‹ Manuel de médecine légaleChapitre 229 sur 353 · TERRAIN DANS LEQUEL LE CADAVRE A ÉTÉ INHUMÉ · texte numérisé non relu

TERRAIN DANS LEQUEL LE CADAVRE A ÉTÉ INHUMÉ

La nature du terrain dans lequel le cadavre a été inhumé peut donner lieu à des considérations me'dico-légales importantes. On a prétendu que l'arsenic contenu naturellement dans les terrains pouvaient pénétrer dans les corps inhumés et rendre impossibles les constatations chimiques. Mais il faudrait, pour appuyer cette proposition, prouver que le composé arsenical contenu dans le sol est soluble, et il a été parfaitement démontré par Orfila, Barse et autres chimistes, que ce composé est insoluble dans les circonstances ordinaires et qu'il ne devient soluble que sous l'action combinée de l'acide sulfurique et d'une haute température.

On a prétendu également que l'ammoniaque développée par la putréfaction peut convertir le composé arsenical insoluble en un composé soluble (arsenite ou arséniate d'ammoniaque) ; mais l'expérience a démontré que les terrains arsenifères des cimetières, où des milliers de cadavres s'étaient putréfiés, ne fournissaient à l'analyse que de l'arsenic insoluble *. On peut

1. Depuis plus de trois ans, Venaud était inhumé dans le cimetière de la Maurelle, et depuis dix-huit mois la femme Goubinel avait été enterrée dans celui de Cazeneuve, lorsqu'une instruction criminelle fut dirigée centrales époux survivants, qui s'étaient mariés ensemble au bout de neuf mois, L'exhumation eut lieu : l'un et l'autre cadavre fournirent de l'arsenic ; et il fut reconnu que l'un et l'autre cimetières étaient arsenifères. Considérant que le cercueil de la femme Goubinel était parfaitement clos et conservé, que le suaire et les vêtements épais avec lesquels, contre toute habitude, cette femme avait été inhumée étaient parfaitement intacts, les experts conclurent que le poison dont ils avaient constaté la présence était bien de l'arsenic toxique. Quant à Venaud, dont le cercueil était pourri et effondré, de manière que la terre était mêlée aux détritus cadavériques, ils n'osèrent exprimer qu'un doute. Le ministère public invoqua les lumières de M. Barse. L'arsenic des terres, dit ce chimiste, ne s'y montre qu'à l'éiai d'insolubilité ; donc, l'arsenic des terres, en quantité, du reste, très minime ne peut se communiquer par le moyen des infiltralions aux corps que ces terres environnent; donc, si ces corps renferment de l'arsenic, il leur est propre et non point communiqué. A la vérité on a émis, dans la science, l'opinion que l'arsenic des terres, généralement insoluble, pouvait peut-être devenir soluble sous l'iinfluence de certains agents naturels dont le hasard ou des circonstances particulières pourraient, à la rigueur, amener la présence. C'est une erreur ; et dans l'espèce, les terrains arsenifères des cimetières de la Maurelle et de Cazeneuve n'ont fourni de l'arsenic que sous l'action combinée de l'acide sulfuriqae et d'une haute température. On peut donc poser en principe que l'arst^nic des terres est insoluble sous l'influence de tous les agents naturels ; l'arsenic retiré des restes de Venaud est facilement soluble ; l'empoisonnement est donc incontestable à l'égard de Venaud comme à l'égard de la femme Goubinel. (Cour d'assises de Lot-ei-Garonne, 1851. Briand et Chaude, 9« édition). Un exemple analogue a été fourni pac l'affaire Pel (Cour d'assises de la Seine, 1885) et par l'affaire X... au Havre où trois personnes

donc dire que, quelles que soient les circonstances, Varsenic ne passe pas du terrain dans le corps inhumé.

La même question a été soulevée à propos du mercure. « Comme l'élimination de ce sel est assez lente, disent Briand et Chaude, il en résulte que les terrains des cimetières peuvent en contenir souvent, et que l'analyse doit en être faite avec circonspection. C'est une des objections les plus plausibles que puisse faire l'accusé dans une affaire d'empoisonnement par le calomel et le sublimé. M. Schutzenberger, appelé par la défense dans l'affaire de Martin Réau (Cour d'assises des Deux-Sèvres, décembre 1866), a soutenu que la présence du mercure dans les parties examinées pouvait dépendre du terrain et n'avait aucune valeur décisive ; mais l'examen des planches de la bière, qui ne contenaient du poison que dans les parties déclives, fut pour l'expert la preuve que le mercure Tenait du corps, et du corps seul. On peut d'ailleurs affirmer que si le mercure se trouve en quantité notable dans les cimetières des grandes villes, il manquera le plus souvent dans les cimetières de village, où la syphilis est plus rare*et souvent n'est pas traitée ».

La substance vénéneuse peut-elle être dissoute et entraînée par les eaux dans les terrains d'inhumation au point de ne plus être reconnaissable dans le cadavre? Quoique la décomposition putride puisse transformer le corps en une sorte de cambouis, on retrouvera toujours des traces du poison, du moins, lorsque ce poison est de nature minérale dans le résidu du cadavre et dans les couches de terre les plus voisines.

§ 6. — Des différentes espèces d'empoisonnement. Classification des poisons.

Les poisons les plus employés sont ceux que leur usage dans la médecine et dans les arts donne les moyens de se procurer facilement, mais le nombre de ces poisons est très restreint, eu égard à la quantité de substances qui possèdent des propriétés vénéneuses. C'est ainsi que, dans six cent dix-sept empoisonnements criminels relevés pendant une période de douze

•employées dans une pharmacie ont succombé à un empoisonnement arsenical -(Cour d'assises de la Seine-Inférieure, 1889).

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