DU SUICIDE
faut établir si la mort est le résultat d'un crime, d'un accident ou d'un suicide.
A. Fréquence du suicide et genres de mort. — La fréquence du suicide augmente chaque année. De 1826 à 1830 on constatait en France 1739 suicides; de 1866 à 1869 on en a observé ol98. Ce nombre a encore augmenté depuis 1870, à la suite des événements qui ont bouleversé tant d'existences et déçu tant d'ambitions. En somme le nombre des suicides a triplé en France depuis 50 ans. Sur 200,000 habitants on comptait de 1836 à 1840, 7 suicides ; on en compte maintenant 16 (Motet.)
En 1826 on comptait 1500 suicides en France par an; en 1890 on en a compté 7000.
Les statistiques de tous les pays montrent que le suicide est plus fréquent en été qu'en hiver. La différence est presque de moitié.
Les importantes statistiques publiées récemment par Lunier ont également démontré une augmentation constante des suicides dont le nombre s'élève tous les dix ans d'un millier environ.
Les causes du suicide sont nombreuses, mais l'alcoolisme est de beaucoup la plus fréquente.
L'âge des suicidés varie. Ce n'est pas sans surprise qu'on apprend que cet acte est fréquent chez des enfants de huit et de dix ans. Il est cependant certain qu'on acompte, en cinquante ans, 1065 suicidés de dix à quinze ans. Ce fait ne peut s'expliquer pour le médecin que par l'existence d'affections cérébrales de nature héréditaire. Nous manquons cependant de données certaines à ce sujet.
Il résulte du rélevé de 27,737 suicides observés en France que la submersion et la strangulation sont les genres de mort les plus employés; viennent ensuite les armes à feu, Fasphyxie les instruments tranchants, la chute d'un lieu élevé ; puis en dernier lieu, l'empoisonnement. Il résulte de traveaux statistiques sérieux que le suicide est plus fréquent aux Etats-Unis ; viennent ensuite l'Angleterre, la France, la Prusse, et FAutriche ; il est moins fréquent en Russie, en Italie et en Espagne. L'âge, je sexe, les conditions sociales influent sur le choix des moyens (Legrand du Saulle). Le. je une homme a, de préférence, recours à la submersion, l'adulte se sert souvent des armes à feu, le vieillard emploie la pendaison. Les femmes
choisissent les moyens qui ne causent pas de douleur et procurent la mort sans de'figurer, c'est ainsi qu'elles emploient souvent l'asphyxie par le charbon.
■ Les lois françaises n'édictent aucune peine contre le suicide. Anciennement on vengeait sur le cadavre du suicidé la nature et la religion outragées ; beaucoup de pays possèdent encore des lois spéciales qui sont aujourd'hui éludées ou abandonnées.
B. Le suicide est-il un acte pathologique ? — Un grand nombre de pathologistes considèrent le suicide comme un acte d'aliénation mentale et un symptôme constant de folie.
C'est là une erreur dangereuse que combattent la science autant que la raison. Sans doute une grand nombre de suicidés sont atteints d'aliénation mentale, peut-être la majorité d'entre eux ; mais il est incontestable qu'un grand nombre d'individus qui se donnent la mort le font volontairement, sciemment et dans la plénitude de la faculté. <■<- Non, dit Legrand du Saulle, ils n'étaient point entachés d'aliénation mentale, les actes de Brutus et de Caton, de Curtius et de Codrus ; du brave Aristodèmequi, dans l'intention d'effacer l'opprobre dont il s'était couvert aux yeux de ses citoyens pour n'avoir pas combattu aux Thermopyles, perdit la vie à la bataille de Platée, en faisant des prodiges de valeur; de Socrate, respectant les lois de son pays et avalant le poison qu'on lui avait préparé. . . Peut-on comparer ces genres de suicide avec ceux qui sont déterminés par des conceptions déUrantes et un état hallucinatoire ? Evidemment non. Le meurtre de soi-même n'est pas toujours insensé, et il n'est pas invariablement dépourvu de liberté morale. »
Nous partageons donc l'opinion de Legrand du Saulle, et sans vouloir justifier le suicide, nous pensons qu'il constitue dans un certain nombre de cas un acte volontaire et raisonné qu'on ne saurait attribuer à l'aliénation mentale.