EXAMEN JURIDIQUE DES BLESSURES SUR LE VIVANT
Il faut autant que possible procéder immédiatement à l'examen avant que les parties soient tuméfiées et que les pansements et appareils aient été appliqués. Lorsque l'examen n'aura pas été immédiatement pratiqué et que la tuméfaction est considérable, il est préférable de remettre la visite à un autre jour etde constater seulement dans un rapport provisoire l'état général du blessé. Avant d'enlever l'appareil d'un pansement, il faut toujours s'assurer par un examen minutieux que ce déplacement peut être fait sans danger pour le malade.
L'expert pourra, dès sa première visite, fixer l'époque probable de la guérison. S'il s'agit d'un accident de peu d'importance, il pourra déclarer que la blessure ne causera pas une incapacité de travail de plus de vingt jours et qu'elle n'entraînera ni infirmités, ni dérangement des fonctions. La prudence exige néanmoins qu'il fasse une restriction; il devra donc ajouter à sa déclaration une des formules suivantes ou toute autre analogue : sauf le cas de circonstances imprévues; à moins de circonstances extraordinaires et dont on ne prévoit pas la possibilité.
Si la blessure paraît grave, il pourra exprimer ses craintes sur l'issue probable de Taccident, mais il sera toujours très circonspect et se réservera de donner son pronostic dans un second rapport.
Les détails que nous avons donnés plus haut seront consultés, lorsquMl s'agirade constater la nature et la gravité delà blessure. Nous terminerons en signalant quelques circonstances particulières qui peuvent aggraver le pronostic. Ces circonstances sont antérieures ou postérieures àilai blessure. Parmi les premières nous citerons les prédispositions morbides rela-
tives à la grossesse, à la mauvaise constitution de l'individu. Un coup léger peut produire un ulcère sur une jambe variqueuse, un étranglement herniaire, la rupture d'un anévrysme s'il atteint certaines régions. Les circonstances aggravantes postérieures sont ordinairement le résultat du traitement, de la constitution médicale, des épidémies, etc.
ARTICLE III
DE l'asphyxie.
L'asphyxie est la conséquence directe de la suspension des phénomènes respiratoires. Cette suspension peut se produire soit parce que le sang ne vient pas au contact de l'air, soit parce que la composition de l'air inspiré s'oppose à l'exhalation de l'acide carbonique, soit parce que l'état organique des membranes osmotiques se refuse à tout échange gazeux, soit enfin parce que le sang a subi une modification qui le rend incapable d'absorber l'oxygène.
. Les différentes cauL,^s d'asphyxie qui se rapportent particulièrement à la médecine légale sont la submersion, la pen^ daison, la strangulation, la suffocation, et la respiration de gaz méphitiques. Ce dernier genre d'asphyxie se rattache également à l'étude des empoisonnements.
§ 1er. — Asphyxie par submersion.
L'asphyxie par SM6mers?*on est la conséquence de l'immersion du corps dans l'eau ou dans tout autre liquide empêchant l'accès de l'air dans les voies respiratoires. Pour qu'il y ait mort par submersion, il n'est pas nécessaire que le corps ait été immergé en totalité dans le liquide ; il suffît que le liquide ait obstrué la bouche et le nez.
L'asphyxie par submersion occupe le premier rang parmi les causes de mort violente. Il y a eu 1934 cas de mort accidentelle par submersion en France en 1881. Ce nombre représente les submersions accidentelles et criminelles ainsi que les suicides.
' La submersion peut déterminer deux ordres de phénomènes
DE l'asphyxie. — SUBMERSION. 233^
distincts: ou bien Findividu submergé succombe à une véritable asphyxie après avoir fait des efforts pour surnager et respirer; ou bien, après avoir été précipité subitement dans l'eau,. 11 éprouve un violent saisissement, tombe en syncope, et la mort est alors produite par la congestion cérébrale, l'apoplexie ou toute autre cause.
Premier cas. — Submersion par asphyxie.
Signes extérieurs. — Dans le premier cas, qui est le plus fréquent, on observe une pâleur générale, des excoriations a la face dorsale et au bout des doigts, de la vase ou du sable sous les ongles, quelquefois des plaques rosées ou violacées -aux oreilles, aux cuisses et sur d'autres points du corps.
Le phénomène connu sous le nom de chair de poule s'observe fréquemment chez le noyé, mais il disparaît lorsque la putréfaction a commencé.
On observe également une rétraction notable du pénis, du scrotum et du mamelon. L'épiderme est macéré et présente les caractères que nous décrivons plus loin page 286 (Combien de temps le cadavre a-t-il séjourné dans l'eau).
On trouve à Ventrée de la bouche et des fosses nasales une écume blanche analogue à celle de la mousse de savon, quelquefois teintée en rose. Ce signe n'est pas constant.
On trouve quelquefois de l'eau et des corps étrangers dans- Voreille moyenne.
Ëcume, eau, corps étrangers dans Vestomac et les voies respiratoires. Le submergé qui a lutté contre la mort s'est efforcé de remonter à la surface pour respirer, mais il a aspiré de l'eau en même temps que de l'air, de là la formation de l'écume et la présence de l'eau dans les bronches. La présence de l'eau et de l'écume dans les voies respiratoires est aujourd'hui incontestée et constitue, d'après MM. G. Bergeron et Montano, un signe constant et certain de la mort par submersion : on trouve environ une cuillerée d'eau et l'écume est blanche, mousseuse avec des bulles fines qui s'affaissent comme des bulles de savon à l'ouverture du larynx et de l'œsophage. L'estomac contient une quantité d'eau plus considérable qui peut être évaluée à un demi-litre et il n'est pas rare de voir sortir de la bouche des noyés une écume rosée.
Signes fournis par les poumons. — Les poumons sont aug-
mentes de volume, durs, engoués, crépitants sous le doigt. Us présentent une coloration grise ou violacée et, au lieu de s'affaisser au moment de l'ouverture du thorax, ils résistent à la main qui les comprime et si l'on pratique des sections dans le parenchyme on voit s'écouler une grande quantité d'un liquide spumeux, rosé et sanguinolent. L'examen à la loupe permet facilement de constater que des vésicules pleines d'air d'un diamètre considérable sont mêlées à des vésicules très fines et que quelques-unes, très distendues, se sont rompues et ont laissé échapper de l'eau qui s'est épanchée sous la plèvre.
Les poumons sont le plus souvent augmentés de volume et on remarque quelquefois à leur surface des plaques d'emphysème plus ou moins larges. Plus rarement on observe les signes de la congestion pulmonaire et des ecchymoses sous-pleurales.
État du sang. — Tous les auteurs admettent que la fluidité du sang est constante chez les noyés ; mais d'après M. Faure, ce phénomène n'existe pas chez les individus qui ont été retirés de l'eau avant d'avoir cessé de vivre ni chez ceux qui n'y ont été précipités qu'après leur mort.
M. Brouardel a démontré, par de nombreuses expériences pratiquées sur les animaux, que cette fluidité du sang est due à la quantité d'eau qui entre dans Tappareil circulatoire par la muqueuse pulmonaire. Cette quantité d'eau peut égaler le tiers du volume total du sang.
La fluidité du sang est plus considérable lorsque l'individu se noie lentement et qu'il vient plusieurs fois respirer à la surface de l'eau. Dans les cas où la mort par submersion est rapide et que le noyé pour une cause quelconque (syncope, commotion, ivresse) a plongé au fond de l'eau sans venir respirer à la surface on peut trouver le sang coagulé et les symptômes se rapprochent de la mort par suffocation.
Voici comment, l'éminent professeur de la Faculté de Paris résume les questions relatives à la fluidité du sang et à l'état du poumon chez les noyés ^
« Si le sang n'est pas fluide, s'il y a des caillots cardiaques, des ecchymoses ponctuées sous les plèvres ; si les poumons ne présentent pas cette apparence spéciale d'emphysème aqueux,