DU SUICIDE
l'homicide. Dans ce cas, celui qui a accompli l'acte est considéré comme un assassin et poursuivi comme tel. Le fait suivant, rapporté par Briand et Chaude', est démontratif.
Bancal, chirurgien de la marine, et la dannePr..., avaient résolu de mourir ensemble. Bancal était convenu avec sa maîtresse qu'avant de se donner la mort il lui ouvrirait les veines des pieds et qu'il profiterait de l'évanouissement que devait provoquer la perle de sang pour lui ouvrir aussi une artère ; qu'au besoin ils s'empoisonneraient, en outre, tous deux avec de l'acétate de morphine qu'il s'était procuré et qu'il lui plongerait et se plongerait à lui-même dans le cœur un long bistouri à lame fine. Le 25 mars 1855, ils exécutent leur projet: à onze heures du soir, Bancal lui ouvre les veines. Ce premier moyen trompe leur attente ; ils prennent tous deux une forte dose d'acéiaie de morphine, et Bancal ouvre à sa maîtresse une artère du bras gauche. Le poison est rejeté par les vomissements et la mort semble devoir tarder. Le jour approchant, la dame Pr... demande à son amant de mettre fin à son agonie en faisant usage du bistouri. Bancal le lui plonge deux fois dans le cœur et achève ainsi, à six heures du matin, l'attentat commencé à onze heures du soir. Puis il se frappe lui-même de plusieurs coups de bistouri dans la région du cœur sans pouvoir atteindre cet organe. Bientôt après, il est trouvé mourant. Les chirurgiens appelés constatent les horribles blessures qu'il s'était faites avec l'intention de se donner la mort; et, rappelé à la vie, il introduit encore ses doigts dans ses plaies. Le 25 juillet 1855, il fut traduit devant les assises comme coupable : 1* d'avoir volontairement et avec préméditation commis un meurtre sur la personne delà damePr... ; 2* d'avoir commis un attentat à la vie de ladite dame en lui administrant des substances de nature à lui donner la mort.
Il y avait dans le fait de Bancal un concours de circonstances qui ne permettaient pas de l'assimiler au crime commis par un vulgaire assassin. C'est ce qu'a compris le jury qui sur riiabile plaidoirie de M. Hardy, l'a acquitté.
D. Y a-t-il eu accident, suicide ou homicide? — Nous ne nous étendrons pas longuement sur cette question dont la solution présente des difficultés considérables et ne peut souvent être obtenue que par l'examen minutieux de toutes les circonstances du fait. La question peut être posée dans tous les cas de mort par armes à feu et instruments tranchants, et il est malheureusement des circonstances où il est impossible à l'expert de se prononcer d'une façon certaine.
Nous examinerons plus loin les circonstances relatives à la mort par asphyxie et par empoisonnement ; nous allons indiquer sommairement les particularités relatives au suicide par armes à feu ou armes blanches.
Dans ces cas, les éléments de conviction du médecin reposent sur le siège et la direction de la blessure, la nature de l'arme, les traces de la lutte, la position et l'attitude du corps et enfin sur les indices variés de chaque cas et sur les lésions organiques, et les prédispositions héréditaires qui peuvent indiquer la tendance au suicide.
(( La situation de la blessure, dit M. Tourdes, n'a rien d'absolu, mais elle fournit des indices d'une grande vraisemblance. Le suicidé choisit les places les plus commodes et les plus sûres; il a son siège d'élection : le cou, pour les instruments tranchants ; la région du cœur, pour les instruments piquants la bouche et aussi la région du cœur, pour les armes à feu et, plus rarement, la tempe ; l'indécision et la crainte font souvent trembler la main. Le suicide des aliénés se prête à toutes les fantaisies. »
La direction de la plaie fournit des indices d'une grande valeur. Si le suicide a été commis à l'aide d'un instrument acéré: poignard, couteau etc., la blessure, ordinairement faite sur la poitrine et, plus rarement, sur l'abdomen, a presque toujours une direction oblique de droite à gauche, tandis que l'instrument d'un assassin qui attaque ordinairement sa victime de front pénètre, le plus souvent, de gauche à droite. Si c'est un instrument tranchant, un rasoir, par exemple, les coups sont presque toujours portés sur la gorge, et la blessure présente alors dans le suicide, une direction de gauche à droite, et un peu de haut en bas. Dans les cas où l'individu serait gaucher, les blessures auraient évidemment une direction opposée. Une blessure de haut en bas, sur le plan postérieur, exclut le suicide.
La multiplicité des blessures indique l'homicide. L'assassin frappe plusieurs fois et produit des blessures nombreuses et irrégulières en même temps que des traces de violence et d'autres désordres qui indiquent la lutte. L'unité de la lésion indique le suicide ; mais cette règle présente de nombreuses exceptions, car souvent l'assassin prend la fuite après avoirfrappé le premier coup, et souvent aussi celui qui attente à ses jours frappe plusieurs coups.
Enfin l'expert pourra trouver des indices utiles dans les circonstances mêmes du fait, en examinant le lieu où l'acte a été commis, les vêtements de la victime, la position du corps, les taches, etc. Il devra également rechercher les dispositions héréditaires et les affections organiques qui semblent pousser