‹ Manuel de médecine légaleChapitre 225 sur 353 · Annales d'hygiène, mars · texte numérisé non relu

Annales d'hygiène, mars

parlé, celle qui peut donner lieu à là plus grande incertitude. «Nous ne connaissons pas, dit Tardieu, de ressemblance plus saisissante que celle qui existe entre le choléra épidémique foudroyant et l'empoisonnement aigu par Farsenic ; dans Tua et l'autre, vertiges, troubles des sens, abattement profond^ anxiété épigastrique, soif, crampes, refroidissement général, suppression des urines. Dans tous les cas cependant, l'apparition de la cyanose et le caractère bien tranché des évacuations cholériques feraient cesser toute confusion. » La diarrhée riziforme est en effet le symptôme caractéristique du choléra,

§ 4. — Des poisons naturellement contenus dans l'organisme et pouvant y être introduits à titre de médicaments ou d'aliments.

La découverte d'une substance vénéneuse dans un cadavre n'est pas toujours une preuve d'empoisonnement, car plusieurs circonstances peuvent légitimer la présence de cette substance dans le cadavre. Mais ces circonstances sont beaucoup plusrestreintes qu'on ne le croit généralement et ont été exagérées à dessein par la défense. C'est ainsi qu'on avait affirmé que Varsenic existait dans le corps de l'homme à l'état normal, tandis qu'il est aujourd'hui démontré qu'il n'en est rien.

Quelques chimistes ont émis l'opinion que le cuivre et le plomb existaient à l'état normal dans l'économie ; mais il résulte des observations de Barse et Chevalier, que si l'on rencontre presque toujours dans le corps humain du plomb, la présence de ces deux métaux n'est nullement inhérente à l'économie, qu'il est des individus chez lesquels il n'en existe pas et qu'il paraît constant qu'ils sont introduits en même temps que les boissons, les aliments et l'air inspiré. Mais il est évident que lorsqu'un composé de cuivre et de plomb se trouve en quantité notable dans les voies digestives, il ne provient ni des aliments, ni des boissons.

A ce propos voici les quantités de cuivre normal qui ont été trouvées par MM. L'Hôte etBergeron dans le foie et les reins de

plusieurs cadavres :

Cuivre dose Minima Maxima

Sur 11 individus de 26 à 58 ans Og.OOl 0g.0007

1 — 78 ans Og.0015

6 fœtus traces

POISONS CONTENUS DANS l'ORGANISME. 469

En ce qui concerne le fei\ Orfila a indiqué un procédépour distinguer lorsque la présence de ce métal est due à un empoisonnement. On agit sur les organes'avec de Teau aiguisée d'acide acétique qui dissout les sels de fer de l'empoisonnement, tandis qu'elle n'attaque pas le fer normalement contenu dans l'organisme,

11 peut arriver qu'une substance toxique ayant été administrée dans un but thérapeutique, l'analyse chimique révèle la présence de cette substance et fasse croire à un empoisonnement. « L'expert, dit Tardieu, peut trouver dans cette circonstance, une cause réelle d'embarras. Toutefois, il ne lui sera peut-être pas toujours impossible d'y échapper. En premier lieu, il sera le plus souvent facile de s'éclairer par les témoignages et les dépositions sur le fait même et sur les conditions du traitement médical suivi. Il y aura alors à en apprécier l'opportunité, à en chercher très scrupuleusement les formules et le mode d'emploi, à en apprécier l'action ; enfin et surtout à en préciser l'époque et la durée. Il est arrivé plus d'une fois, en effet, que Ton a invoqué comme origine du poison, une médication très éloignée tout à fait temporaire et ayant cessé depuis longtemps. L'expert ne se laissera pas induire en erreur, il comparera ces données avec ce qu'il sait de réiimination des substances vénéneuses et du temps qu'elle met à s'opérer ; et il ne lui arrivera pas de laisser dire devant lui, comme on Ta fait dans une affaire célèbre, où la présence d'un composé vénéneux saturnin était constatée dans un cadavre, que l'administration de lavements d'acétate de plomb dix-huit mois avant la mort, devait être prise en sérieuse considération. En résumé, à moins de circonstances qui devront se rencontrer rarement, le remède pourra être distingué du poison et, plus sûrement encore, la médication de l'empoisonnement. »

Il nous paraît nécessaire de revenir ici sur les intoxications professionnelles qui peuvent compliquer parfois les questions d'expertise médico-légale. On sait, en effet, que certains individus absorbent en travaillant des poussières dangereuses et qui peuvent s'accumuler dans l'organisme. On comprend alors combien il est prudent pour l'expert, avant de prendre ses conclusions, de s'entourer de tous renseignements à l'égard du modus Vivendi de la victime présumée de l'empoisonnement. Et pour donner une idée nette de l'importance de cette ques--

tion nous citerons le fait suivant qui a été observé dans ces dernières années par Gallard et Boutmy.

Il s'agissait d'un sieur G..., mort peu de temps après l'absorption d'un breuvage inconnu qui lui avait été remis par une femme X..., pour le délivrer de coliques violentes.

Les experts procèdent à l'analyse des viscères et organes r ils rencontrent dans ces matières les quantités suivantes de

plomb :

Plomb métallique 0/0

Rein 0g,060 »

Foie 0 ,020

Rate 0 ,054

Cerveau 0 ,0i0

Contenu de l'e&lomac 0, 018

En présence de ce résultat, on pouvait être porté à croire qu'il y avait eu empoisonnement parle plomb. Et ce qui venait à l'appui de cette manière de voir, c'est que les gencives du sieur G., présentaient sur leur bord libre le liséré bleuâtre caractéristique de l'intoxication saturnine. Mais en l'absence du plomb dans les restes du breuvage absorbé par le sieur G...^ et en raison de ce que ce dernier était peintre en bâtiments,, voici comment conclurent les experts :

« Si Ton rappelle les divers accidents que cet bomme a éprouvés pendant sa vie, on ne peut s'empêcher de reconnaître que, soumis par sa profession à un contact incessant avec des préparations à base de plomb, il a absorbé une grande quantité de cet agent toxique, et qu'il en a ressenti les effets, puisqu'il a été atteint de plusieurs états maladifs dus à l'intoxication saturnine chronique. Arrivée à ce degré, cette intoxication peut certainement causer la mort ; mais il suffit de se reporter aux derniers symptômes éprouvés par cet individu pour reconnaître que telle n'est pas la cause véritable immédiate de sa mort et pour l'attribuer bien plutôt à un vaste ulcère qui occupait une grande partie de l'estomac. Cette ulcération, qui s'était développée en dehors de toute influence toxique, avait causé les douleurs abdominales, les vomissements incessants, les troubles de digestion qui ont marqué les derniers moments de la vie.

D'où nous concluons :

1° Que la mort du sieur G... est naturelle et qu'elle a été causée par ulcération simple de l'estomac etc.. »

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