‹ Manuel de littératureChapitre 15 sur 39 · DU MADRIGAL · texte numérisé non relu

DU MADRIGAL

Le madrigal est une petite pièce qui renferme une pensée ingénieuse, aimable et galante. ,

Parmi une foule de très* jolis madrigaux, on peut citer celui-ci de Voltaire.

A Madame de Boufflers.

Vos yeux sont beaux et votre Ame est plus belle ;

Vous êtes simple et naturelle ; Et sans prétendre à rien, vous triomphez de tous. Si vous eussiez vécu du temps de Gabrielle ,

Je ne sais pas ce qu'on eût dît de vous ;

Maïs on n'aurait point parlé d'elle.

DE l'BPIGRAMME.

L'épigramme est une petite pièce composée de pensées malignes, que termine un mot , un trait vif, inattendu , et parfois trèsmordant.

Si vous voulez faire bientàt Une fortune immense et pourtant légitime , Achetez Cinard ce qu'il vaut , Revendez-le ce qu'il s'estime.

DE l'ÉPITÀPHE.

L'épitaphe est une inscription en quelques vers, que Ton grave ou que l'on suppose devoir être gravés sur un tombeau. Elle con- .

tient ordinairement l'éloge du mort ; et, en offrant ses principaux traits caractéristiques , elle peut être ou morale ou sentimentale , quelquefois Tune et l'autre.

Epitaphe de Meynard.

Las d'espérer et de roc^laindre , Des Muses | des grands et du sort, C'est ici que j'attends la mort Sans la désirer ni la craindre.

Celle de Scarron, faite par lui-même , a quelque chose de touchant.

Celui qu'ici maintenant dort, Fit plus de pitié que d'envie, Et souffrit mille fois la mort Avant que de perdre la vie.

Passant , ne fais ici de bruit , Prends bien garde qu'on ne l'éveille ; Car voici la première nuit Que le pauvre Scarron sommeille*

DE L'kPITHALAMB.

L'épithalame est une pièce de vers à l'occasion d'un mariage. Il comprend la louange des nouveaux époux , et les vœux qu'on fait pour leur bonheur. Les qualités des époux , le rang qu'ils tiennent, leur âge, déterminent le ton que l'on doit prendre. Exemple :

A Madame de ***

Ce jour | de tes jours lo plus beau , De myrthc t'a donc couronnée ,

Chère Justine , et l'Hy ménée , Empruntant de l'Amour les traits et le flambeau ,

Vient de fixer ta destinée.

Sans contrainte aujourd'hui tu peux suivre la lof

Du tendre penchant qui t'inspire ;

Tu peux aimer , tu peux le dire ; L'amour même devient une vertu pour toi.' Laisse , laisse gronder ces censeurs intraitables

De l'Hymen et de ses douceurs ; Ils ont beau répéter que des liens durables.

Ont plus d'épines que de fleurs. .

Si l'Hymen est gênant , si ses lois sont cruelles , C'est aux âmes qu'Amour refusa d'assortir ,

Et qui ne savent auprès d'elles

L'appeler, ni le retenir.

Jeune épouse, veux-tu dans le nœud qui l'engage

Arrêter cet enfant volage ,

Compte peu sur ces traits charmans ,

Cette fraîcheur , ces agrémens,

Qu'on admire sur ton visage.

Pour inspirer un feu constant ,

Il ne suffit pas d'être belle ,

C'est à la beauté qu'on se rend ,

Mais c'est au coeur qu'on est fidèle.

C'est à l'accord Intéressant

D'un esprit doux et sage et d'une âme sensible

Qu'est attaché le secret infaillible De fixer un époux et d'en faire un amant.

Du ciel , qui te chérit , tu reçus en partage ,

Justine, ces aimables dons ; Ah ! mieux que moi P Amour t'en apprendra l'usage

Et je te livre à ses leçons.

Page 1