MÉDICAMENS TONIQUES
Les toniques ou fortifians sont des médicamens qui, par l’action générale qu’ils exercent sur l’économie, tendent à augmenter l’énergie des organes. Il n’y a pas de ligne Me démarcation bien tranchée entre ces médicamens et les astringens ; en effet, administrés à de petites doses, les toniques n’agissent guère que localement et à la manière des astringens ; il n’en est pas de même lorsqu'on les em-, ploie à plus hautes doses, ils exercent alors sur la plupart des fonctions vitales une influence directe et indépendante de leur action locale. Dans ces cas, on voit lescontractions du cœur devenir plus énergiques, sans cependant augmenter de fréquence, et le pouls en même temps qu’il acquiert de la force, devient plus dur, plus serré, plus plein ; le teint ne s’anime pas , et la chaleur animale n’est pas augmentée à moins que la médication tonique : ne’soit long-temps prolongée ; alors ces phénomènes, ainsi que l’accélération de la circulation qui les accompagne ne sont.que des effets secondaires qui dépendent de l’augmentation d’activité de la
(58 ) TUNTR nutrition et non de l'influence directe des toniques! sur le système nerveux. Ces médicamens acti-l vent la nutrition non-seulement par leur action sur” l’économie en général, maïs encore par les modi-# fications qu'ils impriment aux organes digestifs. M Ils rendent la digestion plus rapide et plus com“ plète; les matières fécales plus consistantes ; en diminuent la quantité, et vont même jusqu’à pro-" duire la constipation.
L'action des toniques sur les organes sécréteurs est également très-marquée., Ils tendent toujours à” les fortifier, et à augmenter leurénergie ; cependant il peut résulter de cette action des elfets diamé-\ tralement opposés. Ainsi, lorsque la surabondance w des produits de la sécrétion dépend de la faiblesse de organe , ces médicamens tendent évidemment
à les diminuer, en ramenant le tissu sécréteur à l’état normal ; lorsque les sécrétions sont diminuées. au contraire par l’inertie des organes, on les voit augmenter sous l'influence des toniques. C’est ainsi qu’ils agissent souvent comme diurétiques, diapho= rétiques, emménagogues, expectorans ; etc.
Les médicamens toniques sont en général tirés. des règnes végétalet minéral; les toniques végétaux sont remarquables par les principes amers qu'ils contiennent, et auxquels ils doivent en grande partie leurs propriétés thérapeutiques ; dans plusieurs d’entre eux ce principe amer offre tous les caractères de l’alcalinité , telles sont la quinine , la cinchonine,-la gentianine, etc. Il y a quelques années
; (59) on confondait toutes ces substances amères différentes sous le nom de principe extractif; on sait aujourd’hui que l’extractif est un produit dont la composition varie suivant la nature de la plante qui.a servi à sa préparation; quoi qu'il en soit, dans Vanalyse de beauceup de végétaux , on désigne en- Core sous ce nom une substance amère, azotée, soluble dans: l’eau et dans l’alcool. En outre, ces médicamens contiennent souvent des substances tannantes, de l’acide gallique, etc., ce qui les rapproche des astringens ; mais en général, la proportion de ces substances est faible, etce n’est pas à élles qu’on doit rapporter l’action directe des toniques sur l’économie animale; les toniques fournis par le règne minéral se ‘rapprochent encore davantage des astringens ; il n’y a pas de caractères chimiques qui puissent les faire distinguer : quant aux substances animales toniques , il n’y a guères que la bile de bœuf qui aït été employée. :
- On profite ce l'influence fortifiante que les toniques exercent sur toute l’économie pour-relever les forces générales, et augmenter l’énergie des organes dans un grand nombre dé maladies ; c’est surtout dans le traitement des fièvres intermittentes et de certaines affections périodiques , telles que les névralgies, que l’emploi des toniques est, pour ainsi dire, universellement adopté. Leurs effets dans ces cas sont tellement marqués que plusieurs d’entre eux ont pendant long-temps été regardés comme spécifiques et désignés sous les noms de fébrifages
et d’anti- périodiques ; ; c'est à leur action tonique qu’on doit rapporter ces résultats heureux ; en effet, administrés pendant l’apyrexie ils s’opposent au retour de la maladie ,en imprimant à toute l’éco= nomie une énergie et une activité insolites ; tandis que sion les donne pendant l’accès, ils augmen: tent nécessairement l’intensité des symptômes, et
deviennent nuisibles par la même raison qu’ils sont»
utiles dans le premier cas.
L'emploi des toniques est encore indiqué dans”
les maladies essentiellement atoniques, telles que
les fièvres adynamiques , les affections gangréneu-"
ses, scorbutiques et scrophuleuses. On s’en sert également avec avantage, vers la fin de la plupart des inflammations chroniques, lorsqu'il n’existe
plus ni fièvre ni douleur ; dans les cas d” affaiblis-,
sement des organes digestifs, etc.
D’après ce que nous venons de dire, on voit qu’on doit s'abstenir de l’usage de ces médica: mens toutes les fois que le canal digestif ou quelqu'autre organe important est le siége d’une inflammation plus ou moins aiguë.
‘Lesytoniques sont employés à l’extérieur dans, beaucoup de cas, et notamment dans ceux d’ulcères, atoniques et de gangrène. Leur action alors se rap+
proche beaucoup de celle des astringens.