DE LÀ COMÉDIE
La comédie ne se forma qu'après la tragédie. Ce fut le Magiste d'Homère , poème où un fainéant est représenté, qui donna toutà-coup l'idée du comique. Mais la vieille comédie ne fut d'abord qu'une satyre dialoguée, qui exposait les personnes à la risée publique. Ce scandale fut réprimé par les lois* Alors on représenta des actions véritables sous des noms supposés. C'est le moyen âge de-la comédie. De nouveaux édits la proscrivirent; on défendit aux acteurs de mettre sur la scène des personnages réels , des actions vraies et connues. Alors il fallut inventer, et c'est à cette époque qu'il faut placer la vraie comédie, Mënatidre en fut l'inventeur chez les Grecs , domme Épicharme chez les Siciliens. Aristophane est le seul comique grec dont quelques uns des ouvrages soient parvenus jusqu'à nous, encore écrivit-il dans le premier genre de comédie, ainsi qu'Eupales et Cratius. Racine à emprunté ses Plaideurs à Aristophane.
Plaute et Térence, sont deux comiques
. ' • DE LITTERATURE. 3f5
latins, auxquels Molière a emprunté plu-, sieurs sujets , entre autres celui de l'Avare , et le personnage de Scapin à Pfoute ; et VEcole des Maris à Térence.
Molière*
Le premier, lè pins justement célèbre de no&poè'tes comiques, est Molière, né à Paris en 1622 ; îl a surpassé tous ceux qui Vont devancé , et n'a été égalé par aucun de ceux qui \ Vont suivi. Sa comédie des Femmes savantes* offre des caractères admirables , et une foule de traits heureux.
Tout ce Tjue levaient peut produire de plus parfait , est déployé dans le Misanthrope , dont nous donnons ici un extrait.
PH1LINTE.
Contre votre partie éclatez un peu moins ,
Et donnas au procès une part de vos soins.
ALCESTE
Je n'en donnerai point , c'est une chose dite. ,
PHILINTE
Mais qui voulez-vous donc qui pour vous sollicite ?
Qui je veux ? ta raison 9 mon bon droit , lYqmtc.
PHILINTE. *
Aucun juge par vous ne sera visité? '
ALL ESTE
Non. Est-ce que ma cause est injuste ou douteuse ? * s
PHILINTE
J'en demeure d'accord ; mais la brigue est fâcheuse ;
Et»»» — „
ALCESTE
Non , j'ai re'solu de ne pas faire un pas/ f J'ai tort ou j'ai raison/ *
PHILINTE
Ne vous y ûez pas.' * ALCESTE.
Je ne remùrai point.
PHILINTE. -
Votre partie est forte ,
Et peut par sa cabale entraîner....
ALCESTE
Il n'importe, «h
PHILINTE
Tous vous trompes.
„ ALCESTE
Soit. J 'en veux voir le succès.
, PHILINTE. , . «
Mais...
ALCESTE. . '
* J T au rai le plaisir de perdre mon procès.
Le Tartuffe offre une excellente critique de l'hypocrisie.
Les Précieuses Ridicules corrigèrent la ville et la cour d'une affectation de langage devenue à la mode. ,
Le Bourgeois Gentilhomme est du plus vrai comique, et fronde gaîment les prétentions de M. Jourdain. Les bons mots, les traits heureux dont fourmille cette pièce, écrite en prose, sont devenus proverbes.
Nous ne parlerons point des farces que Molière composa pour attirer la foule et pour se prêter à ses goûts , ni de quelques autres comédies auxquelles la sévère morale peut adresser des reproches.
RegnArd.
Ce poète , né à Paris , en 1647 * a kissé une excellente comédie, le Joueur; le Légataire Universel le suivit de près, et cette pièce fit espérer que Molière avait un successeur.
Les Ménechmes, sujet tiré de Plaute, ne détruisirent point cet espoir; mais les dernières comédies de Regnard n'offrirent plus
*l8 MANUEL
la même gaîté , vraie , spirituelle, animée.
Démocrite est une comédie froide; le caractère du Distrait manque de couleur et de variété ; enfin les premières pièces de Regnard sont seules restées au premier rang sur la scène française.
Destouches, né à Tours, en 1680, a, parmi une foule de jolies pièces, composé une excellente comédie , le Glorieux. > ♦
Piron, né àDijon, en 1689, n'a composé qu'une comédie, un cheT-d'œuvre ; c'est la Métromanie.
Gresset, n'a laissé que le Méchant; et comme la Métromanie , le Méchant suffi t pour immortaliser son auteur.
Nous ne parlerons point du drame, genre où pourtant la Chaussée s'est fait admirer dans les pièces de la Gouvernante et de Mélamde.
Nous bornant aux auteurs classiques f nous allons citer ceux qui ont obtenu l'honneur d'être placés parmi eux , chez les nation* . étrangères.
Ï)E LtTTÉRAÏURE. 2%$
Coup-d'œil sur les poètes étrangers ,