DE L'ACROSTICHE
L'acrostiche est une petite pièce formée d'autant de vers qu'il y a de lettres dans le nom de la personne que Ton a prise pour
DE lit TE RATURE. l5î
sujet ; chaque vers commence par une des lettres de ce nom. Exemple :
© cvenîr plus puissant par de nouvelles grâces , W tre du grand Colbert le digne successeur ,
uîvre de son génie et lVlan et les traces , jg ériter de son roi lWifne et la faveur t > noi triâtes rêver* opposer la prudence , pi endre au prvpla all«rmt f le calme et l'abondance, W t , tant nuire à l'état , prendre nos Intérêt! \ H enir aur l'un et l'autre uue juste balance :
ur ce portrait, lecteur, reconnais Desmarets.
SX LA FABLE.
L'apologue ou la fable , car ces deux mot* expriment la même chose, est le récit d'une action feinte et allégorique; et le but du fabuliste est d'instrtiire en amusant.
Quels que soient les personnages que le fabuliste fasse agir et parler , êtres animés ou inanimés, sa fable doit renfermer une leçon de morale , et contenir même le phis souvent une moralité.
On entend par moralité, la maxime, la réflexion morale que le fabuliste place £u commencement ou à la fin de son récit.
ï54 MÀNUEL
Dans la fable du Loup et de l'Agneau, La Fontaine a mis la moralité au commencement :
La raison du plus fort est toujours la meilleure.
Il la mise à la fin dans la fable des De uc$ Taureaux et de la Grenouille.
Hélas ! on voit que de tout temps Les petits ont pâti des sottises des grands.
Ces deux exemples prouvent que le fabuliste est libre de commencer ou de finir son récit par la moralité. Quelquefois il se dispense de Fécrire, et laisse au lecteur le plaisir de la trouver. Mais lorsqu'il se décide à l'exprimer, il faut qu'elle soit vraie, incontestable , et rendue en termes clairs et précis ; il faut aussi qu'il y*ait entr'elle et le récit un rapport immédiat.
C'est dans La Fontaine, qu'il faut chercher un modèle de fable ; mais laquelle choisir? celle qu'il aimait le mieux.
Le Chêne et le Roseau.
Le Chêne , un jour , dit au Roseau :
— Vous ave* bien .sujet d'accuser la nature ;
DE LlttÉEÀTURE. I
Un roitelet pour vous est un pesant fardeau ;
Le moindre vent qui d'aventure
Fait rider la face de Peau ,
Tous oblige à baisser ïa tète, Cependant que mon front , au Caucase pareil , ft on content d'arrêter les rayons du soleil ,
Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est aquilon , tout me semble zéphyr. Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage ,
Vous n'auriez pas tant à souffrir ;
Je vous défendrais de l'orage ;
Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent:
La nature envers vous me semble bien injuste.— Votre compasssion , lui répondit l'arbuste.
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci :
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables : Je plie , et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épou va niables
Résisté sans courber le dos ; Mais attendons la fin.-- Comme il disait ces mots. Du bout de l' horison accourt avec furie
Le plus terrible des enfans Que le nord eût porté jusques-là dans ses flancs.
L'arbre tient bon , le roseau plie.
Le vent redouble ses efforts ,
Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tète au ciel était voisine , Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.
l56 - MANUEL
La Fontaine a usé dans cette fable du privilège qu'a le fabuliste , de ne point commencer ou terminer ^a fable par la moralité, et de la laisser deviner au lecteur. Eh! qui ne la trouverait pas? Qui ne voit que, par ce récit, Fauteur enseigne qu'il ne faut pas se prévaloir de ses avantages, ni trop compter sur sa force; que l'orgueil est souvent puni de sa téméraire confiance ; et que plus on est élevé, plus on est près de sa chute.