu

I. LES PRECIEUSES RIDICULES

Dans la première moitié du 17* siècle, le nom de précieuses ne se ;raùt pas en mauvaise part Les dames qui faisaient partie des réunions fc l'hôtel de Rambouillet, à Paris, se donnaient ce nom elles-mêmes. Cette wiété se composait de personnes distinguées par la naissance ou l'esprit;

* ordinal de Richelieu, le grand Conde la fréquentèrent quelque temps. Puni les beaux esprits, on y remarquait surtout Voiture,2 Balzac, Ménage,8 CiapeJain,4 l'abbé Cotin;8 parmi les femmes, la duchesse de Longuevule, scr du Grand Condé, la marquise de Lafayette,6 M11* de 3cudéri(v.p. 64, n. 1), ïs« de Sérigné,6 la duchesse de Montausier, fille de Mme de Rambouillet. C'est entre 1636 et 1665 que les réunions de l'hôtel de Rambouillet et >Gei qtri s'étaient formées d'après son modèle furent le plus en faveur. Os sociétés ont rendu d'incontestables services aux lettres, en épurant et

* enrichissant la langue, en dirigeant le goût et en répandant l'étude des -ttértfores italienne et espagnole. Mais on ne saurait nier que l'influence wrcée sur la langue française par l'hôtel de Rambouillet et ses succur- *>s n'ait eu aussi son mauvais côté. Les précieuses ont souvent réformé

* quelles ne comprenaient pas. A la franche allure, à l'ampleur native du y>ox français, elles ont substitué un esprit de circonspection étroite dont » français moderne a eu de la peine à se débarrasser.

Bientôt les précieuses de haut rang eurent des imitatrices ridicules. r* sont celles-ci surtout que la comédie de Molière prétend frapper des traits *• a satire. Le poète se moque du jargon des mauvais romans à la mode, fc galimatias sentimental qui régnait dans la conversation de la bonne *citté. D est bien entendu qu'il charge un peu les couleurs pour égayer 'public Mais il avait frappé juste; oès lors, le nom de précieuse ne dérju plus qu'une femme affectée et ridicule. On l'étendit môme à des i*es. et l'on dit style précieux, ton précieux pour style, ton affecté. Codant un grand nombre d'expressions créées par les précieuses sont «;enrd*hui d'un usage général, p. e. du dernier beau, du dernier bourgeois, Awer sur nos terres, s'inscrire en faux, être en passe de, être des nôtres, «forts* de conversation, n'être pas de refus, etc.

Le poète suppose que deux jeunes personnes qui donnent dans le tra- •*? dn temps, viennent d'arriver à Paris. Gorgibus,7 père de l'une et oncle ^l'antre, bon bourgeois de province,- pressé de marier ces demoiselles, î*i dépensent en frivolités son revenu péniblement acquis, leur a présenté *u bons partis dans la personne de deux jeunes gens de famille. Mais ftthoi» et Madelon» les ont rebutés et renvoyés avec mépris. Ces messieurs

1 Nous suivons le texte de l'édition des Œuvres de Molière de MM. **tyn et Mesnard, laquelle fait partie de la collection des Grands "n>oi)i# de la France, publiée sous la direction de M. A. Régnier.

' Voiture et Bakac v. l'Introduction p. XL VIII.

1 Ménage et Cotin, voyez plus bas la notice sur les Femmes savantes.

4 Chapelain (1595—1674), poète médiocre, auteur de la Pueelle,

sLa

marquise de Lafayette, v. la notice sur La Rochefoucauld, p. 123. 134, l'article M™ de Se vigne. 7 Prononcez l's finale.

* Voyez page 134,

* Diminutif de Catherine; prononcez: Catau,

* Autrefois on écrivait Magdehm.

ont eu la maladresse de commencer par les demander en mariage. Nos deux précieuses, ayant d'en venir à ce dénoùment, veulent avoir chacune leur petit roman, dans le genre de ceux de mademoiselle de Scadéri.1 dont on raffolait alors. Les deux amants rebutés, pour se venger de l'affront qu'ils ont essuyé, imaginent d'affubler de beaux habits leurs valets Mascarille et Jodelet et Tes envoient faire leur cour aux deux demoiselles. Ces deux drôles connaissent à fond le jargon qu'il faut parler pour plaire aux précieuses.

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