ANESTHÉSIQUES
9° Anesthésiques. — La plupart des auteurs pensent que Tempoisonnement par l'inhalation des vapeurs anesthe'siques ne saurait intéresser la médecine légale, et n'étudient que l'intoxication résultant de Tinjection directe du chloroforme dans Testomac. Cette manière de voir nous paraît trop exclusive, car non seulement les inhalations peuvent être employées dans un but criminel, mais elles produisent souvent la mort par imprudence et donnent lieu à des questions de responsabilité.
Urr grand nombre de substances possèdent des propriétés anesthésiques : les plus importantes sont le chloroforme, Téther et Tamjlène ; cette dernière n'est presque plus employée aujourd'hui.
k.' Chloroforme. — Symptômes, — Introduit dans l'économie par inhalation, le chloroforme produit d'abord une excitation générale, puis une extinction rapide de la sensibilité suivie d'une résolution complète de l'action musculaire, si ce n'est de celle des muscles respiratoires. Si les inhalations se continuent au delà d'une certaine limite, le sujet pâlit, la respiration et la circulation s'arrêtent brusquement. La mort a lieu par asphyxie ou par syncope.
Si le chloroforme est ingéré à l'état liquide, il produit d'abord une action irritante. L'insensibilité et la résolution musculaire se produisent également, mais moins rapidement que par les inhalations : la respiration devient stertoreuse, la circulation se ralentit, la pupille éprouve des alternatives de contraction et de dilatation, le pouls est imperceptible ; la mort survient dans le coma.
Il importe de déterminer la quantité de chloroforme nécessaire pour produire la 7nor t. On savait déjà que la mort n'arrive que lorsque les vapeurs du chloroforme sont concentrées, mais les recherches de Lallemand, Perrin et Duroy nous ont fourni à cet égard des données d'une grande précision.
Ces expérimentateurs ont employé un appareil composé d'un tonneau dans lequel l'eau d'un réservoir se déversait d'une manière uniforme. L'air contenu dans le tonneau se trouvait chassé, traversait un tube où il se desséchait et arrivait dans un ballon où tombait goutte à goutte du chloroforme ; de là, il se rendait dans une cage à parois vitrées, percée d'un trou dans lequel était placé un- petit tube abducteur. On pouvait ainsi calculer le volume d'air débité et le poids du chloroforme
dépensé. On introduisit un chien dans la boîte et on reconnut que ces animaux pouvaient séjourner sans danger pendant plus d'une heure dans une atmosphère renfermant 4 pour 100 de chloroforme et qu'ils mouraient rapidement dans une atmosphère qui en renfermait le double.
B. Eiher. — L'inhalation et Fingestion de l'éther produisent des symptômes qui ont la plus grande analogie avec ceux que nous venons de décrire pour le chloroforme, si ce n'est qu'ils ont une apparition moins rapide et une durée moindre.
C. Amylène. — Les effets de l'amylène se produisent rapidement, mais ils sont plus fugaces que ceux de l'éther et du chloroforme, ce qui tient à l'insolubilité de cet agent dans le liquide sanguin (Rabuteau).
Lésions cadavériques produites par les anesthésiques. — Le sang elles organes répandent une odeur de chloroforme si l'autopsie n'est pas faite tardivement. Les grosses veines elles cavités droites du cœur sont distenduespar un sang noir et fluide; les cavités gauches sont habituellement vides. On trouve dans l'estomac les traces d'une inflammation plus ou moins vive, lorsque le poison a été ingéré. Le poumon et le cerveau sont le plus souvent à l'état normal.
Traitement. — Pratiquer la respiration artificielle, flageller le malade, incliner la tête en bas pour ramener le sang dans Tencéphale. Lorsque le chloroforme a été pris à l'intérieur, évacuer l'estomac avec la pompe gastrique.
Pour les recherches chimiques relatives aux anesthésiques, voir la Chimie légale.
10° AlcooL — Indépendamment des questions relatives à l'alcoolisme que nous avons traitées dans le chapitre de l'aliénation mentale, l'empoisonnement aigu par l'alcool trouve sa place en médecine légale. C'est ainsi que, à la suite de gageures coupables, certains individus absorbent des quantités considérables de liqueurs fortes ou en font ingérer à d'autres; ces faits sont de nature à motiver des poursuites judiciaires et par suite l'intervention du médecin légiste.
Les liqueurs et eaux-de-vie ordinaires marquent de 30 à 40 degrés à l'alcoomètre de Gay-Lussac. L'alcool n'est pas brûlé complètement dans l'organisme comme le croient encore quelques physiologistes, mais il s'élimine en nature par les voies respiratoires, par les urines et par la peau.