‹ Manuel de médecine légaleChapitre 237 sur 353 · ARSENIC · texte numérisé non relu

ARSENIC

administratives prises par l'autorité pour empêcher la vente du poison. D'après les ordonnances du 26 octobre 1846 et du 28 mars 1848, l'arsenic et ses composés ne peuvent être vendus par les pharmaciens que combinés avec d'autres substances (si ce n'est pour Tusage de la médecine), et les formules de ces préparations ont été rédigées parles professeurs de l'Ecole de pharmacie, pour celles qui servent à la destruction des animaux nuisibles et par les professeurs de l'Ecole d'Alfort pour celles qu'on emploie dans la médecine vétérinaire. La vente de l'arsenic et de ses composés est interdite pour le chaulage des grains, Tembaumement des corps et la destruction des insectes. Depuis l'application de ces mesures, le chiffre des empoisonnements par l'arsenic a considérablement diminué ; ce chiffre, qui atteignait 35 pour l'année 18ol, est descendu à 3 en 1860 1.

C'est le plus souvent l'acide arsénieux qu'emploient les criminels. Cette substance se prête d'autant plus à leurs desseins qu'elle est incolore et n'a qu'une saveur peu prononcée qui permet de la mélanger aux aliments solides ou liquides sans produire de changements notables. 11 est difficile de déterminer d'une manière précise la dose nécessaire pour produire l'empoisonnement. Abstraction faite de l'habitude (arsénicophages) 2^ on peut admettre avec M. Lachèse, que 6 milligrammes d'acide arsénieux peuvent produire des accidents légers, 1 à 3 centigrammes des symptômes d'empoisonnement, 5 à 10 centigrammes, la mort.

Le poison arsenical est toujours administré par les voies digestives dans les empoisonnements criminels, mais il peut être absorbé par les plaies (emploi des caustiques arsenicaux), parla peau (pommades), par les voies respiratoires (poussières,

i. La vente de l'arsenic, interdite aux pharmaciens, est permise dans l'industrie et donne lieu à de fréquents accidents (affaire de Villeneuve, empoisonnement d'un grand nombre d'individus à Hyères par des vins arseniqués, 1888).

2. En i8G4, deux médecins anglais, MiM. Craig Maclagan et Rutter, s'étaient rendusen Syrie afin d'obtenir quelques renseignements authentiques sur les arsénicophages. Il s'adressèrent à Sigisi au docteur Knapp qui put découvrir deux individus qui prirent en présence des deux docteurs anglais, le premier 23 et le second 30 centigrammes d'acide arsénieux. On examina avec soin leur bouche afin de se prémunir contre la simulation et leurs urines furent conservées ; elles furent plus tard analysées à Edimbourg et on trouva une quantité notable d'arsenic.

En 1875, le docteur Knapp a présenté au congrès des naturalistes allemands, à Gratz, deux individus qui prirent, le premier 25 centigrammes d'orpiment et le second 30 centigrammes d'acide arsénieux. (Archives gén, de méd., janvier 1876).

papiers peints, etc.). On cite quelques cas dans lesquels le poison a été introduit par la muquese vaginale et, d'après Zacchias, Ladislas, roi de Naples, aurait été empoisonné par son membre viril qui aurait absorbé de Facide arsénieux introduit dans le vagin de sa maîtresse.

Nous allons d'abord étudier l'intoxication produite par le type des poisons arsenicaux : Vacide arsénieux.

Symptômes. — Tardieu admet quatre formes distinctes dans l'empoisonnement par Farsenic au point de vue de la marche des symptômes; les formes SMm^gr^<e, latente, subaiguë et lente. Nous pensons, avec M. Rabuteau, que cette division peut être simplifiée et qu'il n'y a en réalité à considérer que deux formes d'empoisonnement par l'arsenic : une forme aiguë et une forme lente.

Dans l'empoisonnement aigu, le malade éprouve une sensation d'âcreté et une constriction spasmodique de la gorge accompagnée d'une déglutition douloureuse et d'une ardeur qui s'étend d'une extrémité à l'autre des voies digestives. Viennent ensuite des vomissements abondants composés d'abord des substances alimentaires qui ont pu être ingérées et dans lesquelles on trouve quelquefois de l'acide arsénieux, puis de matières blanchâtres. La soif est intense et l'on observe souvent de la diarrhée cholériforme ou dysentérique.

Amesure que l'absorption s'effectue, les symptômes s'aggravent ; abattement, prostration, altération des traits, refroidissement de la peau, petitesse du pouls, crampes dans les membres, suppression des urines. Le ventre est dur, ballonné, la langue devient rouge et sèche, la cyanose survient, la respiration s'embarrasse, la face et les extrémités bleuissent et la mort arrive au bout de peu de jours. On observe vers le deuxième jour des accidents du côté de la peau par laquelle le poison s'élimine en partie et qui consistent en des taches pétéchiales, des élevuresvésiculeuses oupapuleuses, quelquefois de l'ictère. Si le malade ne succombe pas, ces phénomènes diminuent, mais la douleur dans les membres, la gêne dans les mouvements, la paralysie persistent encore et rendent la convalescence extrêmement longue et difficile.

<c La forme lente de l'empoisonnement, dit Tardieu, résulte le plus souvent de l'administration de doses répétées et successives du poison. » On observe des alternatives de malaise et de santé après chaque ingestion de poison, qui finissent par

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