CHAPITRE XII
MÉDICAMENS ÉMOLLIENS,
DCC-TCOD-0E€-DC-
Les émolliens (Emollientia, relächans, adoucissans) sont des médicamens qui tendent à ramollir les tissus avec lesquels ils sont en contact, à diminuer leur tonicité et à émousser leur sensibilité.
Ces substances jouissent toutes de propriétés nutritives et médicamenteuses. En général, leur saveur est fade, visqueuse ou sucrée, et elles sont inodores. Leur mode d’action paraît être le même, soit qu’on les applique sur la peau ou qu’on les introduise dans le canal digestif, et dépendre en grande partie de Peau qui leur sert de véhicule. Dans le premier cas, on les voit ramollir le tissu de la peau, le gonfler, diminuer sa rougeur et sa sensibilité et calmer plus où moins complètement les symptômes inflammatoires dont elle peut être le siège. Dans le second cas, elles produisent: des changemens semblables dans les parties avec lesquelles elles sont en contact, et diminuent la soif, la chaleur intérieure, la toux, ete. , en même temps qu’elles servent d° the légers et appropriés à l’état des organes enflammés,
AE
. contiguité d’organes, comme nous l’avons déjà fait
Le
(408 ) à, Quoique les effets locaux des émolliens soient les plus marqués, il en est d’autres encoré dont il faut tenir compte; en effet l’action relâchante de ces médicamens paraît pouvoir être transmise par
voir dans les prolégomènes ($ XVIT). Leur usage interne continué pendant un certain temps, détei mine aussi des effets plus ou moins débilitans sur | l’économie en général. C’est ainsi qu’on les/voit | souvent diminuer la force et la fréquence du pouls, et calmer l’irritation d’organes éloignés de ceux avec lesquels ils sont en contact. C’est principalement aux sympathies qu’ils réveillent, et à l'absorption de la grande quantité d’eau avec laquelle on les administre, que l’on doit attribuer ces effets secondaires; car, par l’action digestive
de l’estomac, ces substances sont transformées en
chyme, et d’un autre côté, la physiologie expérimentalé nous apprend que l’augmentation de la Proportion d’eau relativement à celle des globules du sang, est un moyen puissant pour diminuer l'énergie vitale.
Tous les médicamens émolliens sont des substances organiques. Les principes immédiats qui les constituent sont de la gomme , de l’amidon ou fécule, du sucre, dù gluten, des huiles fixes; de la “nt de l’albumine et des corps gras.
La Gomme est un principe immédiat qui se trouve dans toutes les parties des plantes herbacées, dans les fruits, les feuilles et un assez grand
WA
(409) nombre de racines et de tiges ligneuses; mais il n’est pas toujours parfaitement identique comme nous le verrons par la suite. Quoi qu’il en soit, toutes les gommes sont solides , incristallisables, inodores,
insipides ou d’une saveur très-fade, solubles dans
l'eau et formant ainsi une espèce de gelée nommée Mucilage, et insolubles dans l'alcool qui les précipite de leurs dissolutions; enfin, lPacide nitrique les décompose et les transforme, en partie, en acide mucique. ï
On donne le nom de Sucre à tout principe im-
médiat qui, par l’action de l’eau et du ferment,
peut être décomposé et transformé en alcool et en acide carbonique. On en distingue plusieurs espèces, mais nous ne parlerons ici que de ceux que l’on emploie en médecine ; savoir : 1° le Sucre ordinaire ou de canne , qui se trouve dans la canne à sucre, Saccharum officinarum , la betterave, Beta vulgaris, etc., est solide, blanc, inodore , d’une saveur douce et d’une pesant. spécifiq. de 1,6.
I] cristallise facilement et prend alors le nom de
Sucre candi. I] est composé d’oxigène et d’hydrogène, dans les proportions nécessaires pour former l’eau 57, et de carbone 42. II est peu soluble dans lalcool et très-soluble dans l’eau ; 3 p. de sucre et 1 p. d’eau, forment une préparation nommée Sirop. Enfin l’acide nitrique à chaud le décompose et le transforme en acide oxalique, et la chaux le rend amer et incristallisable; 2° le Sucre de raisin ,
qui existe dans presque tous les fruits, et se pré-
rer
(Ho)
sente sous forme de petits grains peu consistans et
agglomérés. Sa saveur est beaucoup plus faible que
celle du sucre de canne, aussi faut-il en employer
deux fois et demi autant pour sucrer, au même
degré, la même quantité d’eau.
L’Amidon ou fécule amylacée se rencontre dans les graines de toutes les légumineuses, des graminées, etc. C’est une substance blanche, pulvérulente , inodore et insipide, composée d’oxigène et d'hydrogène, dans Les proportions nécessaires pour faire l’eau, 56, et de carbone 43. Elle est insoluble dans l’eau froide, l’alcool et léther ; se dissout dans Veau bouillante et forme alors un hydrate appelé Empois. L’acide nitrique faible dissout à froid l’amidon; mais à chaud, il le transforme en acide malique, oxalique, etc. Par l’action de acide sulfurique très-étendu d’eau, aidée de la chaleur, lamidon se transforme en une substance assez semblable au sucre de raisin ; enfin , il forme avec liode , une combinaison d’une belle couleur bleue.
Les Huiles fixes ou grasses se trouvent en grande abondance dans les semences de diverses plantes. Elles sont, en général, liquides à la température
ordinaire, visqueuses, d’une couleur jaunâtre, d’une saveur faible, mais souvent désagréable et d’une pesanteur spécifique moindre que celle de Peau. Elles sont composées: 1° de Stéarine, substance grasse, solide à la température ordinaire ; 2° d'E- M laine ; substance grasse , liquide à la même tempé- 4
ralure , et 8° d’un peu de matière colorante et odo-
rante. La proportion de ces substances diffère dans les diverses huiles. Les huiles grasses sontinsolubles dans l’eau, mais deviennent miscibles à ce liquide,
- à l’aide de la gomme, de lalbumine, etc. Plu-
sieurs d’entre elles sont solubles dans l’alcool et
dans l’éther. Elles rancissent par l’action prolongée de l'air et forment des savons avec des alcalis,
comme nous l’avons Géjà dit (voyez page 208).
Les propriétés et la composition des substances grasses d’origine animale, diffèrent peu de celles des huiles fixes.
L’albumine est un principe immédiat qui se trouve dans toutes les parties molles des animaux ; elle forme presque à elle seule le blanc d’œuf, le sérum du sang, etc. Ses propriétés varient beaucoup, suivant qu’elle est liquide ou solide. L’albumine liquide est visqueuse, transparente, incolore, plus pesante que Peau, et légèrement alcaline, à cause de la petite proportion de soude qu’elle contient alors. Elle est très-soluble dans l'eau, chauffée elle se coagule ; l’alcool y détermine le même phénomène; l’albumine est alors solide , blanche’, insoluble dans l’eau, soluble dans les alcalis et dans l’acide acétique. Elle est composée de carbone 52, oxigène 23, hydrogène 7 et azote 15.
La Gélatine ne se trouve jamais dans les humeurs dés animaux, mais toutes leurs parties molles et solides en contiennent. Desséchée, elle porte dans le commerce le nom de colle forte ; elle se dissout
(42) ires-peu dans l’eau froide, mais très- bien dans l’eau bouillante; cette dissolution précipite par lPalcool, le tannin, etc. » et forme, par le refroideue une Raiée plus ou moins épaisse.
On emploie avec beaucoup d'avantage les médicamens émoiliens pour combattre les inflammations tant internes qu’externes. D’après ce que nous avons dit plus haut, on voit qu’ils doivent être nuisibles dans les cas d’atonie.et vers la fin de certaines maladies chroniques qui sont entretenues ou accompagnées par la faiblesse. On les administre sous forme de tisanes, de loochs, etc., à l’intérieur,
. et de cataplasmes, de lotions, etc., à l'extérieur.