IV. — Irritants MÉCANIQUES
Rriand et Chaude placent à côté des irritants drastiques, certaines substances qui, quoique n'ayant pas d'action toxique par l'action locale et irritante qu'elles exercent sur le tube digestif, peuvent déterminer des accidents et sont souvent administrées par des mains criminelles. Nous citerons, parmi ces substances, le verre, les épingles, les aiguilles, les pièces de monnaie, etc.
10 Verre. — Réduit en une poudre fine et ingéré en même temps que les aliments, le verre est à peu près sans danger ; mais en poudre grossière il peut provoquer des accidents plus ou moins graves et le danger augmente en raison du volume et de la forme plus ou moins anguleuse des fragments.
On sait que, aux yeux du public, l'ingestion de verre pilé est considérée comme mortelle, et cette croyance a été le point de départ de plusieurs tentatives d'empoisonnement restées sans effet. Mais quelle qualification faut- il donner au fait d'avoir administré du verre pilé dans l'intention de causer la mort ■? La jurisprudence a rendu sur ce point des arrêts contradictoires. En 1826, la femme Livret, traduite devant la Goiir d'assises du Loiret, pour un attentat de ce^enre, fut acquittée, parce qu'il fut démontré par la défense que le verre pilé n'est pas un poison. En 1847, Collet, qui avait tenté d'empoisonner son enfant avec du verre pilé, fut condamné par la Cour de l'Yonne aux travaux forcés à perpétuité.
2° Épingles, aiguilles. — Introduits dans les voies digestives, ces corps peuvent déterminer des accidents sérieux ; mais ils cheminent le plus souvent avec les aliments et vont sortir avec les déjections sans donner lieu à des symptômes
graves. D'autres fois, ils s'arrêtent dans le tube intestinal et déterminent des douleurs permanentes dont la cause reste inconnue. D'autres fois encore, ces corps viennent poindre sous la peau, après avoir séjourné longtemps dans l'organisme.
OUivier d'Angers, ayant à déterminer, à l'occasion d'une accusation de tentative d'homicide sur un enfant de deux ans et demi, quelles conséquences pouvait avoir l'introduction dans les voies digestives de cet enfant d'un certain nombre d'épingles que la fille Rosa Mélanie S... lui avait fait avaler, a conclu, des divers faits de ce genre rapportés par les auteurs, que la terminaison funeste est une exception. „
DEUXIÈME CLASSE. — Poisons hyposthéntsants.
Tandis que les symptômes des poisons corrosifs se rapportent presque toujours à l'irritation locale et à l'inflammation, ceux produits par les poisons hyposthénisants sont caractérisés par une dépression rapide et profonde des forces vitales et des accidents tout à fait disproportionnés avec les effets locaux. Après quelques symptômes aigus, qui sont loin d'être aussi prononcés que ceux causés par les irritants, on observe des vomissements de matière glaireuse, une gande oppression, une soif ardente, l'absence d'urine, le météorisme du ventre et un état syncopal caractéristique. Ces symptômes se rapprochent de ceux produits par certaines affections spontanées, telles que l'indigestion grave et le choléra.
La classe des hyposthénisants comprend l'arsenic, le phosphore, Je sublimé corrosif et les autres sels de mercure, les sels de cuivre, Vémétique, le nitre, le sel d^oseille, la digitale, la ciguë et leurs principes extractifs.
10 Arsenic. — Cette substance redoutable a été de tous temps employée dans l'empoisonnement criminel. C'est à l'aide de l'acide arsénieux, que le pape Alexandre VI et sa fille, la trop célèbre Lucrèce Borgia, commirent les nombreux crimes qui leur sont imputés. Dans ce siècle, l'arsenic a fait un nombre considérable de victimes ; sur 617 empoisonnements criminels observés en France de 1851 à 1864, 232 ont été causés par cette substance (Tardieu).
Ces faits justifient pleinement l'importance qu'on accorde, en médecine légale, à cet empoisonnement et les mesures