BLESSURES PENDANT LA VIE OU APRÈS LA MORT
au suicide. Parmi ces dernières il faut citer l'accoolisme, l'hypertrophie du cœur, les taches laiteuses de l'arachnoïde (lourdes), les affections choniques des organes de la génération et surtout l'aliénation mentale.
§ 14. — Des blessures produites pendant la vie ou après la mort.
Il arrive souvent que l'assassin, pour donner le change sur la nature de son crime et entraver l'action de la justice, produise des lésions sur le cadavre avec des instruments à feu ou tranchants, le dépèce (1) ou le précipite dans un puits ou dans tout autre lieu. Il peut arriver dans ce dernier cas que la chute ait produit des lésions dont l'expert sera appelé à constater la nature.
Nous avons vu (page 190) que la contusion produisait sur le vivant, au bout de quelques heures, une ecchymose, une tâche bleue, noire ou rouge livide, due à l'extravasation du sang hors des capillaires. Or, ce phénomène n'a pas lieu sur le cadavre. Si la contusion est faite peu d'heures après la mort, on observe bien une certaine coloration, mais le sang n'est pas infiltré dans le derme et ne forme qu'une couche mince et fluide. Si la contusion a lieu plusieurs heures après la mort, elle ne produit plus sur la peau qu'un peu de sécheresse et un aspect par-cheminé.
MM. Briand et Chaude ont parfaitement décrit l'aspect delà contusion sur le vivant et sur le cadavre : « Lorsqu'on rencontre une tumeur violacée, soit rénitente, soit fluctuante, mais élastique ; lorsque le derme incisé se trouve infiltré de sang dans toute son épaisseur, que les aréoles du tissu cellulaire en sont remplies ou que ce fluide est contenu en un foyer, mais que dans l'un ou l'autre cas il est dense, épais, coagulé, il y a presque certitude que ces lésions ont été faites pendant la vie. Si, au contraire, la peau présente une coloration violacée, sans gonflement ou avec gonflement à peine apparent, mou et sans
1. Les assassinats suivis de dépeçage se sont beaucoup multipliés pendant «es dernières années et ont donné lieu à des procès de Cour d'assises dans lesquelles la médecine légale a joué un rôle important. Il suffit de rappeler les affaires Avinain (1867), Billoir (1877), Viialis (1877), Barré et Lebiez (1878), Prévost (1879), Menesclou (I880j, Lebon (^1885).
rénitence ; si le derme incisé n a qu'âne épaisseur naturelle sans injection sanguine; si le sang inflltré dans le tissu cellulaire ou renfermé en foyer est liquide ou s'écoule aussitôt, on peut en conclure que la lésion est postérieure à la mort ».
On sait que Te'coulement de sang est à peu près nul sur le cadavre, à moins qu'une veine volumineuse ait été ouverte. On peut dire qu'une plaie qui a été le siège d'une hémorrliagie abondante a été faite pendant la vie. La plaie faite sur le vivant a ses bords plus ou moins écartés par suite de la rétraction de la peau et des muscles ; on y trouve des caillots de sang plus ou moins adhérents accompagnés d'une rougeur des tissus et d'une infiltration du tissu cellulaire, on peut y constater un commencement d'inflammation adhésive Ou suppurative^t tous les caractères histologiques de l'exsudation aqueuse ou plastique. La plaie faite sur le cadavre ne présente pas de rétraction • les lèvres sont pâles, sans gonflement et laissent entrevoir distinctement les tissus.
Toutefois ces signes ne sont pas très accentués pendant les quelques instants qui suivent la mort et ils ne deviennent manifestes qu'à mesure que s'éteignent les phénomènes vitaux. Les caractères des plaies peuvent quelquefois aidera constater dans quel ordre avaient été faites les blessures, mais cette constatation est toujours très difficile.
Nous avons déjà dit que dans les brûlures faites pendant la vie on observe comme phénomène constant une rougeur plus ou moins vive qui entoure la plaie ou l'eschare. Ce caractère qui n'existe pas dans la brûlure post mortem, a une grande valeur. Quand à la phlyctène, elle n'est pas constante sur le vivant et peut être produite par l'application du calorique sur la peau des cadavres infiltrés.
Enfin, sur le cadavre, il est plus difficile de détruire la cohésion organique. Quelques auteurs insistent sur ce point qui se rapporte surtout aux fractures et aux lésions de la peau. Malgaigne a également observé que les os se fracturent beaucoup plus difficilement sur le cadavre que sur le vivant, et Casper pense que les fractures de l'os hyoïde et du larynx ne se produisent pas après la mort ; il n'a pu réussir à déchirer ni le foie ni la rate.
AUTOPSIE d'un homicide OU BLESSÉ. 225
§ 15. — Conduite de l'expert chargé de Tautopsie juridique d'un homicide ou d'un blessé.