PLAIES PAR INSTRUMENTS CONTONDANTS
épais, à bords dentelés. Les plaies contuses présentent dans leur marche deux phases distinctes : dans la première, qui a une durée variable, l'élimination des tissus désorganisés a lieu, la plaie se déterge ; dans la seconde, la circulation s'établit et s'opère comme dans les plaies avec perte de substance. En général, ces plaies se guérissent lentement et laissent des cicatrices très irrégulières. Il est toujours facile de reconnaître une plaie contuse lorsqu'elle est récente; mais lorsqu'elle est ancienne et qu'elle occupe une certaine surface, elle pourrait être confondue avec un ulcère.
M. Brouardel fait justement remarquer que, s'il est souvent difficile de déterminer, par la forme des lésions des parties molles, quel était l'instrument contondant qui a porté le coup, on trouve parfois sur les os l'empreinte exacte de cet instrument. Dans un cas, le professeur a trouvé dans le frontal une dépression osseuse qui coïncidait avec la forme d'un marteau de tapissier.
Les plaies j)ar arrachement et les déchirures offrent une grande analogie avec les plaies contuses, mais elles s'en distinguent, en général, par l'absence d'ecchymose. La solution de continuité est souvent très étendue et très irrégulière et présente quelquefois un ou plusieurs lambeaux ; telles sont les plaies qu'on observe sur les parois abdominales, à la suite des coups de cornes d'animaux, et les blessures faites par un croc, une fourchette, etc. Les plaies par arrachement résultent de l'ablation violente d'un membre ou d'une portion quelconque du corps par les engrenages d'une machine ou les roues d'une voiture, delà morsure des animaux, etc. Elles sont souvent accompagnées de fractures et d'écrasement des os et ne donnent presque jamais, dans les cas ordinaires, lieu à une hémorrhagie. Ces plaies suivent, en général, la même marche que les plaies contuses et présentent également deux phases distinctes : une d'élimination et une de cicatrisation.
Le pronostic est variable, mais il est souvent sérieux, à cause de la lenteur de la cicatrisation et des troubles de fonctions qui peuvent survenir dans les membres atteints. Ces troubles peuvent être produits par la désorganisation des tissus et par la rupture des muscles et des nerfs, mais ils sont souvent dus à l'étendue et à la difformité de la cicatrice.
l'98 DES ATTENTATS A LA VIE.
d). Plaies par armes à feu. — Ce sont le plus souvent des plaies contuses, mais certaines balles coniques employées aujourd'hui présentent le caractère d'une arme piquante et peuvent produire une piqûre (voyez Plaies par inUruments piquants). Le plus souvent aussi les plaies par armes à feu sont compliquées de brûlures dues à la déflagration de la poudre. Enfin on trouve fréquemment des lésions particulières produites par la bourre et les différents projectiles employés. Toutes ces circonstances sont suffisantes pour justifier une description spéciale des plaies par armes à feu.
Il faut d'abord déterminer si la plaie a été produite par une arme à feu. M. Tourdes résume ainsi les caractères généraux d'une plaie de ce genre. « C'est une blessure généralement ronde de dimensions limitées, entourée d'une surface noirâtre et desséchée, livide et ecchymosée, avec des traces de brûlure ou de poudre suivant la distance, et dont les bords sont le siège de l'eschare caractéristique qui résulte du broiement des tissus. Cette plaie saigne peu (mais plus souvent depuis les armes nouvelles) à moins qu'il n'y ait eu déchirure de la peau ou lésion d'un vaisseau notable. » Après avoir constaté ces caractères, le médecin recherchera les traces de poudre, de bourre et de projectile : il examinera Tétat des vêtements et constatera s'ils sont brûlés, ensanglantés et troués et il arrivera ainsi à acquérir un ensemble de preuves qui laissera peu de doutes sur la nature de la plaie.
Nous engageons vivement Texpert à faire lui-même toutes les expériences nécessaires avec l'arme et les cartouches qui ont produit la blessure et à ne pas s'en rapporter aux expériences qui ont été faites avant lui.
Les effets produits par les armes à feu varient suivant : 1° la nature de Varme ; 2° la distance à laquelle le coup a été tiré ; 3° la nature de la poudre et du projectile ; 4o la direction du projectile.
Gosselin a établi une excellente division des plaies par armes à feu : 1° les plaies en sillon qui saignent à peine et présentent une surface pour ainsi dire cautérisée par le projectile ; 20 les plaies en cul-de-sac qui saignent plus volontiers; 3° les plaies en séton sur lesquelles l'expert peut étudier les caractères du trou d'entrée et du trou de sortie et savoir dans quelle direction et à quelle distance le coup est parti.
1<* Nature de Varme. — Les perfectionnements récemment