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CHAPITRE PREMIER

LÉGISLATION. — Code pénal, Art. 301 . -- « Est qualifié empdisonnement tout attentat à la vie d'une personne, par l'effet de substances qui peuvent donner la mort plus ou moins promptement de quelque manière que ces substances aient été employées ou administrées, et quelles qu'en aient été les suites. >

Ctde pénal. Art. 302. — t Tout coupable d'assassinat, de parricide, d'infanticide ou d'empoisonnement, sera puni de mort. >

Code pénal. Art. 317. — § i. <! Celui qui aura occasionné à autrui une maladie ou incapacité de travail personnel, en lui administrant volontairement, de quelque manière que ce soit des substances qui, sans être de nature à donner lamort, sont nuisibles à la santé, sera puni d'emprisonnement d'un mois à cinq ans, et d'une amende de seize francs à cinq cents fiancs ; il pourra de plus être renvoyé sous la surveillance de la haute police pendant deux ans au moins et dix ans au plus. » — § 5. M Si la maladie ou incapacité de travail personnel a duré plus de vingt jours, la peine sera celle de la réclusion. » — § 6. a Si le coupable a commis, soit le délit, soit le crime spécifié aux deux paragraphes ci-dessus envers un de ses ascendants tels qu'ils sont désignés en l'article 312, il sera puni, au premier cas, de la réclusion, et au second cas, des travaux forcés à temps.

§ 1er. — Généralités sur l' empoisonnement et les poisons.

Le poison est toute substance qui, prise à Tintérieur ou appliquée à l'extérieur du corps, est capable de donner la mort, ou tout au moins de détruire ou d'altérer profondément la santé. L'empoisonnement est l'ensemble des symptômes produits par l'administration du poison ; il est défini par Tardieu « un état morbide accidentel qui résulte de l'action spéciale qu'exercent sur l'économie certaines substances minérales ou organiques délétères ».

Le poison ne diffère du médicament que par la différence des doses : le premier pervertit les fonctions, le second tend aies ramener à l'état normal. On confond souvent le poison avec les virus : le poison est une substance pondérable et éliminable, agissant suivant la dose, tandis que les virus ne sont pas éliminables et n'agissent pas proportionnellement à la dose.

Nous allons successivement considérer : 1° les voies d'introduction et d'absorption des poisons ; 2° la distribution des poisons dans l'organisme ; 3° l'élimination des poisons ; 4° la métamorphose des poisons. Nous étudierons ensuite les symptômes propres à chaque variété d'empoisonnement.

lo Voies d'introduction et d'absorption, — L'absorption d'un poison n'a lieu que lorsqu'il est mis en contact avec les éléments anatomiques ou qu'il peut se mélanger avec les humeurs, c'est-à-dire lorsqu'il se trouve à l'état gazeux ou soluble. Le poison peut être introduit dans l'économie par les voies suivantes :

A. Par l'ingestion gastro-intestinale ; c'est le procédé le plus ordinaire.

B. Par rinjection dans le torrent circulatoire. Ce procédé d'absorption, qui est le plus rapide, est généralement employé * par les physiologistes.

C. Par les voies respiratoires. Ce mode d'absorption, qui est spécial aux gaz et substances dissoutes dans des liquides dialysables, s'etîectue avec une grande rapidité.

D. Par la méthode endermique, qui consiste à appliquer le poison sur le derme, préalablement dénudé.

POISONS DANS l'organisme. 455

E. Par injection dans le tissu cellulaire sous-cutané {méthode hypodermique).

F. Par Yahsorption cutanée.

La voie d'introduction a une certaine importance en médecine légale. L'intoxication par les voies respiratoires ou par absorption cutanée est le plus souvent accidentelle (professions et industries insalubres), tandis que l'ingestion est le mode le plus fréquent de l'empoisonnement criminel.

La rapidité de l'absorption dépend non seulement du procédé d'introduction, mais encore de certaines conditions physiologiques. C'est ainsi que les individus affaiblis et à jeun absorbent plus rapidement les poisons que ceux qui sont robustes et en pleine digestion. Certaines substances peuvent, par leur action spéciale sur les capillaires, retarder Tabsorption ou atténuer ses effets. C'est ainsi qu'il est généralement admis que l'ingestion simultanée d'opium et de tartre stibié produit un effet inférieur à la somme des effets que produiraient séparément ces deux poisons. (Briand et Chaude.)

2° Distribution des poisons dans l'organisme. —

Les poisons se distribuent aux tissus en obéissant à une influence d'électiviié. Cette influence n'est pas encore très bien expliquée dans l'état actuel de la science ; Rabuteau a cependant pu formuler la proposition suivante que nous reproduisons sous toute réserve (1) : Une substance agissant sur des éléments anatomiques déterminés et se trouvant en circulation dans le sang impressionne d^autant plus vivement les organes composés de ces éléments anatomiques qu'ils sont plus irrigués. Cette loi n'a pas encore été démontrée pour toutes les substances toxiques, mais la proposition suivante, émise par le même auteur, est maintenant acceptée par tous les toxicologistes : les métaux sont d^autant plus actifs que leur poids atomique est plus élevé.

30 Élimination. — Les poisons s'éliminent principalement parles reins, puis par les glandes, les voies respiratoires et la peau. Les substances fixes sont généralement éliminées par les reins, tandis que les voies respiratoires éliminent les principes volatils. Les produits éliminés par les glandes salivaires sont le plus souvent réabsorbés. Le rôle éliminateur de la peau ei des muqueuses est moins important. La peau élimine ce-

1. Rabuteau, Éléments de toxicologie, p. 11, 1874. — Paris, SteinheiU

pendant les substances volatiles et gazeuses, et même les substances solides, car ses propriétés d'élimination sont plus grandes que ses propriétés d'absorption. Les glandes intestinales sont des organes puissants d'absorption.

La durée de Télimination a une grande importance en médecine légale, mais nos connaissances toxicologiques sont malheureusement très restreintes sur ce sujet. On sait que Télimination des alcaloïdes de Fopium commence environ une heure après Fingestion et devient complète au bout de trois jours, que les substances toxiques métalliques s'éliminent moins vite que les substances végétales, etc., mais ce sont là des données générales assez incertaines. Nous reviendrons sur les questions relatives à la durée de Félimination en étudiant chaque substance isolément ; mais nous ferons remarquer dès à présent que la loi ainsi formulée par M. Chatin : « la promptitude de V élimination est, chez les divers animaux, en raison inverse de la faculté de résister au poison », n'est nullement confirmée par les faits.

4° Métamorphoses. — Certains principes subissent dans l'organisme des transformations qui reviennent soit à des oxydations, soit à des réductions ou à des dédoublements. Nous empruntons à Rabuteau le tableau suivant, qui contient les noms des principales substances qui subissent des métamorphoses dans l'organisme.

Les sulfures qui se transforment en sulfates.

Les hyposulfites sulfates.

Les sulfites sulfates.

Les cyanates de potasse et de soude carbonates de potasse et de soude.

Les acétates, tartrates, malates, citrates alcalins carbonates alcalins.

Les formiates, valérianates, quinates, méconates, fumarates, aconi-

tates alcalins carbonates alcalins.

Les acides succiniques, succinates

alcalins carbonates alcalins.

Le ferricyanure de poiassiuni ferrocyanure.

Le perchlorure de fer proiochlorure.

Leshypochlorites chlorures.

Les iodates iodures.

Les bromates bromures.

Les séléniates acide sélénbydrique.

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