SCÈNE V
OBGON, GLÉANTE.
Clkaste. A votre nez, mon frère, elle se rit de vous; Et gang avoir dessein de vous mettre en courroux,5 J< vous dirai tout franc que c'est avec justice. A-t-<m jamais parlé d'un semblable caprice?
1 Cianë, vieux mot pour ici, contracté de ici dedans.
2 On dirait aujourd'hui: comment. Voyez page 88, note 1. 1 Dxmt a est difficile de se faire une idée.
* Vers devenu proverbial aussi bien que l'exclamation: le pauvre tomme I 1 Courroux pour colère; v. page 5, note 2.
Et se peut-il qu'un homme ait un charme1 aujourd'hui A vous faire oublier toutes choses pour lui? Qu'après avoir chez vous réparé sa misère, Vous en veniez au point ....
Oroon. Halte-là, mon beau-frère:
Vous ne connaissez pas celui dont vous parlez.
Cléante. Je ne le connais pas, puisque vous le voulez; Mais enfin, pour savoir quel homme ce peut être ....
Oboon. Mon frère, vous seriez charmé de le connaître, Et vos ravissements ne prendraient point de fin.2 C'est un homme .... qui .... ah! .... un homme .... un homme enfin Qui8 suit bien ses leçons goûte une paix profonde, Et comme du fumier regarde tout le monde. Oui, je deviens tout autre avec son entretien; Il m'enseigne à n'avoir affection pour rien, De toutes amitiés il détache mon âme; Et je verrais mourir frère, enfants, mère et femme, Que je m'en soucierais autant que de cela.4
Cléante. Les sentiments humains, mon frère, que voilà!
Oboon. Ah! si vous aviez vu comme j'en fis rencontre, Vous auriez pris pour lui l'amitié que je montre. Chaque jour à l'église, il venait, d'un air doux, Tout vis-à-vis de moi se mettre à deux genoux. Il attirait les yeux de l'assemblée entière Par l'ardeur dont au ciel il poussait sa prière; Il faisait des soupirs, de grands élancements, Et baisait humblement la terre à tous moments; Et, lorsque je sortais, il me devançait vite, Pour m'aller, à la porte, offrir de l'eau bénite. Instruit par son garçon, qui dans tout l'imitait, Et de son' indigence et de ce qu'il était, Je lui faisais des dons; mais, avec modestie, Il me voulait toujours en rendre une partie. „ C'est trop? me disait-il, c'est trop de la moitié; Je ne mérite pas de vous faire pitié;" Et, quand je refusais de le vouloir reprendre, Aux pauvres, à mes yeux, il allait le répandre. Enfin le ciel chez moi me le fit retirer, Et depuis ce temps-là tout semble y prospérer. Je vois qu'il reprend tout, et qu'à ma femme même Il prend, pour mon honneur, un intérêt extrême; H m'avertit des gens qui lui font les yeux doux, Et plus que moi six fois il s'en montre jaloux, liais vous ne croiriez point jusqu'où monte son zèle: Il s'impute à péché la moindre bagatelle;
1 Charme est dit ici au sens propre et signifie: pouvoir mystérieux, effet d'un art magique. En prose: un charme tel qu'il vous fait oublier tout
1 En prose on dirait: Vos ravissements ne finiraient pas.
* Var. un homme enfin, Qui suit etc. Dans la leçon du texte, rétablie par M. Mesnard, qui = celui qui.
4 Orgon accompagne ces paroles d'un geste de la main.