C. — HÉMORRHAGIES
Vhémoptysie a été souvent simulée soit en introduisant des substances colorantes dans la bouche, soit en pratiquant des piqûres sur la muqueuse de Schneider, sur les gencives ou dans la gorge. Ces artifices sont en général faciles à déjouer en constatant la nature chimique et histologique du liquide rejeté ou en procédant à un examen attentif de la bouche et des fosses nasales. La question est plus difficile lorsque l'individu déclare purement et simplement qu'il a eu des hémoptysies. On devra dans ce cas s'en rapporter aux certificats et à la notoriété publique, et pour peu que l'examen du thorax fournisse le moindre indice, exempter le malade du service militaire (Voyez le chapitre suivant).
Vhématémêse a été simulée en avalant du sang pur ou mêlé avec du bol d'Arménie, V hématurie en injectant du sang dans
la vessie ; mais ces supercheries sont en général faciles à reconnaître. Il en est de même des hémorrhagies intestinales et des hémorrhoides qu'on simulait autrefois en introduisant dans l'anus de petites vessies remplies de sang,
D. — Maladies des régions.
|o Organes de la vue. — Vophthalmie et la blépharite ont été simulées en appliquant sur la conjonctive et les paupières des substances irritantes et en pratiquant l'épilation des cils. Dans les cas où la simulation est récente, elle est facile à démasquer ; mais lorsque les manœuvres provocatrices sont appliquées depuis longtemps, la maladie existe réellement, et la maladie simulée devient une maladie provoquée.
On simule Yamaurose par Tusage de la belladone ou de la jusquiame. Cette ruse peut être facilement déjouée en surveillant l'individu pendant quelques heures, Teffet de ces substances ne persistant guère au-delà de dix à douze heures, ou en employant la fève de Calabar. Lorsque la mydriase est due à l'atropine, elle cesse sous l'influence de la fève, contrairement à ce qui a lieu dans la mydriase amaurotique. Après s'être assuré, par l'examen ophthalmoscopique, qu'il n'existe aucune lésion importante de l'œil, on peut encore constater la simulation par un des procédés suivants :
lo Pendant que l'individu lit des deux yeux ouverts, on presse sur l'angle de l'œil prétendu amaurotique; si alors il accuse une image double, on peut être certain delà supercherie (Boisseau).
2° Un autre procédé, dû à Plet, consiste à faire voir par l'œil prétendu amaurotique un objet que le simulateur croit voir par l'œil qu'il avoue sain. On se sert pour cela d'une boîte rectangulaire fermée en haut par un verre dépoli et percée de deux trous par lesquels les yeux peuvent regarder le fond, d'ailleurs suffisamment éclairé. Sur ce fond sont placés deux miroirs inclinés sous un angle de 120 degrés, de manière à réfléchir en les entre-croisant, les images de deux objets faciles à reconnaître, placés aux deux coins ne la paroi supérieure de la caisse. Le simulateur, obligé de regarder avec ses deux yeux, verra alors les deux objets : l'un à droite, avec son œil gauche,Vaiuive à gauche Si\ec son œil droit. Obligé d'en sacrifier un, s'il se dit amaurotique de l'œil droit, il sacrifira naturelle-
ment celui qu'il voit à droite, et avouera qu'il voit celui qui se trouve à gauche; or, c'est précisément ce dernier qui est perçtt par l'œil prétendu amaurotique.
3" Le procédé de Javal consiste à interposer une règle entre les deux yeux du simulateur et à lui présenter une page d'impression ; celui-ci se laisse souvent prendre et lit les lettres que la règle ne laisse visibles que pour l'œil prétendu amaurotique.
La myopie est une maladie souvent simulée ou, pour mieux dire provoquée, car on sait qu'elle peut résulter de l'habitude d'employer des verres concaves dont on a graduellement augmenté la force. La myopie est un cas de réforme lorsqu'elle est portée assez loin pour que l'individu puisse lire à 30 centimètres de distance avec des verres concaves n^^ 3 et 4, et distinguer les objets éloignés avec des verres n° 5 1/2. La myopie peut être aisément constatée à l'aide d'un optomètre très ingénieux imaginé par Perrin du Val-de-Gràce.
Vhéméralopie est fréquemment simulée par les marins. On sait que cette afTection est caractérisée par une abolition complète ou incomplète de la vue pendant que le soleil est au-dessous de l'horizon. La simulation est, dans ce cas, très difficile à reconnaître. Nette^r propose cependant le procédé suivant, qui se recommande par sa simplicité. L'individu suspect étant enfermé dans une chambre obscure, on entr'ouvre une première fois graduellement la porte, jusqu'à ce qu'il déclare qu'il y voit. On la referme ensuite pour l'entr'ouvrir une seconde fois jusqu'à ce que l'individu déclare y voir. Si Théméralopie est vraie, le degré d'ouverture devra être le même, sinon il est probable qu'il sera plus fort dans un cas que dans l'autre.
2° Organe de l'ouïe. — La surdité complète ou incomplète, est souvent simulée. Quelque sourd que soit un individu, dit Legrand du Saulle, à moins que sa 'surdité ne soit due à une lésion profonde du nerf auditif, il perçoit les vibrations communiquées à l'oreille interne par l'intermédiaire des os du crâne ou par l'ébranlement du sol. Or, si un individu déclare ne pas percevoir le tic-tac d'une montre placée sur la région pariétale ou un choc vigoureux porté derrière lui sur le plancher et si, en outre, aucun signe ne vient indiquer une lésion intra-crànienne, il y a de fortes raisons pour croire que la surdité est simulée, et il faut dès lors chercher à découvrir
la simulation par divers stratagèmes. On a proposé pour cela l'emploi des anesthe'siques jusqu'à la période d'excitation, mais l'usage des anesthésiques est en général prohibé (Voyez page 287). Il est rare, du reste, que le simulateur soit assez persévérant pour résister aux épreuves qu'on peut lui ménager.
La surdi-mutité a été également simulée. Cette affection est toujours congénitale ou date d'une époque de la vie antérieure au développement du langage. Lorsque la surdité est postérieure à la naissance ou à l'époque que nous venons de désigner, elle n'est pas accompagnée de mutité; on peut donc! dire, avec Percy, tjue tout muet qui tire librement ]a langue et la meut est un imposteur. L'abbé Sicard a pu déjouer la ruse d'un individu se disant sourd-muet en lui faisant écrire quelques phrases sous sa dictée : « Il écrit comme il entend, au lieu que les sourds-muets ne peuvent écrire que comme ils voient. Au lieu cV écrire conduit, il a écrit quhonduit par quh, il met la lettre g à la place du c ; il a donc entendu, puisqu'il a appris que les gutturales ont le même son. »
On trouvera dans VInstruction que nous reproduisons dans le chapitre suivant la liste des nombreuses affections qui sont ordinairement simulées par les soldats dans le but d'échapper à la conscription ou d'obtenir leur réforme. C'est principalement devant les conseils de révision que se déroulent les cas les plus nombreux et les plus variés de simulation. Dans la pratique civile, ils sont plus rares et n'ont pas la même importance.
D'après Briand et Chaude, lorsqu'on se propose d'examiner un individu soupçonné de simulation, il faut d'abord chercher à résoudre les questions suivantes :
Si l'âge, le sexe, l'habitude extérieure, le terhpérament, le genre de vie de l'individu s'accordent avec la maladie qu'il dit avoir.
S'il peut exister un motif qui le porte à simuler une maladie.
S'il a pu se procurer sur cette maladie les notions nécessaires pour jouer habilement son rôle.
Mais nous dirons que, dans la constatation d'une maladie supposée simulée, l'expert doit s'attendre à tout, car on a vu des exemples de simulation chez des individus qui n'étaient
nullement intéressés à tromper, et que leur position et leurs antécédents plaçaient au-dessus du soupçon. L'exemple suivant, qui a été publié par Nysten, et souvent reproduit, en fournit un exemple, frappant.
« La fille Rouliez se plaignait que, depuis une chute qu'elle avait faite, l'urine avait cessé de prendre son cours par les voies naturelles, que cette évacuation était remplacée par des vomissements d'un liquide semblable à Turine et que le flux menstruel était également remplacé par des vp^misseraents sanguins. Les excréments prirent bientôt la même voie que les urines et les menstrues ; quelques mois plus tard, les urines et les règles se présentèrent à l'ombilic, où ils s'écoulèrent en abondance. Un grand nombre de médecins qui virent la malade n'élevèrent aucun doute sur la réalité de ces phénomènes. Boyer finit cependant par avoir quelques soupçons. Le 14 février 1808, on tint la malade au lit avec des gants blancs et on la fit surveiller, les phénomènes se produisirent néanmoins de la même manière pendant les trois jours suivants. Les soupçons ayant augmenté, on ferma entièrement la camisole que portait la malade et on lui fit mettre un caleçon cousu à cette camisole, de manière à faire un vêtement d'une seule pièce. On ne laissa à découvert que la région ombiHcale, et deux élèves furent placés en surveillance. La fille Rouliez se vit bientôt obligée de dire qu'elle ; avait simulé tous ses maux pendant les dix-neuf mois qu'elle avait passés à la Charité. »
Hésumé du chapitre VII
Les maladies simulées se rencontrent quand un individu veut se soustraire au service militaire, un prisonnier veut aller à l'infirmerie, un mendiant veut apitoyer le public sur «on sort, un fonctionnaire veut obtenir une retraite anticipée, s'assurer une rente viagère, etc.
On dissimule les maladies lorsqu'on désire s'assurer sur la vie, lorsqu'on veut entrer dans l'armée ou dans certaines écoles du Gouvernement, lorsqu'on veut éviter une retraite anticipée, etc.
L'épilepsie est, de toutes les maladies nerveuses, celle qui est le plus souvent simulée ou dissimulée.
Toutes les formes d'aliénation mentale peuvent être simulées ; mais la manie aiguë et la mélancolie avec stupeur sont celles qui tentent le plus souvent les simulateurs ; la première parce qu'elle répond très bien, par ses symptômes éclatants, à l'idée que le vulgaire se fait de la folie ; la seconde parce qu'elle est facile à simuler.
L'anestlîésie constitue le meilleur moyen de reconnaître la plupart des maladies simulées ; mais ce mode d'exploration n'est pas admis en médecine légale.
L'étude et la recherche des maladies simulées relève surtout de la médecine légale militaire à laquelle nous consacrons un chapitre spécial (voyez chapitre VIII).