ULCÈRES, MALADIES DE LA PEAU
jugera par l'observation suivante rapportée par Briand et Chaude.
C... prétendait avoir été frappé à la partie inférieure delà poitrine, le 4 décembre 4846, d'un coup de poignard qui avait pénétré profondément. Visité le H par Bayard, il présentait une petite plaie de 12 millimètres de longueur, recouverte de sang coagulé ; mais, à l'aspect de cette plaie, on était porté à croire qu'elle avait été faite avec la pointe d'un instrument appliqué avec ménagement et à plusieurs fois, de manière à érailler la peau et à ne l'entamer que peu à peu. On a reconnu que cette blessure n'était que superficielle, et que les tissus sous-jacents n'avaient pas été intéressés: car si la blessure avait été profonde, la cicatrisation eût déterminé des adhérences entre les tissus lésés, entre la peau et les muscles sous-cutanés ; or, la peau était parfaitement mobile et on la faisait glisser en tous sens sans le moindre tiraillement. On fit revêtir à C... les habits qu'il portait le 4 décembre, et on le fit placer dans l'attitude que, d'après son récit, il devait avoir au moment où il aurait été blessé. Les coupures des vêlements ne répondaient pas à la blessure : celle-ci était située })lus bas et plus en dehors. Le gilet et la chemise présentaient, au lieu d'un trou, une incision ou coupure qui paraissait faite en plusieurs fois, et les rebords de cette coupure n'avaient pas ces traces de sang que laisse l'instrument que l'on retire d'une plaie et qui s'essuie en sortant. La blessure n'avait que 12 millimètres et les coupures des vêtements avaient 1 centimètres ; or, l'épaisseur des vêtements et la résistance de leur tissu étaient telles qu'il eût fallu pour les percer que le coup eût été porté avec force, et dès lors, la plaie eût été profondément pénétrante, et sa longueur eût été égale à celle des incisions des vêlements. On eût bientôt la certitude que la blessure avait été simulée.
2° Ulcères. — Des individus simulent et entretiennent des ulcères pour exciter la compassion publique ou pour s'exempter du service militaire. Ils emploient dans ce but des applications irritantes, des ve'sicatoires ou des substances végétales telles que la clématite (herbe aux gueux) ou l'écorce de garou. Il est facile de reconnaître cette supercherie en faisant surveiller le malade ou en appliquant sur la plaie un bandage roulé dont les lignes auront été marquées avec de l'encre. Si le malade ne défait pas le bandage la guérison s'opérera ; s'il le défait pour appliquer sur la place une substance quelconque, il lui sera impossible de le replacer de manière à ce que les lignes d'encre marquées sur la bande correspondent exactement.
3" Maladies de la peau. — Les maladies parasitaires, la teigne faveuse principalement, sont quelquefois simulées. Les conscrits ont cherché à imiter les lésions du favus à l'aide de
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l'acide nitrique. La projection de quelques gouttes de cette substance sur le cuir chevelu produit en effet l'apparition de croûtes jaunâtres, mais ces taches ne présentent ni la disposition régulière, ni la dépression en godet du favus. L'examen microscopique met du reste les maladies parasitaires à l'abri de toute simulation.
On a également simulé les sueurs abondantes et fétides qui constituent un cas de réforme, en appliquant sur certaines parties du corps, les pieds principalement, certaines substances telles que la teinture d'asa fœtida et l'huile de Dippel, mais on fait facilement justice de cette supercherie en faisant savonner le malade et en le plaçant en observation pendant quelques jours.
Les sueurs de sang ont été quelquefois simulées sous l'influence de l'exaltation religieuse et du fanatisme, Mais la constatation de cette simulation est très délicate et ne sera que très rarement l'objet d'une enquête médico-légale. Les recherches de Parrot ont établi que la sueur de sang, maladie essentiellement nerveuse, ne saurait être mise en doute. Cette affection se rapproche des stigmates qui ont été l'objet d'un grand nombre de travaux pendant ces dernières années à l'occasion de l'observation de Louise Lateau, jeune fille belge qui, nonseulement présentait des stigmates, mais encore prétendait vivre sans aliments.