‹ Manuel de littératureChapitre 8 sur 39 · PU DISCOURS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

PU DISCOURS EN GÉNÉRAL

L'étude ne donne point l'éloquence ou le génie ; il faut que la nature nous ait favorisé de ces dons ; elle n'en est pas prodigue ; mais l'étude les développe , et nous apprend la manière d'en tirer le parti le plus utile et le plus brillant.

On distingue trois parties essentielles dans le discours , Y invention , la disposition , Yélo* Gution»

U invention consiste à trouver les moyens propres à la question que l'on veut discuter ou à la cause qu'on veut défendre ;ii découvrir le« raisons les meilleures pour éclairer et convaincre. La disposition range ces raisons et pes moyens dans un ordre méthodique et régulier ; et Vèlocution leur prête l'attrait , Je pouvoir, la niagie de la diction, du style çt du débit, ,

Jl est pour X invention des espèces de sources où elle peut puiser ; ce sont les lieux oratoires , autrement dits lieux communs , ejfc

appelés ainsi , parce qu'ils appartiennent à tous les genres du discours, à toutes les matières qui sont du ressort de l'éloquence. Les principaux sont : la définition , Yémimération , la similitude , les contraires et les circonstances* La définition est l'explication claire, juste et précise d'une chose. Le premier qui a défini l'homme un animal raisonnable , a fait une bonne définition. Mais, à moins que la définition courte et rigoureuse ne soit un moyen tranchant pour l'éloquence, elle se plaît à l'étendre. Par exemple , on peut définir simplement la valeur, en disant que c'est une faculté de l'âme qui nous fait braver les périls de la guerre ; mais Fléchier, dans son oraison funèbre de Turenne , pour donner une idée complète de cette faculté, pour aider à reconnaître la véritable, l'offre sous deux aspects, et prête à la définition les développemens s ui vans :

N'entendes point par ce mot valeur f une hardiesse vaîne , indiscrète , emportée , qui cherche le danger pour le danger même , qui s'expose sans fruît , et n'a pour but que la réputation et les Tains applaudissemens des hommes. Je parle d'une hardiesse sage et réglée , qui s'anime à la vue des ennemis , qui dan*

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le péril même pourvoit à tout , prend tous ses avantages ; mais qui se mesure avec ses forces , qui entre* prend les choses difficiles et ne tente pas les impossibles , qui n'abandonna rien au hasard de ce qui peut être conduit par la prudence ; capable enfin de tout oser , quand le conseil est inutile , et prête à mourir dans la victoire , fcu à survivre à son malheur , en accomplissant ses devoirs.

Uéniimération divise lin tout en ses parties, c'est-à-dire qu'elle parcourt les divers attributs ou détails qui conviennent à une chose, et rassemble tous les traits qui peuvent appartenir à 1 objet qu'elle veut dépeindre. En voici un exemple dans un discours sur Y emploi du temps :

On parle de richesse ; la véritable richesse c'est le temps. Oui , le temps est le trésor <fc tous les âges et de toutes les conditions. C'est celui de l'enfant, qui, par son application , enrichit peu à peu sa mémoire, et facilite ainsi le développement de son intelligence ; celui déjeune homme qui est assez avancé pour sentir que plus il a appris , et plus il lui reste à apprendre ; celui de l'homme fait , que tourmente un noble désir de tenir , par ses talens , un rang honorable dans la société ; celui du vieillard , qui , en garde contre la Mort , ne veut pas qu'elle le surprenne au milieu de «es projets , de ses vœux ou de ses espérances ; c'est

celui du laboureur , qui trempe de ses sueurs le sillon qui doit le nourrir ; celui de l'artisan, qui, éveillé avant le jour , n'interrompt que bien avant dam la nuit ses pénibles et profitables travaux ; celui de l'artiste , qui , dans quelque carrière qu'il parcoure , se propose toujours pour but le suffrage de son siècle et les hommages de la postérité ; celui du savant , qui , dans ses recherches laborieuses , dans ses calculs profonds ou dans ses expériences hardies , est sans cesse occupé de hâter le progrès des lumières , ou d'augmenter la masse des connaissances ; celui de l'amant des lettres , qui , ne rêvant que la gloire , attache son nom à un ouvrage , et espère que cet ouvrage sauvera son nom d'un éternel oubli. "ViGÉE.

La similitude, pour rendre deux choses, deux idées , deux pensées plus claires et plus sensibles, indique eu développe le rapport qui est entre elles. Elle les rapproche et les compare ; de*sorte que la similitude ne serait que la comparaison, si elle n'en était distinguée par des nuances qu'il est à propos de remarquer. C'est que la similitude, que Ton peut ranger parmi les figures de pensée, exprimé une ressemblance générale entre deux objets. Ainsi dire d'un homme : // est comme un lion, c'est faire une similitude, parce qu'on exprime la ressemblance qu'il y a enlre lui

et un lion. Mais si l'on disait : Tel qu'un lion furieux, qui, poussant des rugissemens terribles, s'élance sur sa proie; tel Achille , frémissant de rage, altéré de vengeance , court au-devant d'Hector.: on n'établirait plus une ressemblance générale, on décrirait des circonstances et l'on ferait une comparaison. Enfin , si Ton disait d'un homme, quand il est en fureur : C'est un lion; la ressemblance n'étant point précisément indiquée par les mots comme, tel , semblable à , de même que, on ferait une métaphore, c'est-à-dire que la comparaison ne serait point dans les mots et ne serait que dans l'esprit.

Voici les armes que la similitude fournit à Bourdaloue pour combattre les athées : •

Le mondain croît qu'un état ne peut être bien gouverne que par la sagesse et le conseil d'un prince ; il croit qu'une maison ne peut subsister sans la vigilance et l'économie d'un père de famille ; il croit qu'un vaisseau ne peut être bien conduit sans l'attention et l'babiletë d'un pilote ; et quand il voit ce vaisseau vo-* guer en pleine mer , cette famille bien réglée , ce royaume dans l'ordre et la paix , il conclut , sans hériter , qu'il y a un esprit , une intelligence qui y préside. Mais il prétend raisonner tout autrement à l'égard du monde entier, et il veut que, sans providence, sans ♦

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prudence , sans intelligence , par un effet du hasard , ce grand et vaste univers se maintienne dans Tordre merveilleux où nous le voyons. N'est-ce pas aller contre ses propres lumières et contredire sa raison ?

Les contraires présentent une chose da'ns deux états absolument difféfens l'un de Tautre , comme dans cet exemple , tiré du premier chœur de la tragédie à'Esther:

Déplorable Sion , qu'ail» fait de ta gloire?

Tout l'univers admirait ta splendeur : • Tu n'es plus que poussière , et de cette grandeur Il ne nous reste plus que la triste mémoire.

Sion, jusques aux cieux élevée autrefois,

Jusqu'aux enfers maintenant abaissée , Puissé-jc demeurer sans voix ,

Si dans mes chants ta douleur retracée Jusqu'au dernier soupir n'occupe ma pensée !

Ou bïen , pour mieux faire ressortir l'éclat d'une chose , ils la présentent telle quelle pourraitêtre et telle qu'elle n'est pas; comme dans ce passage de l'oraison funèbre de Matie-Anne-Christin* de Bavik* , dauphine de France , par FlécVrief : *

Si je venais ici déplorer la mort imprévue de quelque princesse mondaine , je n'aurais qu'à vous foire

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voir le monde avec ses vanités et ses inconstances ; cette

foule de figures qui se présentent à nos yeux et s évanouissent ; cette révolution de conditions et de fortunes qui commencent et qui finissent , qui se relèvent et qui retombent; cette vicissitude de corruptions, tantôt secrètes, tantôt visibles qui sè renouvellent; cette suite de changemens en nos corps par la défaillance de la nature , en nos âmes par l'instabilité de nos désirs ; enfin ce dérangement universel et continuel des choses humaines , qui , tout désordonné qu'il semble à nos yeux , est pourtant l'ouvrage de la main toute puissante de Dieu , et l'ordre de sa providence. Mais, grâce au seigneur, je viens louer une princesse plus grande par sa religion que par sa naissance ; et tous montrer , au lieu des fragilités de la nature j les effets constans de la grâce ; des vertus évangéliques pratiquées en esprit et en vérité ; des sacremens reçus avec des sentimeuê d'une dévotion exemplaire ; des prières attentives et persévérantes ; une volonté soumise et conforme à la conduite de Dieu sur elle ; des souffrances unies à celles de Jésus crucifié ; des consolations venues du sein du père des miséricordes ; des espérances immobiles fondées sur celui qui dit dans l'écriture ; Je suis Dieu ; je ne change point.

Les circonstances offrent les diverses particularités qui accompagnant une action. Elles comprennent cette action , le temps et le lieu ou elle a été faite, celui qui Ta faite, les mor

tifs qui l'y ont déterminé , la manière dont il s'y est pris pour la faire.

Hermione, dans la tragédie d'Andromaque y veut que Pyrrhus expie ses dédains pour elle et la préférence qu'il accorde à sa rivale. Elle engage Oresle à la venger; et, profitant de tout l'empire qu'elle a sur lui, le décide à tuer Pyrrhus. Quelles circonstances , s'il est possible , justifieront Oreste accusé par Hermione elle - même ? Voyez la réponse à' Oreste à Hermione , dans Racine :

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