‹ Manuel de médecine légaleChapitre 123 sur 353 · Commentaires de Hoffmann, p · texte numérisé non relu

Commentaires de Hoffmann, p

DE l'asphyxie. — SUBMERSION. 235

on pourra dire que la submersion a eu lieu dans des conditions telles que le noyé n'a pu faire aucun effort pour lutter contre l'asphyxie. La cause de cette absence de lutte sera à déterminer (ivresse, commotion, etc.).

« Si au contraire les poumons sont gorgés d'eau, si le sang est fluide, si les ecchymoses sous-pleurales sont larges, peu apparentes, si le cœur ne contient pas de caillots, on pourra conclure que la submersion a été lente et que la mort n'est survenue qu'après une lutte plus ou moins instinctive qui a permis à des gorgées d'eau successives de se renouveler dans la trachée et d'être absorbées par la muqueuse pulmonaire. »

Second cas. — Submersion compliquée d'autres accidents.

Dans le second cas, lorsque l'individu submergé succombe à une congestion cérébrale, on ne trouve pas d'eau dans l'estomac ni d'écume dans les bronches et la trachée. C'est dans les viscères qu'on retrouve les lésions caractéristiques de l'affection qui a produit la mort. L'état piqueté de la substance cérébrale est alors le fait le plus commun. Dans certains cas, il y a à la fois congestion cérébrale et asphyxie et on trouve réunis les symptômes et les lésions qui correspondent à chacun de ces états.

On peut réduire à trois le nombre des questions médicolégales soulevées parla submersion : 1° La mort est-elle le fait de la submersion ? 2" La mort par submersion est-elle le résultat d'un accident, d'un suicide ou d'un homicide? 3° Combien de temps le cadavre a-t-il séjourné dans l'eau ?

l" La mort est-elle le fait de la submersion ?. — D'après l'exposé que nous venons de faire il est facile de voir que les signes de la submersion n'ont rien de caractéristique, si si ce n'est toutefois l'écume bronchique et la présence d'un peu d'eau dans les voies respiratoires et l'estomac. Il sera donc souvent difficile de résoudre celte question et d'affirmer que l'individu submergé a succombé à la submersion. Néanmoins l'expert examinera avec le plus grand soin toutes les circonstances relatives au lieu et à l'état où a été trouvé le cadavre, il pratiquera l'autopsie (voy. p. 225) et notera comme l'indice le plus important la présence de l'écume bronchique et la pré-

sence d'une certaine quantité d'eau dans l'estomac *. Il notera également l'état du cœur et des vaisseaux et constatera avec soin la quantité d'eau contenue dans l'estomac.

2° La mort par submersion est-elle le résultat d'un accident, d'un suicide ou d'un homicide ? — Les traces de violences que peut présenter le cadavre submergé, telles que liens aux membres, poids suspendus au corps, coups de feu^ ne sauraient être des preuves décisives en faveur de l'homicide. On a vu souvent des individus s'attacher eux-mêmes des poids aux jambes et se tirer des coups de feu au moment de se précipiter dans J'eau. L'expert devra donc avoir recours dans ces cas aux moyens qui peuvent faire distinguer le suicide de l'homicide (voy. p. 225), examiner le siège et la direction des blessures ainsi que la manière dont les liens ont été placés.

Cependant, lorsque le cadavre d'un noyé ne présente aucune trace de violences, on doit croire à un suicide ou à un accident, car il est difficile d'admettre qu'un individu puisse être violemment précipité dans l'eau sans opposer une résistance qui laisserait quelques traces. D'un autre côté, la submersion criminelle est plutôt pratiquée dans le but de faire disparaître le cadavre d'un individu homicide que comme moyen direct d'homicide, Tardieu fait encore justement remarquer à ce sujet que, chez les individus qui ont péri submergés, la congestion et l'engouement sanguin occupent toute l'étendue du poumon, qu'on y observe rarement des ecchymoses sous-pleurales et des épanchementssous-péricrâniens etsous-péricardiques. En sorte que si Ton rencontre ces trois dernières lésions sur des corps retirés de l'eau, on serait autorisé à conclure que la suffocation a précédé l'immersion, et que l'on n'a noyé qu'un cadavre.

3° Combien de temps le cadavre a-t-il séjourné dans l'eau?. — C'est grâce aux beaux travaux de Devergie sur la putréfaction dans l'eau qu'il est permis, dans beaucoup de cas, de répondre à cette question. Nous allons rapporter l'ordre d'apparition des phénomènes de la putréfaction dans l'eau; mais

i. M. Rougier (Thèse de Paris, 1884) a démontré par de nombreuses expériences qu'il est impossible que IVau pénètre dans l'estomac après la mort, à moins qu'il n'y ait putréfaction. D'après cet auteur la présence de corps étrangers (herbe, vase, grains de sable) dans les bronches, témoigne d'une respiration énergique et prouve que le submergé a respiré sous l'eau.

DE l'asphyxie. — SUBMERSION. 237

nous ferons d'abord remarquer que quelques heures du contact de Tair suffisent pour rendre très difficile la tâche de l'expert. •Le corps du submergé qui séjourne à Tair s'altère très rapidement,et il arrive presque toujours qu'on suppose la mort plus ancienne qu'elle n'est réellement.

Pendant l'hiver on observe les phénomènes suivants : Pendant les trois premiers jours, nulle alte'ration. De trois à cinq joicrs, rigidité cadavérique, l'épiderme des mains commence à blanchir.

De quatre à huit jours, les parties sont très souples et ont conservé leur couleur naturelle, l'épiderme de la paume des mains est très blanc.

De huit à douze jours, face ramollie présentant une teinte blafarde, différente de celle de la peau du reste du corps ; l'épiderme de la face dorsale des mains commence à blanchir ; teinte blanche de la face plantaire des pieds.

Quinze jours. Épidémie des mains et des pieds tout à fait blanc et commençant à se pHsser ; face bouffie, rouge par places; teinte verdàtre de la partie moyenne du sternum.

Un mois. Épiderme des pieds et des mains très blanc plissé <;omme par des cataplasmes, face rouge brunâtre, paupières et lèvres vertes, plaque rouge-brune environnée d'une teinte ver-, dàtre à la partie antérieure de la poitrine.

Deux mois. Épiderme des mains et des pieds en grande partie ■soulevé et détaché du derme, face généralement brunâtre tuméfiée, cheveux peu adhérents, ongles encore adhérents.

Deux mois et demi. Épiderme et ongles des mains détachés, épiderme des pieds détaché, ongles encore adhérents; chez la femme, le tissu cellulaire sous-cutané est plus abondant et il -est converti en gras de cadavre aux joues, aux sourcils, au menton, à la partie supérieure du cou ; il y a également saponification superficielle des mamelles, des aines et de la partie antérieure des cuisses.

Trois mois et demi. Destruction d'une partie du cuir chevelu, des paupières, du nez ; saponification partielle de la face, de la partie supérieure du cou et des aines ; corrosion et destruction de la peau sur diverses parties du corps ; épiderme des mains et des pieds complètement enlevé, ongles tombés.

Quatre mois et demi. Saponification presque totale delà graisse de la face, du cou, des aines et de la partie antérieure des •cuisses; commencement d'incrustation calcaire sur les cuis-

ses ; commencement de saponification de la partie antérieure du cerveau ; état opalin de la plus grande partie de la peau ; décollement et destruction de la presque totalité du cuir chevelu, calotte osseuse dénudée, commençant à être très friable.

A une époque plus reculée, il n'est plus possible d'indiquer, même approximativement, les phénomènes de la putréfaction.

Ces résultats ont été obtenus pendant l'hiver; s'il s'agissait pendant Vété de fixer, d'après les phénomènes de la putréfaction, le temps pendant lequel un individu a été submergé, il faudrait évidemment tenir compte de la différence des saisons. D'après Devergie, cinq à huit heures de séjour dans l'eau en été correspondent à trois à cinq jours en hiver ; vingt-quatre heures équivalent à quatre à huit jours ; quatre jours à quinze jours ; douze jours à un mois ou six semaines.

11 faut tenir compte également des saisons intermédiaire?, du temps que le cadavre a séjourné hors de l'eau, de la nature du milieu dans lequel il a été submergé, de l'âge, du sexe, de l'état d'embonpoint et de santé de l'individu noyé. Nous le répétons, les expériences de Devergie qui remontent à une époque relativement éloignée ont été reproduites sans contrôle par tous les auteurs et l'étude de ces altérations ne repose pas encore sur des données absolument positives. H serait même à désirer que de nouvelles expériences fussent instituées en cette importance question. L'expert ne se prononcera donc qu'avec circonspection et après avoir tenu compte de* toutes ces données.

§ 2. — Asphyxie par pendaison.

La pendaison est la mort qui survient par suspension du corps à l'aide d'un lien passé autour du cou. C'est à ce genre de mort violente qu'ont souvent recours les individus qui veulent se suicider.

Quelques auteurs décrivent, sous un même titre, la strangulation qu'elle ait lieu avec une corde ou avec la main. Mais nous pensons que ces deux morts par asphyxie présentent des symptômes assez variés pour être décrits séparément.

La pendaison est un acte de violence dans lequel le corps pris par le cou dans un lien attaché à un point fixe et abandonné à son propre poids, exerce sur le lien suspenseur un&

DE. l'asphyxie. — PENDAISON. 239

traction assez forte pour amener brusquement la perte du sentiment, l'arrêt des fonctions respiratoires et la mort. Cette définition, empruntéeàTardieu, serait exacte si, dans quelques cas très rares, la pendaison ne déterminait pas la mort brusque. Dans un cas rapporté par Sikor^ un individu exécuté publiquement à Vienne a survécu 24 heures à son exécution. On connaît également de nombreux cas de suicidés par pendaison qui ont pu être rappelés à la vie.

On croit généralement que,' dans la mort par pendaison, le corps doit nécessairement être suspendu, dans une position verticale, à une certaine hauteur au-dessus du sol et loin de tout point capable d'offrir un appui aux pieds. Cette manière de voir est absolument fausse. On sait aujourd'hui que la mort par pendaison volontaire survient soit debout contre un mur et les pieds reposant à plat sur le sol, soit à genoux, soit ployé en deux assis, accroupi ou presque couché. Les exemples de ce genre sont excessivement nombreux. Sur 174 pendus observés par Brierre de Boismont, 124 avait à leur portée le sol ou un support quelconque, 6 s'étaient pendus dans leur lit, les genoux plies, les pieds reposant en plein sur les matelas ; 23 étaient accroupis, à genoux, ployés en deux ; 4, après s'être accrochés aux colonnettes de leur lit, s'étaient laissé glisser à terre, et ieur corps était ainsi parallèle au sol; Il étaient assis; l'un d'eux était dans un fiacre, la tète contre l'une des glaces et passée simplement dans une des ganses qui servent de poignée : il n'y avait pas d'autre lien. Marc rapporte l'histoire d'un individu qui s'était pendu avec son mouchoir à la fenêtre très basse de son cachot et qui avait eu le soin de se lier fortement les mains avec un autre mouchoir à l'aide de ses dents. Ce cas était certainement de nature à faire naître des présomptions d'homicide si le suicide n'avait été prouvé par d'autres circonstances.

On peut donc dire qu't/ n^ existe pjCis une seule position du corps dans laquelle la mort volontaire par pendaison ne soit possible et que l'homicide par pendaison est extrêmement rare.

On croit également à tort que les pendus ont la face bouffie et livide, les yeux saillants et hors des orbites, la langue noirâtre, tuméfiée et sortie de la bouche, les traits contractés, le pénis turgescent, les doigts crispés, etc. Ce tableau peut

\. Annales des Maladies de l'oreille et du larynx. Paris 1880, p. i02.

être présenté par des criminels livrés au supplice ou par des individus pendus ou étranglés par des mains homicides ; mais celui qui s'est froidement suicidé présente rarement une figure bouleversée ou horrible.

Mécanisme de la mort par pendaison. — La pendaison peut déterminer deux ordres de phénomènes très différents ; ceux de l'apoplexie ou ceux de l'asphyxie, et souvent même les uns et les autres existent simultanément. Ces différences résultent surtout de la manière dont la corde a été placée. Si le cou n'est pas comprimé circulairement et si la corde est placée sur le cartilage thyroïde, l'asphyxie se produira lentement et déterminera lentement Fapoplexie. Si le lien est appliqué au-dessus de l'os hyoïde, entre le menton et le larynx (ce qui arrive dans la grande majorité des cas), les parties molles refoulées en arrière ferment l'ouverture du larynx et l'individu ■périt rapidement asphyxié.

La turgescence du pénis est presque constante chez les pendus; mais on observe rarement une véritable érection suivie d'éjaculation et ces phénomènes ne sont pas propres à la pendaison.

Les autres lésions qu'on trouve exceptionnellement sont les fractures de l'os hyoïde, du larynx, la luxation des vertèbres cervicales. Ces désordres étaient surtout observés à la suite des exécutions capitales parce qu'on tournait la corde.

D'après M. Blanchard, le meilleur signe que la suspension aurait été opérée pendant la vie serait la présence dans le tissu cellulaire profond, au niveau du sillon laissé par le lien constricteur, entre les muscles et les vaisseaux, de sang extravasé, coagulé, fortement adhérent, que la macération et le lavage n'enlèvent pas. Ce signe a de la valeur; mais il peut également se produire après la mort.

Signes de la pendaison. — A. Signes externes. — Il est généralement admis aujourd'hui comme un fait incontestable que dans le plus grand nombre des cas de pendaison il n'y a pas d'ecchymoses ; qu'il n'y a, en général, ecchymose que lorsque, à la suspension, se joignent quelques violences, ou bien lorsque l'individu s'est pendu avec un lien très long et s'est précipité d'un lieu élevé (Devergie, Tardieu, Briand et Chaude). Les auteurs qui ont admis l'ecchymose ont considéré comme

DE l'asphyxie. — PENDAISON. . 241

telle la couleur brunâtre que présente la peau dans le sillon produit par la constriction.

C'est au cou qu'existe la lésion principale ; elle varie suivant le nombre de tours, suivant la grosseur et la nature du lien. Les sillons sont d'autant plus étroits et plus profonds que le lien est moins volumineux.

Il y a à considérer, dans le sillon, la situation, la forme, la direction et l'aspect.

Il est situé au-dessus du larynx dans les quatre cinquièmes des cas ; sur le larynx dans l'autre cinquième. On a trouvé deux fois le lien au-dessous du larynx.

La fomœ du sillon est très importante. Elle est parabolique ; c'est un fer à cheval dont la trace est très marquée en avant, moins sur les côtés ; la trace cesse au-dessous des oreilles et elle est nulle en arrière. Pour que le sillon soit circulaire, il faut que le pendu ait serré la corde avant de se pendre ou qu'il ait fait plusieurs tours.

La direction du sillon se rapproche presque de l'axe du corps.

Nous venons de voir que Vaspect du sillon n'est pas une ecchymose comme dans l'étranglement. Si l'on examine la peau du cou immédiatement après la pendaison, on n'observe d'abord aucun changement de couleur, mais lorsque la suspension remonte à plusieurs jours, le sillon est brun, parcheminé, et limité par deux autres sillons bleuâtres ou violacés. En disséquant cette peau parcheminée on trouve le tissu cellulaire sous-jacent tassé et d'un aspect brillant et argentin. Les muscles sterno-mastoïdiens sont déprimés par le lien.

Cet état de la peau et du tissu cellulaire est le résultat de la dessiccation de la peau sous l'influence de l'air ; ce sont des phénomènes purement physiques qui ne sauraient constituer un signe certain de la mort par pendaison. Ils ne sont pas constants, ne se manifestent pas immédiatement après la mort et peuvent être produits sur un cadavre par la constriction.

B. Signes internes. — Ce sont les plus importants et c'est surtout parl'examen des poumons et du cœurqu'on peutreconnaître les signes caractéristiques de la suspension.

La muqueuse du larynx et de la trachée présente une coloration rosée ; l'écume est beaucoup moins fréquente que dans la strangulation et la suffocation , mais elle est plus épaisse et

LUTAUD, Méd. lég. 16

plus adhérente. On constate parfois une rupture de la tunique interne des carotides. Lesser et Coutagne ont signalé des déchirures des muscles de la paroi antérieure du cou, les fractures du larynx et de Tos hyoïde ' .

Les poumons sont engoués, emphysémateux sur certains points et présentent une coloration noirâtre sur les parties déclives ; cette coloration résulte de la stase sanguine produite par les lois de la pesanteur. Le cerveau contient également du sang sur les parties déclives si la tête reposait sur le sol. La congestion de l'organe est presque constante.

Si la suspension a déterminé la mort par apoplexie, les deux ventricules du cœur contiennent du sang, le droit comme le gauche. Si la mort a eu lieu par asphyxie les cavités gauches du cœur sont vides de sang, tandis que les cavités droites et les gros vaisseaux en contiennent en plus ou moins grande quantité. On n'a jamais ohservé d'ecchymoses sous- péricardiques ; le sang est généralement fluide et l'on trouve rarement quelques caillots dans le cœur.

L'expert qui aura à se prononcer dans un cas où la pendaison aura donné lieu à des présomptions d'homicide cherchera d'abord à établir si la pendaison a eu lieu pendant la vie ; il notera la nature et la longueur du lien, la forme, le nombre et la direction des sillons, puis toutes les circonstances qui ont accompagné l'accident. Il importe de savoir que, s'il est possible d'étrangler un homme avec les mains, il est plus difficile de l'étrangler avec un lien et presque impossible de le pendre, sauf les enfants, les imbéciles et les gens paralysés. La pendaison homicide exige le concours de plusieurs individus : on doit donc supposer une lutte et rechercher les traces de la résistance opposée par la victime, telles qu'égratignures, ecchymoses, blessures, luxations, fractures des doigts, etc.

§ 3 . — Asphyxie par strangulation.

La strangulation consiste dans une constriction exercée directement soit autour, soit au-devant du cou, et ayant pour effet, en s'opposant au passage de l'air, de suspendre brusquement la respiration et la vie.

i. Voyez Coutagne ; Diagnostic médico-judiciaire de la mort par pendaison iti Arch. de l'anthropologie criminelle, maii 1886.

DE l'asphyxie. — STRANGULATION. 243

La strangulation peut être produite de différentes manières : tantôt la contriction est opérée à l'aide d'une corde, d'un mouchoir, d'une courroie, d'un ruban, d'un lien quelconque, tantôt, et c'est le procédé le plus ordinaire, elle est directement exercée par les deux mains ou par une seule. Il n'est pas besoin ni de beaucoup de force ni de beaucoup de temps pour que l'accès de l'air dans les voies respiratoires soit intercepté: Deux ou trois doigts suffisent même pour produire l'infanticide par étranglement. •

La strangulation est-elle le résultat d'un homicide ou d'un suicide ? On a longtemps nié qu'un individu puisse se donner la mort par étranglement ; mais les observations sont aujourd'hui trop nombreuses et trop avérées pour que cette possibilité puisse être mise en doute. Ces exemples sont surtout fournis par des aliénés ; on a vu des individus s'étrangler en se serrant simplement le cou avec deux cravates maintenues par plusieurs nœuds. Brierre de Boismont rapporte le cas d'un jeune étranger qui s'est étranglé dans une maison d'aliénés sans qu'on lui ait vu faire le moindre mouvement : étant couché et ayant deux gardiens près de lui il avait déchiré le bas de sa chemise, l'avait roulée en cordonnet, se l'était passée autour du cou, et un simple nœud fortement serré avait suffi pour produire rapidement la mort. Néanmoins il y a homicide dans presque tous les cas de strangulation, et l'expert doit toujours rechercher avec soin, lorsque la mort est imputée à un suicide, s'il n'y a pas eu avant la strangulation, un meurtre que l'on cherche à déguiser.

Signes de la strangulation. — Aspect extérieur du cadavre. La face des cadavres reste généralement tuméfiée, violacée et comme marbrée, mais l'altération de la physionomie est d'autant moins prononcée que la victime est moins forte; elle est très peu marquée chez les nouveau-nés. La langue est habituellement proéminente, serrée entre les dents ou fixée derrière les arcades dentaires. On observe quelquefois l'écoulement d'un sang spumeux par la bouche et les narines; mais le signe le plus constant, c'est la formation d'ecchymoses très nombreuses et de très petite dimension sur la face, sous la conjonctive, audevant du cou et de la poitrine. Toutes ces parties présentent une série de pointillés rouges qui leur donne un aspect saisissant; mais ce signe n'est pas caractéristique de la strangula-.

tion, puisqu'on l'observe aussi dans certains cas de suffocation par compression des parois de la poitrine et du ventre et qu'il n'est pas rare de le rencontrer à la suite d'un accouchement laborieux ou d'un effort violent et prolongé. Néanmoins, les ecchymoses ponctuées sont rarement aussi prononcées et aussi fréquentes que dans la strangulation.

Outre ces phénomènes extérieurs de la strangulation il faut mentionner les traces de coups et de blessures qui la compliquent'presque toujours.

A côté de ces signes extérieurs communs il en existe de particuliers à chaque mode de strangulation. Il faut en effet établir une distinction entre la strangulation par la corde et la strangulation à la main.

Si un lien a été serré autour du cou, on trouve une empreinte en rapport avec sa forme, son épaisseur et la manière dont il était disposé et attaché. C'est généralement un sillon transversal, peu profond, non parcheminé et qui a à peine changé la coloration du tégument. Le sillon peut être simple, double ou multiple selon le nombre de tours du lien, mais il est loin d'être toujours marqué sur toute la circonférence. Il est fréquent de ne rencontrer que desimpies excoriations linéaires qui, d'après M. Blanchard, pourraient presque suffire pour distinguer la strangulation de la pendaison. La peau est souvent pâle au niveau du sillon et elle tranche par sa coloration avec la teinte violacée des parties voisines. Lorsque l'acte a été accompli à l'aide d'un tourniquet, on en trouve quelquefois des traces sur le voisinage ou sur les parties environnantes.

Lorsque la strangulation a eu lieu avec les mains, la présence d'ecchymoses et d'excoriations sur le cou permet souvent de reconnaître la position des mains du meurtrier et par suite la position respective de l'agresseur et de la victime au moment du crime. Les empreintes digitales sont d'abord d'un rouge vif, puis elles deviennent bleuâtres et violacées. D'après M. Toulmouche on pourrait reconnaître si l'individu était gaucher par la nature des empreintes. Lorsque celles-ci sont beaucoup plus marquées à gauche, on peut en effet supposer que la main gauche a été appliquée avec plus de fermeté.

La distinction que nous avons établie plus haut entre la strangulation à la corde et la strangulation à la main devient importante lorsqu'il s'agit de constater les lésions internes.

DE l'asphyxie. — STRANGULATION. 245

Dans la strangulation à la corde les lésions se rapprochent de celles de la pendaison ; dans la strangulation à la main elles présentent une plus grande analogie avec celles de la suffocation.

Signes fournis par Vautopsie. — Il ne faut jamais négliger de pratiquer l'autopsie. On trouvera souvent dans le tissu cellulaire profond entre les muscles du cou et jusque dans le voisinage du larynx et de la trachée des extravasations sanguines dont rien à l'extérieur n'indiquait la présence. Ces lésions s'observent surtout lorsque la strangulation a été opérée avec la main. Les bronches et la trachée sont souvent remplies d'une écume fine et abondante qui est tantôt blanche, tantôt rosée et sanguinolente et cet état coïncide presque toujours avec une congestion violacée des muqueuses. Les poumons sont tantôt rose clairs ou pâles, tantôt d'une couleur très foncée ; ils sont quelquefois le siège d'un engouement peu considérable, tandis que, dans d'autres cas, ils sont volumineux et fortement congestionnés, mais le phénomène le plus caractéristique est un emphysème résultant delà rupture des vésicules superficielles. Cet emphysème est plus ou moins étendu; il semble d'abord que le poumon est tapissé de fausses membranes, mais il est facile de reconnaître que cet aspect est dû a. de petites bulles d'air qu'une piqûre fait immédiatement disparaître. Contrairement à ce qu'avait autrefois affirmé Tardieu on trouve parfois des ecchymoses sous-pleurales.

Le cœur n'offre rien de particulier ; il est quelquefois vide, mais il contient ordinairement un peu de sang noir et fluide. Le cerveau est le plus souvent à l'état normal, ce qui n'a pas lieu dans la pendaison ou l'engorgement sanguin est à peu ^rès constant.

Lorsqu'il y a eu strangulation incomplète et que la tentative a été portée assez loin pour avoir laissé des traces, l'expert légiste se trouve en présence des signes suivants: face gonflée, violette, marbrée, piquetée de rouge, livide. L'écume sort des narines et de la bouche. Les yeux sont sanglants et sous la "conjonctive il existe une extravasation ecchymotique. Le cou est gonflé et douloureux, la voix brisée, la déglutition pénible. Xe gonflement s'étend à toute la région cervicale et à la partie inférieure de la mâchoire. L'empreinte des doigts est quelquefois très visible. Les suites d'une tentative de strangulation sont généralement longues et peuvent devenir très graves. ,

Les expériences de Brown-Séquart ^ et les observations de Maschka ont démontré que la mort peut avoir lieu subitement soit dans la strangulation, soit à la suite d'un coup violentporté sur le larynx. Dans ce cas la mort a lieu par syncope respiratoire.

§ 4. — Asphyxie par suffocation.

Lorsqu'un obstacle mécanique, autre que la strangulation et la pendaison, est apporté à l'entrée de l'air dans les organes respiratoires, il y a suffocation.

On peut distinguer cinq modes de suffocation : 1° occlusion directe des narines et de la bouche, soit en les comprimant avec la main, soit en y appliquant et en y maintenant appliqué un corps quelconque qui s'adapte exactement à leur forme et bouche leurs ouvertures, soit en introduisant et en enfonçant jusque dans le pharynx un tampon, un linge ou quelque autre corps qui fait l'office d'obturateur ; 2° la compression de la poitrine et du ventre; 3o l'enfouissement du corps dans la terre, dans le sable, dans les cendres, dans du son, dans du fumier, dans les matières d'une fosse d'aisances, etc.; 4o l'emprisonnement dans un cofre, dans une boîte, ou tout séjour forcé dans un espace confiné; 5° suffocation par introduction de corps étrangers dans les voies aériennes.

Signes de la suffocation.

On rencontre des lésions qui sont communes à tous les genres de suffocation et d'autres qui sont propres à chacun d'eux.

Signes communs à tous les genres de suffocation. — Quel que soit le genre de suffocation, les poumons sont légèrement augmentés de volume, de couleur rosée ou même pâles et ils présentent un engorgement plus ou moins considérable à leur base et à leur bord postérieur seulement. Mais, quel que soit le degré de congestion, on observe presque toujours les taches ecchymotiques sous-pleurales que nous avons décrites à propos de l'infanticide (page 136). Les lésions qu'on observe chez les nouveau-nés sont en effet les mêmes que chez l'adulte, et l'on sait que l'infanticide par suffocation est extrêmement fréquent.

i. Brown-Sequard, Académie des sciences, avril 1887.

DE l'asphyxie. — SUFFOCATION. 247

On sait que Tardieu, qui avait le premier signalé les ecchymoses sous-pleurales, les conside'rait comme un signe caractéristique de la mort par suffocation. Mais les recherches récemment entreprises par MM. Liman, Page, Girard, Pénard, Brouardel et Legroux ont démontré que ces ecchymoses, qui se rencontrent habituellement dans la suffocation, ne sont pas spéciales à ce genre de mort et peuvent également exister dans la submersion, la pendaison, la strangulation et dans la plupart des cas de mort rapide et violente.

D'après M. le professeur Brouardel, les ecchymoses souspleurales peuvent se rencontrer dans trois circonstances : i° lorsqu'il y a trouble de la circulation ou de la respiration ; 2° lorsqu'il y a trouble de l'innervation ; 3^ dans les altérations du sang, dans les empoisonnements.

Ces ecchymoses se développent plus sur les enfants nouveau-nés dont les parois vasculaires ont peu de résistance.

Pour nous tenir à la question spéciale de l'asphyxie, nous dirons que toutes les maladies aiguës du poumon peuvent donner naissance à des ecchymoses sous-pleurales et qu'on lésa même rencontrées dans la bronchite suffocante des adultes. Mais elles font très rarement défaut dans l'asphyxie par suffocation.

Le cœur ne présente ancune lésion qui soit spéciale à la suffocation ; le sang est ordinairement fluide et si l'on découvre une coagulation partielle c'est que la mort est survenue très lentement. On rencontre sous le péricarde et à l'origine des gros vaisseaux des taches ecchymotiques semblables à celle de la plèvre.

1® Suffocation par occlusion de la bouche et du nez. — Les taches ecchymotiques sont en général plus prononcées lorsque la suffocation a eu lieu par occlusion directe de la bouche et du nez. On devra rechercher dans ces cas les traces du linge, du tampon ou de tout autre corps qui aura servi à l'occlusion.

La suffocation par occlusion des orifices est surtout pratique sur les jeunes enfants et les nouveau-nés.

Il est bon de rappeler que l'occlusion de la bouche et du nez amène souvent la mort accidentelle chez les enfants très jeunes. Pendant leur sommeil, les nouveau-nés peuvent être asphyxiés par les draps, les couvertures et les oreillers. Ils peuvent encore être suffoqués par la mère ou la nourrice avec laquelle ils couchent. Taylor signale la fréquence des cas de

mort accidentelle chez les enfants au sein : pendant la tétée la mère et l'enfant s'endorment et le nouveau-né est suffoqué par le sein qui lui comprime le visage. Dans ces cas il est impossible à l'expert de dire si la mort est accidentelle ou criminelle.

Chez Tadulte la mort criminelle par obturation est presque toujours accompagnée de violences qui laissent des traces extérieures.

2'' Suffocation par compression de la poitrine et du ventre. — Lorsque la suffocation a été produite par la compression du thorax et de Vahdomen (enfant pressé dans les linges, individus étouffés dans une foule), les parois thoraciques et l'abdomen gardent rarement des traces de la pression ; mais on observe très souvent un emphysème très étendu du poumon auquel les taches ecchymotiques donnent un aspect marbré. On observe également des épanchements sanguins nombreux dans le tissu cellulaire épicrànien.

Suffocation par enfouissement. — Dans la suffocation par enfouissement, la mort a généralement lieu lentement et les taches ecchymotiques sous-pleurales et sous-péricrâniennes se rencontrent avec autant de constance que dans les autres genres de suffocation. Il y a également de l'emphysème et de l'écume sanguinolente dans les voies aériennes. On trouve dans l'estomac et dans la bouche de la matière d'enfouissement et la pénétration plus ou moins complète de cette matière fournit des indices importants : si V enfouissement a lieu pendant la vie, la matière a pénétré dans la bouche, l'œsophage et même jusque dans l'estomac ; s'il a eu lieu pendant la mort la déglutition n'a pas pu se produire et on ne trouve de la matière qu'à l'entrée de la bouche et des narines. Il est à noter que la mort par enfouissement ne survient parfois que longtemps après que le corps a été enterré. Bardèmet a signalé le cas d'un enfant enfoui pendant 8 heures à 23 centimètres de profondeur et qui vécut encore 4 jours.

§ 5. — Asphyxie par respiration de gaz méphitiques.

L'asphyxie par les gaz méphitiques se rattache à l'étude des empoisonnements, et a été placée par les auteurs dans la classe des poisons septiques (Orfîla)et hématiques (Rabuteau).

Page 1