‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 94 sur 514 · LE M1SAJTTHE0PE (ACTE H, SCENE IV · texte numérisé non relu

LE M1SAJTTHE0PE (ACTE H, SCENE IV

Et que, par on chagrin que lui-môme il avoue, Il ne saurait souffrir qu'on blâme, ni qu'on loue.

Alcebtk. C'est que jamais, morbleu! les hommes n'ont raison, Que le chagrin contre eux est toujours de saison, Et que je vois qu'ils sont, sur toutes les affaires, Loueurs impertinents, ou censeurs téméraires.

CéusÈNE. MaJR . • . «

Ajxbste. Non, madame, non: quand j'en devrais mourir, Vous avez des plaisirs que je ne puis souffrir; Et Ton a tort ici de nourrir dans votre âme 1 e grand attachement aux défauts qu'on y blâme.

Cutikdbb. Pour moi, je ne sais pas, mais j'avouerai tout haut $ie j'ai cru jusqu'ici madame sans défaut.

AcigTE. De grâces et d'attraits je vois qu'elle est pourvue: ïiis les défauts qu'elle a ne frappent point ma vue.

Alcbstb. Us frappent tous la mienne; et loin de m'en cacher, Elle sait que j'ai soin de les lui reprocher. Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le flatte; A ne rien pardonner le pur amour éclate; Et je bannirais, moi, tous ces lâches amants Vue je verrais soumis & tous mes sentiments, Et dont, à tous propos, les- molles complaisances loueraient de l'encens à mes extravagances.

Célmènb. Enfin, s'il faut qu'à vous s'en rapportent les cœurs, 'to doit, pour bien aimer, renoncer aux douceurs, Et du parfait amour mettre l'honneur suprême A bien mjurier les personnes qu'on aime.

Éuaste. L'amour, pour l'ordinaire, est peu fait & ces lois, Et Ton voit les amants vanter toujours leur choix; lisais leur passion n'y voit rien de blâmable, Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable: L$ comptent les défauts pour des perfections, tx savent y donner de favorables noms.1 L* paie est aux jasmins en blancheur comparable; La noire à faire peur, une brune adorable; U maigre a de la taille et de la liberté; u grasse est dans son port pleine de majesté; La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée, Est mise sous le nom de beauté négligée; U géante parait une déesse aux yeux; U naine, un abrégé des merveilles des cieux; L><rgneiOeuse a le cœur digne d'une couronne; L* fourbe a de l'esprit; la sotte est toute bonne; Li trop grande parleuse est d'agréable humeur; & la muette garde une honnête pudeur.

V»t ainsi qu'un amant dont l'amour est extrême, Abie jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime.2

1 On dirait aujourd'hui: „Et savent leur donner de favorables noms.4*

2 On prétend que ce morceau est tout ce qui reste d'une imitation du v«at de Lucrèce (poète romain, né Tan 95, mort Tan 51, avant J— C.) °*- «ne» matera, que Molière avait commencée.

Algeste. Et moi, je soutiens, moi ....

Célmène. Brisons là ce discours, Et dans la galerie allons faire deux tours.

Âlceste insiste pour que la coquette se prononce entre lui et ses rivaux, quand un mandat du conseil des maréchaux l'invite à comparaître pour l'affaire d'honneur qu'Oronte, l'auteur du sonnet, lui a suscitée.

Au commencement du troisième acte, les deux marquis, Acaste et Olitandre, qui se croient au mieux dans l'esprit de Oélimène, conviennent de prier la coquette de choisir entre eux. Mais elle sait éluder avec adresse toute explication. Us insistent encore, lorsqu'on annonce la visite de la prude Arsinoé.

Page 1