LE MSA5THB0PB (ACTE I, SCÈNE II
PHiLim, Je n'ai jamais oui1 de vers si bien tournés.
Alceste (bas, à part). Morbleu! ....
Obonte (à PhUtnte). Vous me flattez, et vous croyez peut-être ....
Phoque. Non, je ne flatte point.
Alceste. (bas, à part). Et que fais-tu donc, traître?
Ovmg(à Alceste). Mais, pour vous, vous savez quel est notre traité. Parla-moi, je tous prie, avec sincérité.
Alceste. Monsieur, cette matière est toujours délicate, Et sar le bel esprit nous aimons qu'on nous flatte. Mais un jour, à quelqu'un, dont je tairai le nom, Je disais, en voyant des vers de sa façon, Qu'il faut qu'un galant homme ait toujours grand empire Sar les démangeaisons qui nous prennent d'écrire; Qu'il doit tenir la bride aux grands empressements (ja'on a de faire éclat de tels amusements; û que, par la chaleur de montrer ses ouvrages,8 On s'expose à jouer de mauvais personnages.
Oeoîpte. Est-ce que vous voulez me déclarer par là Qw j'ai tort de vouloir . . . .?
Alceste. Je ne dis pas cela; M«s je hri disais, moi, qu'un froid écrit assomme, Qïil ne faut que ce faible à décrier un homme3 Et qu'eût-on, d'autre part, cent belles qualités, On regarde les gens par leurs méchants côtés.
Oboste. Est-ce qu'à mon sonnet vous trouvez à redire?
Alceste. Je ne dis pas cela; mais, pour ne point écrire, •Je lui mettais aux yeux4 comme, dans notre temps, (>tte soif a g&té de fort honnêtes gens.
Osons. Est-ce que j'écris mal? et leur ressemblerais-je?
Alceste. Je ne dis pas cela; mais enfin, lui disais-je, W besoin si pressant avez-vous de rimer? Ht qm diantre5 vous pousse à vous faire imprimer? 3 l'on peut pardonner l'essor6 d'un mauvais livre, ^ n'est qu'aux malheureux qui composent pour vivre, "rojex-nioi, résistez à vos tentations, forobez an public ces occupations;
Jrtt fort douteux et en tout cas plus mauvais que celui d'Oronte. La *** du vers désigne la pointe qui termine la pensée du sonnet.
1 AoionrdTrai le verbe ouïr n'est guère usité qu'au participe passé •t «m d'un infinitif: J'ai oui dire, j'ai oui raconter. L'impératif oyez a "*' apporté en Angleterre par les Normands. Encore aujourd'hui, toute ***» d'une cour de justice y est ouverte, toute proclamation commencée :-is tnjg eygff prononcés à hante voix par un huissier qui ne comprend ;is5 le sens de ce mot et qui le prononce à l'anglaise (6 yès).
. ' L* Valeur de montrer ses ouvrages. On curait en prose: la chaleur y^à montrer ses ouvrages, ou V empressement à montrer ses ouvrages.
1 On dirait aujourd'hui: pour décrier un homme; v. page 60, note 1.
• On dirait aujourd'hui: mettre sous les yeux ou bien devant les yeux.
* Diantre, modification du mot diable. Molière l'emploie même en forme > ratait ^Diantre soit de la folle, avec ses visions! (**»*§» $amU$ i/, &.).
\ Essor signifie au sens propre: l'action d'un oiseau qui s'élève dans **m. Il se dit figurément de l'action de débuter en quelque chose
Et n'allez point quitter de quoi que Ton vous somme,1 Le nom que dans la cour8 vous avez d'honnête homme,8 Pour prendre, de la main d'un avide imprimeur, Celui de ridicule et misérable auteur.
C'est ce que je tâchai de lui faire comprendre.
Oronte. Voilà qui va fort bien, et je crois vous entendre. Mais ne puis-je savoir ce que dans mon sonnet . . . .?
Alceste. Franchement, il est bon à mettre au cabinet.4 Vous vous êtes réglé sur de méchants modèles, Et vos expressions ne sont point naturelles.
Qu'est-ce que Nous berce un temps notre ennuif Et que Rien ne marche après Imt Que Ne vous pas mettre en dépense, Pour ne me donner que Fespoirt Et que Phûis, on désespère.
Alors qu'on espère toujours?
Ce style figuré, dont on fait vanité, Sort du bon caractère et de la vérité: Ce n'est que jeu de mots, qu'affectation pure, Et ce n'est point ainsi que parle la nature. Le méchant goût du siècle, en cela, me fait peur. Nos pères, tous5 grossiers, l'avaient beaucoup meilleur, Et je prise bien moins tout ce que Ton admire, Qu'une vieille chanson que je m'en vais vous dire. Si le roi m'avait donné Je dirais au roi Henri:
Paris, sa grand1 ville,6 » Reprenez votre Paris:
Et qu'il me fallût quitter J'aime mieux ma mie, au gué!*
L'amour de ma mie,7 J'aime mieux ma mie.«
La rime n'est pas riche, et le style en est vieux; Mais ne voyez-vous pas que cela vaut bien mieux Que ces colifichets dont le bon sens murmure, Et que la passion parle là toute pure? Si le roi m'avait donné Je dirais au roi Henri:
Paris, sa grand* ville, » Reprenez votre Paris:
Et qu'il me fallût quitter J'aime mieux ma mie, au gué!
L'amour de ma mie, J'aime mieux ma mie.c
avec énergie, avec hardiesse et liberté. Ici il défeigne l'action de laisser prendre son essor à ce qu'on devrait réprimer (la publication d'un livre).
1 C'est-à-dire: quoi que Von vous demande.
2 On dirait aujourd'hui: à la cour. * Voyez page 77, note 3.
4 Du temps de Molière on appelait cabinet un petit meuble destiné à serrer des papiers. 5 V. page 9, note 4. • V. page 49, note 3.
7 Le mot mie doit son origine à une faute d'orthographe. Aujourd'hui on dit: mon amie, pour éviter l'hiatus, mais en vieux français on écrivait m amie, plus tard ma mie, forgeant ainsi un nouveau mot.
8 Ce refrain, qu'on a aussi écrit oh gay et 6 gué! et qui n'a ici aucun sens, dérive d'une chanson satirique de Ronsard sur les fredaines du roi de Navarre, Antoine de Bourbon, père de Henri IV. Ce prince avait dans les environs de Vendôme, tout près d un lieu appelé le Gué-du-Loir, un petit château qui avait reçu le nom de la Bonne-Aventure, et la chanson de Ronsard se terminait par ces deux vers, contenant quelque allusion au château et à son gué :
La bonne aventure au gué!
La bonne aventure.