EXAMEN DU CADAVRE. AUTOPSIE. EXHUMATION. LEVÉE DU CADAVRE
Législation. — (Voyez p. 163, art. Mort.) Dans son instruction à MM. les officiers de police judiciaire, le procureur de la République s'exprime ainsi (chapitre Homicide, p. 56, § 5), à l'occasion des vérifications médico-légales : « Us doivent avant tout (les hommes de l'an), s'expliquer sur l'état extérieur du cadavre ; en général et sauf les cas d'urgence, ils ne doivent pas, dans le premier moment, être autorisés à en faire l'ouverture. Cette opération importante peut et doit toujours être retardée jusqu'au moment où le procès-verbal m'est rerois el oii je puis, soit la prescrire, soit permettre l'inhumation, suivant les circonstances. » (Voyez Devergie, Méd. lég., 3« édit., vol. II, p. 349, voyez aassi les articles du Code d'instruction criminelle.)
Interprétation. — Jorispuuoence.
. Toutes les fois qu'un cadavre est trouvé sur la voie publique, le commissaire de police, si c'est à Paris, et le maire, dans les communes rurales, fait appeler un médecin pour constater la mort et le genre de la mort. Si celui-ci suppose que l'individu a été victime d'un attentat ou d'un accident, il procède à un examen détaillé, sans toutefois faire l'autopsie, et provoque un examen ultérieur. Cette première opération, désignée sous le mon de levée du cadavre^ se fait sur le lieu même où le cadavre a été trouvé. L'autopsie est ensuite ordonnée parle procureur de la République et a lieu, soit au domicile de l'individu, soit à la Morgue, soit dans tout autre local. Cependant dans les cas d'urgence,le commissaire de police peut faire procéder immédiatement à l'autopsie par un médecin de son choix. L'urgence est généralement motivée par l'état avancé de décomposition du cadavre.
La levée du cadavre et Vautopsie sont donc deux opérations toutes différentes. Dans l'une, le médecin n'est autorisé qu'à examiner Vétat extérieur du corps et à en tirer telles inductions quHl jugera convenable ; mais il ne peut, sous aucun prétexte, porter V instrument tranchant sur une partie quelconque. Dans Vautre, •au contraire, le corps du délit est mis tout entier à sa disposition.
On peut donc diviser l'autopsie juridique en deux parties: l'examen extérieur ou levée du cadavre et l'ouverture du corps ou l'autopsie proprement dite.
LuTAUD, Méd. lég. • 15
A. Levée du cadavre. Examen extérieur. Le médecin appelé à faire la levée du cadavre doit s'assurer : i° si la mort est réelle; 2" à quelle époque approximative remonte la mort; 3*^ si la mort est la conséquence d'une maladie ou doit être attribuée à un attentat. Après avoir Récrit avec soin l'état des vêtements et de la localité, l'expert procédera àTexamen méthodique du cadavre que M. lourdes propose de pratiquer dans l'ordre suivant : « On recherchera : 1° les signes de la mort et les traces de la putréfaction (voyez pages 169 et suivantes), refroidissement, rigidité, météorisme, colorations et surtout lividités cadavériques, minutieusement décrites dans leur siège et leur disposition ; 2° les signes de ^identité (voyez chapitre VI) ; cette recherche est souvent inutile. On notera au moins la constitution, l'embonpoint, la conformation, la taille; chez les femmes, les gerçures de l'abdomen, l'état des mamelles, le lait ; 3° les traces de violence, les plaies, les contusions, les empreintes parcheminées, les régions suspectes ou cachées, le cou, les orifices des cavités, le sang qui s'écoule par les narines ou par le conduit auditif, la déchirure de la membrane du tympan. Des coups de pistolets déchargés dans la bouche n'ont pas produit de lésions externes. L'anus devra être exploré. Dans l'autopsie d'un homme trouvé mort près d'une route, tout en constatant le meurtre, le médecin avait négligé d'explorer cette région ; plus tard des relations suspectes attribuées à la victime, et pouvant expliquer le crime, manquèrent de preuves médicales ; 4° les indices de maladie générale ou locale: éruptions, hémorrhagies, déjections diverses, hernies. Pour toutes ces recherches, l'ordre anatoraique sera suivi de haut en bas, aux faces antérieure, postérieure et latérales du cadavre. Les diverses régions seront palpées, percutées ; on fera mouvoir les membres, mais sans porter l'instrument tranchant sur aucun point du corps. »
Enfin on décrira avec soin les armes qui auraient été rencontrées dans le voisinage du cadavre, ainsi que les traces de sang, de déjections, de poils, de détritus d'organes, etc.
Nous avons dit que ce premier examen devait avoir lieu à l'endroit même où avait été trouvé le cadavre, mais on pourra le compléter dans un lieu plus approprié. Après avoir constaté la position et l'attitude du corps, on prendra les précautions nécessaires pour éviter la production de lésions qui pourraient plus tard induire en erreur.
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B. Ouverture du corps ou autopsie médico-légale . —
Les règles suivantes, qui se rattachent purement à la jurisprudence doivent guider l'expert chargé d'une autopsie judiciaire.
10 II ne devra jamais procéder judiciairement à une autopsie, s'il n'a reçu mission d'un magistrat ou d'un de ses délégués.
2° Toutes les ouvertures judiciaires doivent être faites en présence d'un magistrat ou de l'un de ses délégués. (Cette règle souffre aujourd'hui de fréquentes exceptions).
3° Il doit, avant toute chose, prêter serment entre les mains du magistrat, de procéder à ses recherches et de faire son rapport en honneur et conscience.
4o Enfin, si le médecin désigné par la justice ne se sent pas les capacités suffisantes pour élucider certains points obscurs ou complexes, il ne doit pas hésiter à reconnaître son incompétence et demander l'adjonction d'autres experts.
Le médecin se munira des instruments nécessaires, choisira un local convenable et fera préparer quelques substances désinfectantes (acide phénique, permanganate de potasse, chlorure de chaux, etc. ) ; il fera préparer les objets nécessaires, eau, éponges, linges, fils à ligatures, vases pour recueillir les organes. Ces préparatifs ne seront utiles que lorsque l'opération aura lieu dans un local improvisé, car les lieux spécialement affectés aux autopsies judiciaires sont habituellement munis des objets nécessaires.
Le délai de vingt-quatre heures est généralement conservé pour lesautopsiesjuridiques,maisil peut être abrégé sur Tordre du magistrat. C'est le médecin qui demande le plus souvent l'autorisation de procéder avant le délai légal, lorsque le corps se décompose rapidement ou qu'il importe de constater immédiatement certains phénomènes.
Manuel opératoire. — Dans certains pays l'expert désigné par les tribunaux est obligé de se conformer à des instructions officielles qui le dirigent dans tous les points de l'opération. Quoique la plus grande latitude soit laissée en France au médecin, celui-ci n'en est pas moins obligé de procéder avec méthode et de s'astreindre à certaines règles. Nous avons donc pensé qu'il était utile d'indiquer le manuel opératoire le plus souvent employé par les médecins légistes, mais nous
ferons remarquer que l'ouverture des cavités pourra être pratique'e dans un ordre différent suivant la nature des lésions et le genre de mort auquel l'individu aura succombé.
M. Tourdes, à qui nous empruntons la plupart des détails qui suivent, recommande l'ordre suivant : crâne, face, bouche et pharynx, cou, thorax, abdomen, parties génitales, rachis, partie postérieure du tronc et anus, membres supérieurs et inférieurs. Autant que possible les organes doivent d'abord être examinés en place ; on les sort ensuite des cavités pour continuer l'examen et les peser.
Crâne. — Après avoir coupé les cheveux on peut découvrir la voûte osseuse par deux procédés: ou bien on fait aux téguments deux incisions en croix, l'une d'avant en arrière et l'autre de droite à gauche, et on dissèque les lambeaux, ou bien on fait une incision circulaire et l'on détache ainsi une calotte dont on peut examiner tous les points par transparence; ce dernier procédé est particulièrement employé pour l'autopsie des nouveau-nés (voy. p. 152). Après la rugination et l'examen de la surface des os, le crâne est ouvert avec la scie. L'emploi de cet instrument est indispensable, car la hachette peut occasionner des lésions de l'encéphale et des fractures.
On met ensuite le cerveau à nu en faisant à la dure-mère, de chaque côté du sinus longitudinal supérieur, une double incision, qui s'étend en arrière presque au niveau de la tente du cervelet. Ce procédé laisse intacte la faux et le sinus longitudinal supérieur. On pratique eusuite une incision perpendiculaire à la première sur chacune des deux portions externes de la dure-mère, et les deux hémisphères cérébraux se trouvent à nu. On constatera d'abord l'aspect extérieur du cerveau : arachnoïde, pie-mère, circonvolutions ; puis l'organe sera enlevé et examiné tranche par tranche, suivant la méthode adoptée pour la démonstration anatomique. On explorera ensuite la base du crâne dépouillée de la dure-mère.
Face, cou, larynx et pharynx. — On mène d'abord une première incision verticale et médiane de la lèvre inférieure à la fourchette du sternum ; puis de l'extrémité inférieure de cette ^ ligne on fait partir de chaque côté une incision horizontale longeant la clavicule et arrivant jusqu'à l'extrémité externe de cet os. Enfin, on réunit par une incision les commissures des lèvres à l'orifice du conduit auditif externe. On obtient ainsi deux lambeaux quadrilatères, et il suffit alors de scier
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Tos maxillaire à sa partie moyenne et de le renverser en dehors après avoir disséqué les muscles qui s'y insèrent. Il est ensuite facile de découvrir par la dissection le larynx, la trachée et les vaisseaux.
Thorax. — De la partie moyenne de chaque clavicule on fait une incision qui passe sur le tiers antérieur des côtes, et qui finit sur le côté de l'abdomen ; on coupe par un trait de scie, de chaque côté, la clavicule et les côtes et l'on renverse sur l'abdomen le plastron ainsi obtenu en avant soin de détacher le tissu cellulaire sous-jacent sans ouvrir les veines sousclavières. Les organes thoraciques sont ainsi mis à nu.
On commence par l'examen du cœur sans le déplacer. Après avoir incisé le péricarde et noté la quantité de liquide qu'il contient, on ouvre le ventricule droit par une incision en V; puis l'oreillette par une incision courbe et cruciale, entre les veines caves et dans la direction de ces vaisseaux, de manière à ménager la cloison interauriculaire. Le ventricule gauche est aussi divisé par une double incision qui forme un lambeau triangulaire; l'oreillette est ouverte entre les veines pulmonaires. Après avoir noté la quantité, la consistance, la couleur, la disposition du sang et toutes les autres particularités, on enlèvera le cœur en incisant les gros vaisseaux qui partent de sa base et on constatera son état de rigidité ou de flaccidité, son poids, son volume et les altérations de la couche musculaire. On examinera ensuite les vaisseaux, le larynx, la trachée, les bronches et les poumons. Après quoi ces organes seront extraits et soumis à un examen détaillé.
Abdomen. — Il est souvent utile d'ouvrir le thorax sans toucher à l'abdomen afin d'éviter tout mélange des épanchements. On peut ensuite ouvrir l'abdomen par en bas et pratiquer la section de ses parois dans toute leur circonférence inférieure, en suivant une ligne qui s'étend de la crête de l'os iliaque et de l'épine iliaque antérieure et supérieure d'un côté à celle du côté opposé en passant au-dessus de l'arcade crurale et du pubis. Ce procédé permet de ménager le diaphragme et les muscles abdominaux.
Avant de rien inciser, on constate l'état du péritoine et on explore toute la surface des viscères. On incise transversalement l'épiploon gastro-colique pour explorer le pancréas et la face postérieure de l'estomac ; puis on le renverse de bas en haut pour examiner le canal intestinal et le mésentère. Des
ligatures doubles sont placées au-dessus du cardia, au-dessous du pylore et à la partie inférieure du duodénum ; cette première partie du tube digestif est enlevée, examinée et son contenu mis à part s'il y a lieu. D'autres ligatures interceptent les intestins grêles et le côlon qui sont traités de la même manière.
Organes génito-urinaires. — Deux procédés : 1° Sectionner le pubis sur la ligne médiane et inciser sur les côtés l'articulation sacro-iliaque, ce qui permettra l'écartement des branches et l'exploration de la cavité pelvienne ; 2o pratiquer avec une scie la section des branches horizontales et descendantes du pubis, de manière à renverser en avant la symphyse. Ce dernier procédé est d'une exécution plus facile. Les parties génitales seront examinées méthodiquement, les recherches porteront sur les points suivants : présence du sperme, congestion des corps caverneux; état des corps jaunes, menstruation, accouchement récent, forme et dimensions de l'utérus, virginité, etc., etc.
Rachis et membres. — Le cadavre est ensuite retourné pour l'examen du dos et du rachis. Deux incisions profondes longeant les apophyses transverses, et s'étendant de la protubérance occipitale à la deuxième vertèbre lombaire, permettent d'écarter les masses musculaires, d'appliquer la double scie du rachitome et d'enlever à l'aide d'une forte pince les segments de colonne détachés par la scie. On note ensuite l'injection des vaisseaux, la quantité de liquide cérébro-spinal, etc. L'ouverture entière du rachis n'est pas toujours pratiquée (Tourdes) et on se contente souvent de l'examen de la partie supérieure.
L'autopsie se termine par l'examen des membres sur lesquels on pratique des incisions pour rechercher les ecchymoses profondes et autres lésions. Les viscères sont ensuite remis en place et les cavités refermées et cousues.
Nous donnerons plus loin les indications spéciales qui peuvent se présenter dans l'examen post mortem des individus qui ont succombé à l'empoisonnement et à l'asphyxie par strangulation ou submersion. Nous signalons maintenant l'importance que l'expert doit attacher à la description et à la dissection des blessures.
V examen microscopique et les recherches chimiques qui sont le complément nécessaire de toute autopsie se pratiquent