PLAIES PAR ARMES A FEU
apportés dans les engins de guerre ont introduit dans ces problèmes des éléments nouveaux. Les plaies produites par les nouvelles armes sont en effet plus profondes, plus compliquées, plus meurtrières, mais il est à remarquer que lessuicides et les homicides sont encore souvent accomplis avec des armes ou des projectiles ordinaires. En même temps que la justice demande l'avis du médecin sur la nature de l'arme, elle consulte des armuriers ou d'autres personnes habitue'es au maniement des armes. Il est souvent nécessaire d'instituer des expériences qui devront alors être pratiquées avec l'instrument saisi ou avec une arme analogue. Les blessures produites par le boulet, l'obus, la mitraille, présentent des caractères spéciaux dont nous ne nous occuperons pas ici. L'étude de ces lésions est intéressante, mais elle trouve de rares applications en médecine légale; elles sont, du reste, très bien décrites dans les traités de chirurgie de guerre.
2" A quelle dktance le coup a-t-il été tiré ? Bnîlurespar la poudre. — Lorsque le canon de l'arme a été appliqué hermétiquement sur la peau, il ne se produit généralement qu'une contusion : la balle amortie parla couche d'air comprimé, tombe ou ne pénètre qu'à une faible profondeur. Parfois cependant l'arme appliquée hermétiquement sur la peau peut produire des désordres plus graves et cette circonstance est de nature à favoriser Téclatement de l'arme. Si le coup a été tiré à faible distance, à brûle-pourpoint, on observe des désordres considérables, en grande partie dus à la poudre et aux hriilures qu'elle occasionne.
En effet, une partie de la poudre peut sortir encore enflammée cle l'arme et déterminer des brûlures qui portent sur la peau, les vêtements ou les poils. Mais les brûlures ainsi produites à la peau, quoique pouvant être accompagnées de phlyctènes, sont toujours superficielles.
Le signe le plus important, résultant de la brûlure, est la coloration noirâtre observée autour de la plaie lorsque le coup a été tiré à faible distance.
L'ouverture d'entrée de la balle, irrégulière, varie de 5 à 10 centimètres; les tissus sont broyés, la peau est desséchée, les bords de la plaie sont meurtris, brûlés et noirâtres par la coagulation du sang mêlé à la poudre et à la poussière charbonneuse. Avec un pistolet de 17 centimètres de longueur, 1 gramme de poudre et la bourre en filasse, M. lourdes a
obtenu l'échelle de distances suivante : déchirure de la peau, de 0°i02 à 0°^04 ; fracture des côtes, de 0"^04 à 0°i06 ; brûlure jusqu'à 0™24; coloration par la poussière charbonneuse, à 0™80 ; incrustation des grains de poudre de 1 mètre à i°^ oO et même 2 mètres. L'aréole formée sur la peau par la de'charge avait, à 3 centimètres de distance, 3 centimètres de diamètre; de 5 à 7, 4 à 5 centimètres ; à 11 centimètres, 6 ; à 23, 8 sur 12 centimètres ; à 92 centimètres, c'était une zone peu prononcée de 17 centimètres d'étendue; au delà ce n'étaient plus que des grains isolés. M. Lachèze, avec un fusil de calibre, déchirait la peau à moins de 18 centimètres; à 2 centimètres une forte toile s'enflammait. Il est important de remarquer que la brûlure n'indique pas toujours le bout portant, puisqu'elle peut être produite par la bourre enflammée ; pour que la combustion des tissus indique la proximité, il faut qu'elle soit accompagnée de l'incrustation de la poudre (Tourdes).
Lorsque le coup de feu a été tiré de loin (au delà de 2 ou 3 mètres), on n'observe plus de brûlures, et la peau, au lieu d'être rétractée, est renfoncée et présente un petit orifice.
"è^lSature du projectile. — Blessures par grains de plomb. Tout ce que nous venons de dir^ à propos de la distance s'applique aux plaies produites par une balle ou un projectile unique. Lorsque la plaie résulte d'un coup de fusil chargé de plomb, les lésions présentent un aspect tout différent et peuvent fournir d'utiles indices sur la distance. Lorsque le coup a été tiré d'assez près pour faire balle, chaque grain de plomb suit une marche isolée et divergente, traverse les tissus et s'arrête après avoir parcouru un trajet d'environ 16 à 18 centimètres (Briand et Chaude). Mais la longueur de ce trajet est évidemment variable suivant la résistance des tissus et la force du coup. Les grains de plomb traversent les os qu'ils rencontrent perpendiculairement et dénudent ceux qu'ils rencontrent obliquement.
L'écartement des projectiles indique que le coup a été tiré à distance. D'après les expériences de M. Lachèze, le coup ne fait plus balle à 50 centimètres ; à cette distance, chaque grain de plomb fait sa plaie particulière et toutes ces plaies occupent un espace d'environ 8 à 10 centimètres de diamètre, mais il y a encore une plaie centrale ; à 1 mètre, il n'y a plus d'ouverture centrale ; une charge de plomb tirée à 15 pas s'est disséminée sur tout le dos d'un individu; quelques grains avaient pénétré dans la poitrine et l'abdomen, mais sans traverser les