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SIGNES TIRÉS DES LÉSIONS ANATOMIQUES

•d'une altération plus ou moins profonde des fonctions circulatoire et respiratoire, et enfin de dé"Sordres du système nerveux.

D'après les symptômes, on peut distinguer trois variétés d'empoisonnement : un empoisonnement aigu, un empoisonnement subaigu et un empoisonnement chronique. Dans le premier, la mort survient au bout de quelques heures et même de quelques minutes ; dans le second, les symptômes ^présentent des rémittences et des alternatives diverses, et la termi- ]iaison heureuse ou funeste, n'a lieu qu'au bout de quelques jours ; quant à l'empoisonnement chronique, il se montre ordinairement à la suite de l'exercice de certaines professions insalubres et appartient plutôt à l'hygiène qu'à la médecine légale. Nous n'avons pas besoin de dire que tous les faits transmis par l'histoire et la légende concernant les poisons lents ne méritent aucun crédit.

2° Signes tirés des lésions anatomiques. — Les lésions pathologiques varient suivant les espèces d'empoisonnement, et il est très difficile d'en généraliser l'étude. On rapportait autrefois tous les symptômes de Tempoisonnement à Tinflammation. Tout en accordant aux lésions inflammatoires une large place dans l'anatomie pathologique de Tempoisonnement, il faut bien reconnaître que les lésions consécutives à l'absorption du poison ont une importance considérable. Ces lésions s'observent surtout dans le foie qui peut être considéré comme le confluent de toutes les substances absorbées dans les voies digestives. La stéatose du foie et des reins et les diverses albuminuries dites toxiques sont des lésions qui semblent appelées à jouer un rôle important dans l'anatomie pathologique des empoisonnements.

Dans l'interprétation des symptômes et des lésions, l'expert doit se tenir en garde contre les causes d'erreur, et surtout éviter d'attribuer à l'action du poison ce qui serait le résultat dune maladie spontanée. Nous reviendrons plus loin sur ce point important.

30 Signes fournis par la chimie. — Ce sont les plus probants, et leur étude constitue un des chapitres les plus importants de la science médico-légale.

4o Examen microscopique des matières vomies. —

L'examen des matières vomies à l'aide du microscope présente également une grande importance. La figure ci-dessous indique les éléments que l'on rencontre le plus souvent dans les matières vomies.

Fig. 3. — Éléments que l'on rencontre le plus fréquemment dans les matières vomies, (d'après Eichhorst). m, fibres musculaires. — e, épilhélium buccal. — p.cel Iules végétales. — b, bactéries et filaments de leptothrix. — /", gouttelettes graisseuses. — s, granulations amylacées. Gross* 275 diamètres.

5o Expérimentation physiologique. — Dans les recherches de chimie légale, la découverte des poisons minéraux n'offre pas en général de grandes difficultés. L'expert nommé

par la justice retrouve sûrement les plus faibles traces de plomb, de mercure, de cuivre, d'arsenic, etc. ; au point de vue technique, les résultats de son travail sont irréfragables.

Mais lorsque la mort est le fait d'un empoisonnement par les alcaloïdes végétaux, il peut arriver que les réactions chimiques qui servent à caractériser cette sorte de poison ne présentent pas toute la netteté désirable et qu'il reste quelques doutes sur la nature du toxique qui a agi.

On sait, en effet, que les réactions chimiques qui différencient entre eux les alcaloïdes végétaux consistent surtout en colorations spéciales que prennent ces divers alcaloïdes sous Faction des oxydants énergiques ou des acides concentrés. Or ces colorations sont peu fixes par elles-mêmes, et, ce qui est plus grave, elles varient profondément de teinte en présence de faibles traces d'impuretés. Il résulte de là qu'elles n'éclairent pas toujours suffisamment l'opérateur et qu'elles le conduisent alors à des probabilités plutôt qu'à des certitudes.

D'autre part, on constate que la méthode indiquée par les savants pour procéder aux expériences physiologiques ne donne que des indications incomplètes sur la nature même du poison ingéré parce qu'on manque dérègles précises pour l'employer, qu'on ignore la quantité de toxique nécessaire pour produire tel phénomène déterminé, et que dans cette ignorance on fait parfois agir sur l'animal des doses de poison qui le tuent d'une manière foudroyante. On a vu même dans quelques occasions se produire des effets opposés à ceux qu'on s'attendait à obtenir.

Pendant le cours des nombreuses expertises médico-légales qui ont été confiées àMM. Boutmy et G. Bergeron dans ces dernières années, il est arrivé plusieurs fois à ces expérimentateurs de se trouver en présence d'alcaloïdes n'ayant fourni à l'analyse chimique que des résultats dont la netteté laissait à désirer. Ils ont cherché alors à contrôler ces réactions par des essais physiologiques, et à cette occasion ils ont entrepris de déterminer les conditions les plus favorables au succès de ce mode de recherches.

1^ Nous, résumons les travaux de MM. Boutmy et Bergeron ^ ■L Lorsqu'on étudie les ouvrages de toxicologie dans lesquels ^Bn traite de l'expérimentation physiologi'que, on y relève que

^^ 1. Annales d'hyg. et de méd., 1" série, t. III, 1880.

les essais tentés jusque dans ces derniers temps avaient principalement pour but, soit de de'montrer que la substance retiréedu cadavre était un poison, soit de caractériser, en dehors de Texamen chimique le poison, rencontré par les phénomènes qu'il détermine chez l'animal ^.

Il est superflu d'insister sur la valeur du premier de ces deux résultats, quant au second, il ne nous paraît pas suffisant, lorsqu'il est isolé, pour permettre à l'expert de conclure que la mort a été le résultat d'un empoisonnement par tel alcaloïde déterminé. Ainsi le ralentissement des battements du cœur ne caractérise pas uniquement la digitaline ; il existe d'autres poisons qui déterminent le même effet. Les convulsions tétaniques avec intervalles de rémittence, hjpéresthésie, etc., ne sont pas exclusivement provoquées par la strychnine, la brucine les amène également ; l'atropine, l'hyoscyamine, la daturine dilatent toutes la'pupille, etc.

Par ces exemples, dont il nous parait inutile d'augmenter le nombre, l'on voit qu'il ne faut pas demander plus qu'un renseignement complémentaire à l'expérimentation physiologique ; en un mot, que ses résultats ne doivent qu'ajouter une preuve nouvelle aux preuves déjà acquises par l'analyse chimique.

La question ainsi ramenée sur son véritable terrain, voici, les conditions dans lesquelles les recherches physiologiques doivent être exécutées pour arriver à un bon résultat.

Lorsque la base a été isolée des viscères, soit par la méthode de Stass, soit par celle d'Otto ou de Draggendorff, il faut la transformer en sulfate en la dissolvant dans la plus petite quantité possible d'acide sulfurique au centième. On amène ensuite, par addition progressive d'eau distillée, la solution sulfurique au volume de 10 ou 20 centimètres cubes, suivant qu'elle paraît riche ou pauvre en toxique, ce que les réactions chimiques ont indiqué d'une manière suffisamment précise.

A l'aide d'une pipette graduée, on enlève 2, 3 ou 4 centimètres cubes de liquide à la masse totale, et on les met à part dans un vase à saturation pour servir à doser exactement la quantité d'alcaloïdes qu'ils renferment.

1. Tardieu, Relation médico-légale de l'affaire Couiy de la Pommerais, Empoisonnement par la digitaline. (Ann. d'hyg., 1864, 2« série, t. XXII, p. 20.;

Ce dosage a lieu soit par le procédé Majer, soit par tout autre procédé chimique sensible et éprouvé.

On sépare alors en trois portions égales le reste de la solution sulfatée.

La première portion de liqueur est consacrée à établir chimiquement la nature de l'alcaloïde qu'elle contient. Cette détermination s'opère à l'aide des réactifs généraux et particuliers mentionnés dans les traités de toxicologie.

Quand la nature chimique du toxique existant dans les viscères est connue, on contrôle l'exactitude des résultats obtenus à l'aide d'essais comparatifs faits sur une solution de même richesse alcaloïdique que la précédente et qu'on a préparée à cette intention avec un sulfate pur, de même base, qu'on dissout dans 10 ou 20 centimètres cubes d'eau distillée.

La quantité de sulfate à introduire dans cette liqueur est indiquée par le tirage qu'on a fait au commencement des expériences sur les 2, 3 ou 4 centimètres cubes qui ont été placés dans le vase à saturation.

Comme précédemment, un tiers de cette liqueur est traité par les réactifs qui ont servi à caractériser l'alcaloïde trouvé dans les viscères ; et, si l'on n'a pas fait d'erreur, les essais auxquels on se livre donnent à peu de chose près les mêmes réactions chimiques que le poison existant dans le cadavre.

C'est seulement lorsqu'on est parvenu à ce résultat important qu'il convient de procéder aux expériences physiologiques.

A la la suite des nombreux essais que nous avons exécutés, nous avons reconnu que ces expériences doivent être amenées simultanément :

1° Avec la deuxième portion de liqueur contenant l'alcaloïde retiré des viscères ;

.2*> Avec le deuxième tiers de la solution du sulfate alcaloïdique pur préparé au laboratoire pour servir de terme de comparaison.

Comme les alcaloïdes sont toxiques à faible dose, qu'ils se diffusent dans l'organisme et que, de plus, dans toute expertise médico-légale, on ne peut disposer que d'une partie des organes afin de réserver les matières nécessaires à la contrepartie qui peut être demandée, il résulte de laque le plus ordinairement la quantité d'alcaloïde isolée est très faible.

Dans la plupart des cas on ne peut donc expérimenter sur

de gros animaux tels que des chiens, par exemple, sur lesquels on n'obtiendrait pas d'effet sensible. On a recours alors aux lapins, aux cobayes et aux grenouilles. Ce dernier animal peut être considère' comme un réactif d'une grande sensibilité.

Il ne faut point ingérer le poison, mais employer la solution sulfatée par injections sous-cutanées, soit à l'aide d'un tube de verre filé, soit par l'intermédiaire d'une seringue de Pravaz. L'endroit où a lieu l'introduction n'est pas indifférent ; le bas des reins ou le haut des cuisses doivent être préférés pour éviter d'atteindre quelque organe essentiel. On dirige toujours le trocart de l'instrument dans une direction qui s'éloigne du centre abdominal et l'on a le soin de ne pénétrer jamais que dans le tissu cellulaire.

Toute expérience tentée sur un animal avec la solution sulfatée du toxique retiré des organes doit être exécutée simultanément sur un animal de [même poids et de même taille avec la solution tirée du sulfate pur, de même base, préparé au laboratoire.

Il est indispensable que les deux injections soient faites avec des doses égales des poisons à comparer.

Les quantités de sulfates toxiques employées doivent être toujours très faibles, afin de ne pas amener la mort rapide des animaux. On commence en général par injecter une goutte de la solution dans le tissu cellulaire, puis on attend qu'un phénomène quelconque se produise. Ordinairement, c'est après quinze ou vingt minutes que l'effet du toxique se manifeste. S'il y a identité entre le poison retiré du cadavre et celui avec lequel onle compare, on constate également l'analogie la plus complète dans les effets produits. Pour rendre l'observation plus facile on peut, quand on se sert de grenouilles, fixer les pattes de derrière des animaux sur une plaque de liège qui les immobilise. On étiquette soigneusement chacune des deux plaques employées.

Quand la première goutte de solution toxique n'a amené aucun trouble perceptible à l'extérieur, on en injecte une seconde, puis une troisième, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on observe une action manifeste.

Alors, montre en main, on suit attentivement les deux animaux intoxiqués comparativement en notant avec soin la succession des phénomènes auxquels donne lieu le poison employé.

Il n'est pas nécessaire d'arriver par ces additions successives jusqu'à faire périr l'animal, car le nombre des phénomènes observe's teint sur celui qui a été intoxiqué par le poison type que sur celui qui l'a été par le poison retiré des viscères est suffisant pour fournir les éléments d'une conclusion précise. Cependant cette mort même peut amener un nouvel enseignement en permettant l'étude supplémentaire de l'état dans lequel se trouvent les organes. On observe par exemple si le cœur est en diastole ou en systole ; si les poumons sont congestionnés, etc.

En tout cas, et ceci est un renseignement à noter, en opérant avec les mêmes soins, sans négliger aucune des précautions que nous avons indiquées, si la mort survient, elle a lieu après un temps égal (de deux à douze heures) chez les deux animaux soumis à l'expérience.

L'emploi de doses de toxiques toujours faibles et graduellement croissantes en comparaison avec un poison type constitue le côté nouveau de notre méthode d'investigation par voie physiologique.

Si l'on se reporte aux traités de toxicologie connus, l'on voit, en effet, que les animaux intoxiqués l'ont constamment été par des doses de poison qui ont amené la mort dans un temps trop court pour permettre l'observation graduelle des phénomènes qui ont précédé cette mort.

C'est une lacune que nous avons comblée. En opérant comme nous l'avons indiqué, l'animal devient en quelque sorte un réactif nouveau dont les indications donnent à celles fournies parla chimie une valeur de beaucoup plus absolue.

On peut, du reste, répéter un grand nombre de fois les essais avec la deuxième portion de liqueur ; et si celle-ci vient à s'épuiser, on a recours à la troisième portion, qui aétémisfr à part dans ce but.

Il peut arriver que la quantité d'alcaloïde toxique retirée des organes soit si faible qu'il devienne impossible d'opérer le titrage de la solution sulfatée de cet alcaloïde.

Quand ce cas se présente, voici comment on tourne la difficulté :

La portion de solution destinée aux expériences physiologiques est fractionnée en deux parties. Avec l'une on fait un premier essai sur une très petite grenouille. On note minute par minute les accidents qui surviennent. L'autre partie est

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mise en réserve pour parer aux accidents imprévus et pour pouvoir au besoin re'péter l'expérience.

Ceci fait, en se basant sur les résultats de l'analyse chimique qui a fait connaître la nature de l'alcaloïde trouvé dans les viscères, on prépare une solution sulfatée pure du même alcoïde, puis on injecte sous la peau d'une seconde petite grenouille quelques gouttes de cette solution. Des accidents beaucoup plus énergiques que ceux obtenus dans la première expérience se manifestent. Alors on prépare avec le poison type des solutions cinq fois, dix fois moins actives ; on injecte à d'autres grenouilles toujours de petite taille d'abord cinq gouttes, puis dix gouttes, etc., du toxique et l'on multiplie ces essais jusqu'à ce qu'on arrive par ces tâtonnements successifs à reproduire sensiblement les accidents observés chez la première grenouille ; le but se trouve ainsi atteint et l'on peut par suite conclure à l'empoisonnement avec la même certitude que lorsqu'on emploie la méthode que nous avons précédemment décrite.

En opérant comme il vient d'être indiqué on peut évaluer avec une certaine approximation la quantité d'alcaloïde existant dans la solution provenant des viscères.

L'étude de l'action physiologique des poisons ne doit jamais être négligée lorsqu'on constate dans la solution provenant des organes les caractères provenant d'une base organique.

L'expérience doit être faite suivant des règles rigoureuses et avec une précision que nécessite la faible quantité de substance dont on peut disposer.

Il est certain que par le résultat de l'expérience physiologique on ne pourra jamais, en l'absence des réactions chimiques caractériques, affirmer avec une' certitude absolue qu'il y a eu empoisonnement ; mais on aura par le fait de l'expérience ajouté aux réactions chimiques une preuve qui sans être de même ordre n'en a pas moins une grande valeur.

L'importance des essais tentés sur les animaux s'est de beaucoup accrue depuis les travaux de Selmi, Brouardel et Boutmy, qui ont découvert que des alcaloïdes très vénéneux (ptomaïnes) et présentant le plus souvent les réactions chimiques des alcalis végétaux (strychnine, vératrine, morphine, etc.), peuvent se développer dans les cadavres par le fait de la putréfaction.

Nous reviendrons sur les ptomaïnes en traitant de l'extrac-

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