M"»*. VERDIER
DE LA CHÀHSOîf.
La chanson est une petite ode coupée en stances , composées de vers d'égale mesure, et à laquelle on joint un air.
Les stances, dans ce cas, sont appelées couplets; ils sont de quatre, six ou huit vers; les deux derniers ou le dernier seulement, reviennent quelquefois à la fin de chaque couplet , et forment ce qu'on appelle un refrain. «
Lorsque chaque couplet se termine par un refrain , il faut que ce refrain soit toujours heureusement amené. Si le couplet ne «e termine pas par un refrain , il faut que le dernier vers renferme une pensée vive, in-, génieuse et piquante.
Le Buveur.
De tous les dieux que la Fable A mis dans son panthéon , Il n'en e»st qu'un véritable , Qui soit digne de ce nom ; C'est Bacchus que je veux dire ; Car des autres immortels Je crois qu'un buveur peut riro , Même au pied de leurs autels.
Aussitôt que la lumière A redoré nos coteaux , Je commence ma carrière Par visiter mes tonneaux.
Ravi de revoir l'Aurore , Le verre en main , je lui dis :
Vois-tu sur la rive More Plus qu'à mon nez de rubis ?
Le plus grand roi de la terre, Quand je suis dans un repas , S'il me déclarait la guerre , Ne m'épouvanterait pas, A table rien ne mitonne, Et je pense quand je boi , Si là-hatat Jupiter tonne , Que c'est qu'il a peur de moi»
Si quelque jour étant ivre , La mort arrêtait mes pas ,
Je ne voudrais pas revivre Pour changer ce doux trépas»
Je m'en irais dans l'Averne Faire enivrer Alccton , Et bArir une caverne Dans le manoir de Plu ton*
Par ce nectar délectable Les démons étant vaincus , Je ferais chanter au Diable Les louanges de Bacchus.
J'appaiserais de Tantale La grande altération ; Et , passant Tonde infernale , Je ferais boire Ixion.
Au bout de la quarantaine , Cent ivrognes m'ont promis De venir , la tasse pleine , Au gîte où Ton m'aura rais ; Pour me faire une hécatombe Qui signale mon destin , Ils arroseront ma tombe De plus de cent brocs de vin,
De marbre ni de porphyre Qu'on ne fasse mon tombeau î Pour cercueil je ne désire Que le contour d'un tonneau ;
l5o MANUEL
Je vf ux qu'on peigne ma trogne Avec ce» ver» à l'entour :
Ci-gît le plus grand ivrogne Qui jamais ait vu le four.
Adam , de Nevers.