ACTE in, .SCÈNE El et IV
CÉLMÈNE, ACASTE, CUTANDKE, BASQUE (DOMESTIQUE); plu tard ARSINOÉ.
Basque (annonçant). Arsinoé, madame, Monte ici pour vous voir.
Célmène. Que me veut cette femme?
Basque. Éliante là-bas est à l'entretenir.
Célmène. De quoi s'avise-t-elle, et qui la fait venir?
Acaste. Pour prude consommée en tous lieux elle passe. Et l'ardeur de son zèle ....
Célmène. Ouï, oui, franche grimace:1 Dans l'âme elle est du monde, et ses soins tentent tout Pour accrocher quelqu'un, sans en venir à bout. Elle ne saurait voir qu'avec un œil d'envie Les amants déclarés dont une autre est suivie; Et son triste mérite,8 abandonné de tous, Contre le siècle aveugle est toujours en courroux. Elle tâche à couvrir d'un faux voile de prude Ce que chez elle on voit d'affreuse solitude; Et pour sauver l'honneur de ses faibles appas, Elle attache du crime au pouvoir qu'Os n'ont pas. Cependant un amant plairait fort à la dame, Et même pour Alceste elle a tendresse d'âme.8 Ce qu'il me rend de soins outrage ses attraits, Elle veut que ce soit un vol que je lui fais; Et son jaloux dépit, qu'avec peine elle cache, En tous endroits, sous main, contre moi se détache. Enfin je n'ai rien vu de si sot à mon gré,4 Elle est impertinente au suprême degré, Et . . . (voyant entrer Arsinoé.)
Ah! quel heureux sort en ce lieu vous amène? Madame, sans mentir, j'étais de vous en peine.
Arsinoé. Je viens pour quelque avis que j'ai ctu vous devoii
Célmène. Ah! mon Dieu! que je suis contente de vous voir! (CUtandre et Acaste sortent en riant)
1 Franche grimace, c'est-à-dire rien que de la grimace, rien que d l'affectation. L adjectif franc renforce souvent le sens du mot qu'il précède p. e. franc étourdi, franc imbécile. 2 Voyez page 45, note 4.
8 On dirait aujourd'hui: Elle a de la tendresse d'âme.
4 C'est-à-dire: à mon avis, d'après mon opinion.
LE MSA5THB0PB (ACTE m, SCÈNE V, ACTE IV, SCÈNE I et m). 81
Quand les marquis sont sortis, Arsinoé, en amie charitable, avertit Céiimène des méchants bruits qui courent sur son compte: Hier j'étais chez des gens de vertu singulière, Où sur vous du discours on tourna la matière: Et là, votre conduite, avec ses grands éclats, Madame, eut le malheur qu'on ne la loua pas ... . Céiimène riposte en rendant le même service à son officieuse amie: En un lieu, l'autre jour, où je faisais visite, Je trouvai quelques gens d'un très rare mérite, Qui, parlant des vrais soins d'une âme qui vit bien, Firent tomber sur vous, madame, l'entretien. Là, votre pruderie et vos éclats de zèle Ne furent pas cités comme un fort bon modèle .... Le sang-froid et la malice de Céiimène déconcertent et irritent Arsinoé a denier point; Alceste vient fort à propos mettre un terme aux traits lapants que ces dames se lancent Céiimène quitte la partie et prie son uoi de tenir compagnie à Arsinoé, qui doit attendre l'arrivée de sa voiture. Lt prade a depuis longtemps des vues sur Alceste; elle l'emmène pour lui aettre sous les jeux des prouves convaincantes de la perfidie de Céiimène. Au quatrième acte, on apprend que le conseil des maréchaux a terosé la ridicule affaire d'honneur d' Alceste et d'Oronte par un accom cadement rendu difficile par le caractère d'un homme qui s'écrie: Hors qu'un commandement exprès du roi me vienne De trouver bons les vers dont on se met en peine, Je soutiendrai toujours, morbleu! qu'ils sont mauvais, Et qu'un homme est pendable après les avoir faits. Enfin, pressé par les maréchaux, Alceste a fait à son adversaire la déclaration suivante:
Monsieur, je suis fâché d'être si difficile, Et pour l'amour de vous, je voudrais, de bon cœur, Avoir trouvé tantôt votre sonnet meilleur. Mais Alceste n'est pas hors de peine: il tient en ses mains la preuve taite de la trahison de la jeune veuve qu'il aime. Il arrive chez elle otec la ferme résolution de rompre avec la perfide, après lui avoir fait «oser son manque de foi. Mais tout ce grand courage tombe en présence dtjCélimène. D'abord elle se moque de lui; puis elle lui dit que la lettre j'il tient est adressée à une femme. Lorsque Alceste se récrie sur nmiiaemblance de cette excuse, qu'il lui demande de vouloir bien '-cliquer en détail comment les expressions du billet peuvent s'adresser * sae dame, elle le prend sur un autre ton et s'écrie:
Il ne me plaît pas, moi.
Je vous trouve plaisant d'user d'un tel empire, Et de me dire au nez ce que vous m'osez dire. Aussitôt le pauvre Alceste s'adoucit: il consent à interpréter la lettre ^a> le sens que Céiimène voudra lui donner; mais alors c'est elle qui & l'indignée et le renvoie avec hauteur:
Faites, prenez parti, que rien ne vous arrête, Et ne me rompez pas davantage la tête. C'en est fait de toute la colère d' Alceste. H n'a pas le courage de r*apre roc la coquette, mais il ne se fait point illusion sur sa faiblesse, '« il s'écrie:
Et cependant mon cœur est encore assez lâche Pour ne pouvoir briser la chaîne qui l'attache. Le voyant dans ces dispositions, la coquette revient adroitement à *i «a hri disant:
Allez, vous êtes fou dans vos transports jaloux. Et ne méritez pas l'amour qu'on a pour vous.
c- FM, Mamêd d§ lAttérotun fronçait: 10e éd. 6
82 MOLEfcBB (M22-UW).
Je Tondrais bien savoir qui pourrait me contraindre A descendre pour vous aux bassesses de feindre. C'est avec de semblables paroles qu'elle le ramène sous son joug. 11 n'est pas convaincu, mais il s'efforce de l'être. Dans ce moment, son valet Dubois demande à lui parler pour une affaire pressante.