‹ Manuel de médecine légaleChapitre 109 sur 353 · DES BRULURES PRODUITES PENDANT LA VIE OU APRES LA MORT · texte numérisé non relu

DES BRULURES PRODUITES PENDANT LA VIE OU APRES LA MORT

Il arrive souvent qu'un criminel, après avoir commis un homicide, allume ensuite un incendie soit pour faire disparaître les traces de son crime, soit pour faire croire à une mort accidentelle. Il importe donc de reconnaître si une brûlure a été produite pendant la vie ou après la mort.

Lorsque la brûlure a été produite pendant la vie on constate autour de la plaie une sorte de liséré rouge et une injection vasculaire de la peau et des tissus sous-jacents. A l'examen microscopique, des capillaires avoisinant la plaie sont remplis de globules rouges très adhérents et comme soudés entre eux. Mais ce liséré rouge qui caractérise la brûlure faite pendant la vie disparaît au bout de quelques jours. Il peut même manquer lorsque l'individu a survécu quelques jours aux blessures qui ont occasionné la mort.

La présence des phlyctènes constitue une preuve que la brûlure a été faite pendant la vie. Il faut cependant savoir que les phlyctènes peuvent se produire lorsque la brûlure a lieui dans les quelques instants qui suivent la mort. Un chirurgien anglais, Wright, a produit des phlyctènes sur un membre amputé quatre minutes après l'amputation.

Cependant, lorsque la phlyctène est produite après la mort, elle n'est pas entourée du liséré rouge que nous avons signalé plus haut. C'est là un signe important.

Lorsque la carbonisation du cadavre est très avancée, il est impossible de se prononcer.

M. Brouardel a récemment appelé l'attention sur plusieurs signes importants. Lorsqu'on retrouve de l'oxyde de carbone dans le sang, on peut conclure que l'individu a été brûlé pendant la vie. Un second signe consiste dans une coloration rouge uniforme des tissus, notamment des poumons, fait attribué à la destruction des globules sanguins et à la diffusion de l'hémoglobine qu'ils contenaient.

§ 8. — Des cicatrices.

L'étude des cicatrices a une double application en médecine légale : elle peut éclairer la justice dans les questions d'iden-

tité et elle peut fournir des indices utiles sur la nature et l'ancienneté des plaies.

La cicatrice est formée par du tissu conjonctif nouveau qui a passé à l'état fibreux ; sa structure est toujours identique, quelle que soit la nature de la plaie à laquelle elle a succédé, mais elle peut présenter un aspect différent presque toujours en rapport avec la forme de la plaie. La cicatrice des plaies faites par des instruments tranchants présente une forme linéaire ou elliptique qui est, en général, subordonnée à l'élasticité, à la tension de la peau et à la laxité du tissu cellulaire sous-cutané. Les cicatrices des plaies contuses ont souvent la forme circulaire et les bourrelets qui les entourent sont plus saillants. Celle qui résulte d'un coup de feu représente un disque déprimé au centre si le coup a été tiré à distance ; lorsque le coup a été tiré à bout portant, la cicatrice est également déprimée, mais elle présente des bords irréguliers. Les brûlures donnent lieu à des cicatrices variables suivant l'agent qui a produit les désordres : les liquides bouillants ou le contact rapide d'un corps enflammé donnent lieu à des cicatrices étendues et superficielles; les caustiques produisent en général des cicatrices plus circonscrites et plus profondes.

Il importe de ne pas confondre les cicatrices provenant d'une blessure avec celles qui peuvent résulter d'une affection interne ou de f application de certains agents thérapeutiques sur la peau (vésicatoires, cautères, sétons). Ainsi les cicatrices du cou, de l'aine, de faisselle, doivent nécessairement faire soupçonner une ancienne affection scrofuleuse ou vénérienne. Chez les sujets scrofuleux, les cicatrices sont le plus souvent exubérantes et font saillie au-dessus de la peau environnante.

La date d'une cicatrice se reconnaît à la couleur. La teinte Tosée qu'on observe dès le début persiste pendant trois mois environ. Puis la cicatrice se rétracte, diminue d'étendue et •subit diverses modifications dans sa' forme et sa consistance. Au bout d'un certain temps elle blanchit et ne subit plus aucune modification ; il est alors impossible de déterminer la date du traumatisme. L'examen histologique permet également de distinguer l'ancienneté du tissu : « Si la cicatrice est récente, elle contient encore des éléments globuleux ; les cellules ne se sont pas encore toutes allongées et transformées en fibres. Si elle est ancienne, au contraire, tout est fibre ; le tissu connectif condensé forme la substance inodulaire » (lourdes).

Page 1